Permanence des soins, ou les joies de la libéralisation du service public hospitalier…

 

 

Chacun de nous, de vous, a été pris en charge la nuit en urgence à l'hôpital. Vous avez trouvé des médecins, des infirmiers souvent débordés et épuisés, mais toujours prêts à s'occuper de vous : pour un accouchement, pour un accident de la route, pour une complication d'une intervention chirurgicale, ou pour une maladie grave qui se décompense, ou une greffe. Vous avez trouvé des urgentistes, des chirurgiens, des anesthésistes réanimateurs, des obstétriciens, des pédiatres. C'est la permanence des soins.
La plupart du temps, c'est l'hôpital public qui organise cette permanence des soins. Chacun imagine que c'est une structure lourde, très lourde, qui se déploie en fonction des besoins. lesquels sont variables et non anticipables. Les médecins sont soit en garde sur place, soit en astreinte à domicile et se déplacent en fonction de la demande.


Les réformes hospitalières de ces dernières périodes vont profondément modifier cette organisation. En effet, la Loi HPST, la fameuse, dont chaque jour les soignants mesurent les conséquences sur les patients, a fixé que cette permanence des soins, qui est une mission de service public, n'est pas l'apanage des hôpitaux publics. Toutes les missions de service public sont désormais transférables au secteur privé. Mais la philanthropie n'étant pas leur fort, les cliniques vont pouvoir choisir les missions qui les intéressent dans le stock qui leur est proposé.
Et subitement la permanence des soins, qui jusque là ne les intéressait pas, devient une manne. Et quelle manne! Avant même que ces activités leur soient transférées, les hôpitaux publics leur ont déjà versé 60 millions d'euros. Pour les "inciter" à s'engager dans cette permanence des soins. Un vrai hold up, pris sur le dos des hôpitaux, dont on a auparavant soigneusement et arbitrairement organisé le déficit ! Et ce n'est que le début.
Le Ministère de la santé est en train d'organiser méthodiquement la casse de l'hôpital public, de liquider ses missions, en tout cas les rentables. Osons la comparaison avec la SNCF : l'obliger à garder le fret non rentable, et céder le TGV rentable au libéral. Personne ne nous disputera les patients précaires, la lutte contre l'exclusion sociale, les soins aux étrangers et demandeurