« Article 23 » fait son cinéma.

Article 23 de la Déclaration universelle des droits de l'homme"Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.

Article 23 de la Déclaration universelle des droits de l'homme
"Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.
Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.
Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu'à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s'il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale.
Toute personne a le droit de fonder avec d'autres des syndicats et de s'affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts."

 

En ces temps de misère du pluralisme médiatique et politique lorsqu'on parle de l'emploi, présenté qu'avec la « bienveillance » patronale sous la logique concurrentielle, la compétition des mensonges fait rage. Pourtant, il est des personnes ayant vécues les deux pendants de ces situations de l'emploi pensé, celui de décideur un jour..., et son contraire le lendemain, et qui cherchent à s'exprimer. L'une d'entre elles se prénomme Jean Pierre Delépine, ex-haut cadre de divers grandes entreprises, puis consultant chez Natixis dernièrement, dont il fut licencié sans coup férir. Après ce déboire, au lieu de sombrer..., Il a décidé de sortir de ses gonds à travers ce qu'il est coutume d'appeler le septième art..., sans qu'il en soit coutumier de sa maîtrise. C'est par le film « article 23 »(voir le site du film), sortant le 12 décembre, qu'il a choisi d'aborder la problématique cruelle du suicide dans l'entreprise, en y apportant son regard critique sur certaines de ses causes et conséquences. En parallèle et en interdépendance, il parle de ces faits d'actualité bien souvent minimisés, en y rajoutant une réflexion managériale acerbe, et nous dépeint au vitriol, certaines réalités, à vous glacer le sang. Au delà de ces vies se croisant sur cette satire sociétale de « l'emploi jetable » vu des dirigeants, il nous livre aussi un aspect plus intimiste, humain, d'une forme de revirement introspectif très enrichissant, qui ne laissera à coup sur, personne indifférent. Et, au contraire d'une idée répandue ces temps ci, c'est à un bouleversement de logiciel, son, et pas que..., changement radical de cap que nous assistons, en écoutant en demi teinte ce réalisateur dont le cœur s'est empli d'un rouge vif au sens propre comme au figuré, gardant néanmoins un esprit assez pragmatique. Se cristallisant dans le choix tant du titre de son film, avec son sens universel et politique, que de l'angle de vu original donné aux spectateurs-trices, ce phénomène artistique vous invite à le suivre en se posant là, devant l'écran, tout simplement..., avec toutes vos questions. En voici un extrait... 

 

Pour commencer, je voudrais préciser que cet article n'est en rien une critique cinématographique, en voici « Article 23 », mais il est le compte rendu d'un long entretien téléphonique avec M. Jean Pierre Delépine. C'est en tant que représentant du collectif Occupons Pôle Emploi sur ce site, que ce propos se veut soutenir cette initiative alternative de l'expression de la souffrance dans l'emploi qui n'est pas que pécuniaire. La liste des salles vous sera communiqué ultérieurement...

 

Ce réalisateur, aujourd'hui cadre d'une entreprise après avoir connu une longue période de chômage, suite à un licenciement..., revient de loin pourrait-on dire. C'est en étant immergé en tant qu'acteur dans une logique purement comptable de la gestion simpliste du personnel allié à celle d'un chiffre d'affaire « court termiste », appelé aussi « management », qu'il a découvert ses limites. Et c'est en nous les présentant dans celles d'un système où le mot d'ordre tenterait à s'exprimer par le « no limite », que ce film vous plonge au cœur des affres de la déshumanisation de certains emplois. C'est aussi par son réseau d'amitié qu'il a su trouver derrière divers témoignages professionnels poignant renforçant son ressentiment désabusé, dégoûté, que son œuvre vous immerge dans l'effroi de tristes vérités entrelacées de scènes humoristiques assez grinçantes. Et appuyé par une vision plus globale des techniques managériales, ce film vous propose de scruter, d'analyser certaines conséquences tristement ignorées du grand publique. Sensibilisé par les « vagues de suicides » dans divers grandes entreprises françaises (à la mémoire des disparus de France Télécom, Renault, La Poste, Thales, Areva, EDF-GDF Suez, PSA, ONF, Société Générale, BNP Paribas, Crédit Agricole, Natixis, Groupama, BPCE, Macif, LCL, Caisse d'épargne, HSBC, Klarius, Veolia, SFR, Sodexho… et bien d'autres …), touchant prioritairement certaines classes de cadres supérieurs et autres décisionnaires, son intérêt s'est porté sur la compréhension de ce phénomène.

Ces drames humains marquent irrémédiablement tant les familles de ce personnel victime décidant de mettre fin à leurs jours, que leurs collègues abasourdis par ces témoignages ultimes de leur souffrances au travail. Fort de son expérience partagé, cet amoureux du cinéma nous apporte un regard en complet décalage avec certaines réalités d'opinions tant patronales que médiatico-politiques. Plus encore que la présentation de pratiques professionnelles laissant leur exécutant dans un trouble et une incompréhension pesante, déstabilisatrice voir mortifère, M. Délépine vous entraîne vers une rude vérité consistant à penser l'avenir entrepreneurial par le recrutement fait à l'aveuglette. Nous dépeignant l'univers obnubilé par un maître mot, celui de la « compétitivité », c'est par des coupes budgétaires sur la gestion du personnel et son recrutement exercé par certains grands groupes, que ce long métrage présente la problématique de la sélection d'un candidat dans plus de quatre cents courriers de postulants. Délégant ce tri dispendieux et compliqué à d'autres entreprises comme les cabinets de recrutement, nous découvrons la véracité des faits, ceux d'une vision obsessionnelle de l'image de l'entreprise. Et par des méthodes condamnables comme celle appliquant honteusement la discrimination raciale ainsi que celle de l'âge, du sexe et autres, vous voila heurté de plein fouet par le dévoiement d'une éthique et de l'illégalité de l’embauche dans certaines fonctions de direction. Reprenant à cor et à cri ces deux phrases : « ces patrons ne savent pas faire autrement... » et « pour conduire une voiture il faut bien un permis... » ce cinéaste met en parallèle de manière intelligible les causes et conséquences des abus d'une politique de la culture du résultat faisant abstraction des moyens humains avec ses affects pour y parvenir.

 

A contrario, c'est avec tellement peu de moyens, le temps d'accoucher ce projet (2 ans) en illustre très bien la difficulté..., que cet humble citoyen épris de cet art à part entière, a su optimiser cette finalité filmée, majoritairement bien accueilli par les spectateurs et particulièrement les spectatrices, l'ayant visionné au cours d'avant première. Ces femmes, voyant dans cette histoire une reconnaissance de leurs perpétuelles embûches dans l'emploi, sa valorisation paritaire et l'évolution de celui ci, cumulant aussi l'obligation de marier tant bien que mal leur vie professionnelle et personnelle, sont sorties émues pour certaines de ces projections privées. Ce même manque de moyens se traduit entre autre avec des actrices et acteurs inconnus-es au bataillon du monde des peoples comme du grand public, acceptant d'être rémunérés au SMIC à la demi journée. Une anecdote, vient confondre cette ubuesque aventure cherchant à exister coûte que coûte dans l'univers impitoyable de la starisation des œuvres cinématographiques. Préférant payer l'un-e de ces acteurs-trices, le temps de tourner certaines scènes, ce cinéaste enthousiaste a choisi d'acheter un manche à balai, plutôt que de payer 50 euros la location d'une perche de prise de son. Certaines critiques, très minoritaires, venant pour la plupart des puristes d'un art audio visuel aseptisé..., ont mis l'accent sur la qualité des images, le jeu faible d'un ou deux acteurs et actrices en second rôle, le choix de certains plans à l'encontre des règles cinématographiques, le rythme très soutenu du film, sans pause..., qui vous tient en haleine à en perdre le souffle, etc... Mais cela ne fait que souligner la volonté de ce nouveau réalisateur, de se différencier de certains codes enfermant bien souvent l'exploration artistique voulant aborder d'autres thèmes sociétaux, moins conventionnels, et donc plus compliqué à traiter. Et ce sont donc ces mêmes critiques qui mettent en évidence aussi l'aspect innovant, l'insouciance matérielle fusionnée à l'exaltation des premiers instants, que ce film présente en 1h20 d'images et de dialogues ou l'on s'ennuie à aucun moment. En conjuguant la dureté de certains parcours de vie dans le monde du travail, à un œil intrusif et novateur dans le domaine du cinéma,vous êtes conviés à vous positionner de manière plus radicale face à la froideur purement spéculative des considérations patronales de l'employé devenant aussi jetable qu'un appareil photo obsolescent. Plus encensé par des expressions comme « c'est trop fort », ou encore « c'est exactement ce qu'on vit tous les jours », l’amateurisme de cette interloquante histoire narrant des faits réelles aussi cruels soit il, s'efface pour laisser place à de nombreuses interrogations sur ce terrible constat d'un management sacrificiel..., de l'utilité de ces entreprises, ces cabinets « fossoyeurs du non emploi »..., et de la vie familiale qui reste à mener derrière ces emplois prenant toujours plus de place... C'est d'ailleurs avec cette utilité et ce souci de défendre l'intérêt général que ce film s'est vu projeté en séance spéciale au Sénat, donnant suite à un petit débat.

 

Parce que le choix du titre, l'article 23 de la déclaration universelle des droits de l'Homme, n'est pas anodin, un écho politique vient amplifier maintenant la teneur de ce message porté de manière originale. M. Jean Pierre Delépine veut insister particulièrement sur le sens du mot « équitable », qui se trouve dénaturé et bafoué par ces pratiques de recrutement discriminatoires, par certains aspects professionnels protégeant certains dirigeants des affres des licenciements abusifs, alors que leurs subalternes les subissent inéquitable-ment.... Initiateur d'un manifeste prônant des propositions et sanctions fermes envers tout patron et dirigeant tombant dans ces dérives illégales, ce projet, au delà du film, veut nous sensibiliser à ces pratiques, qui par effet papillon se retrouvent à tous les échelons de l'employabilité de nos vies. Demandant entre autre que toute offre d'emploi soit systématiquement mise à disposition de Pôle Emploi, avec l'augmentation drastique de son personnel, c'est à une obligation de redonner une prérogative d’État à ce service public se retrouvant en concurrence avec des entreprises au seul intérêt lucratif se fait sur la misère du chômage. Consciencieux, ce cinéaste prometteur..., s'engage vaillamment, en plus de son travail, derrière son compte facebook, et vous invite à le retrouver ainsi que certains autres contacts syndicalistes, politiques, etc..., pour enrichir tant son manifeste (voir plus bas) que la confrontation d'idées, dont il est très friand. http://www.facebook.com/Article23.lefilm

 

Le manifeste :

 

La note du cinéaste :

 

Je ne suis pas un professionnel du cinéma, je suis juste un salarié qui en a eu marre de voir des gens poussés au suicides par des entreprises qui violent en permanence et en toute impunité l'article 23 des droits de l'homme qui prévoit que tout être humain a le droit de travailler dans des conditions équitables.

 

J'accuse toutes ces entreprises FT, La poste, Renault, Areva, ... etc ... de violation de l'article 23 des droits de l'homme et demande au TPI de convoquer immédiatement tous ces dirigeants de toutes ces entreprises a comparaître sous le chef d'accusation de crime contre l'humanité, et de violation de l’article 23 des droits de l’homme.

 

Je demande aux politiques, sénateurs et au gouvernement de faire passer une loi punissant le harcèlement conduisant aux suicides d'une peine ferme de 15 années de prison assorti d'une amende de dix millions d'euros.

 

Je demande également au gouvernement que pour toute la chaîne de management (Du président jusqu’au cadre manager de terrain en charge directe du management d’équipe), il soit prévu la responsabilité pénale pour toute personne ayant en charge le management humain. Et ainsi de rendre possible l’accusation de mise en danger d’autrui et de non assistance à personne en danger. (Actuellement la seule responsabilité pénale n'est reconnu que pour les cadres de direction membre du comité de direction, en claire les très hauts cadres supérieurs, ce qui exclus les managers de terrains qui eux sont le bras armé et véhiculent impunément la violence au quotidien. Ceux-ci sont d’ailleurs sont jamais inquiétés, se cachant derrière le sacre au saint c’était les ordres de la direction).

 

Je demande au gouvernement de reconnaître le statut de victime pour tous suicides causés par l'entreprise, auquel celle-ci devra impérativement et intégralement prendre en charge financièrement les familles des victimes, et cela à vie sans avoir recours a la reconnaissance du TASS pour faute inexcusable.

 

J'accuse le MEDEF d’être bienveillant avec les entreprises qui ont de telles pratiques et leur demande d’exclure immédiatement tout dirigeant, ainsi que toutes ces entreprises de leur organisation, assorti d’une mise sous surveillance constante sans laquelle il ne leur sera pas permis de revenir au MEDEF sans avoir radicalement changé de politique et de stratégie.

 

Je demande au gouvernement et à la justice de punir les pratiques de recrutement sexistes, discriminatoires, racistes, intrusives de la vie privée, et ainsi toutes celles ne favorisant pas l’emploi pour tous, ainsi que le droit au travail pour tous, violant ainsi l’article 23 de la déclaration des droits de l’homme.



Je demande aux pouvoir politiques de considérer l'élaboration d'une loi obligeant les entreprises à faire suivre à tous managers d'équipe et de ressource humaine, un formation en psychologie du travail et de management humain, débouchant sur un certificat d'aptitude au management agissant clairement comme un permis de manager des ressources humaines.

 

Je demande au gouvernement d'établir au plus vite une Charte Éthique & Bonnes Pratiques concernant le Recrutement et la Management des personnes. Cette charte sera proposé aux entreprises pour signature et engagement de celle ci à la faire suivre scrupuleusement dans leur organisation, et également de veiller à ce qu'elle soit suivi pour tous sous traitants de l'entreprise. Ainsi, le salarié ainsi que le chercheur d'emploi doivent pouvoir identifier clairement quelles entreprise se déclarent soucieuse des conditions de management et de travail de ses employés.

 

Je demande au gouvernement de créer un document administratif (type cerfa) devant être rempli obligatoirement par toute entreprise souhaitent procéder à l'embauche (de quelques manières qu'il soit, CDI,CDD, STAGE, INTERIM, etc …), dans lequel les conditions de préférence de sélections soit clairement établis et remplis. Ce formulaire devant être OBLIGATOIREMENT envoyé au pole en emploi et ce même s'il s'agit d'un recrutement effectué par le service RH interne ou par un cabinet de recrutement.

 

Je demande au gouvernement d'obliger les entreprises de rendre public les statistiques concernant leur embauches et en particulier sur les embauches de personnes appartenant aux catégories les moins souvent embauchés (c'est à dire, issu de l'immigration, femmes avec enfants à charges, senior, handicapés, réinsertion, etc …). L'opinion public a le droit d'être informé sur l'engagement social des entreprises en matières de recrutement, tout comme par la qualité de son management humain et également de politique salarial, de licenciement, etc …, et ainsi de décider librement de boycotté toutes entreprises ayant des agissements contre sociale.

Ceci permettant à contrario aux entreprises ayant éthique et responsabilisation sociale, d'être valorisé à leur juste mesure au regard de l'opinion public.

 

 

                                               Jean Pierre Delépine

                                               Cinéaste Engagé

                                               Auteur et réalisateur du Film Article 23

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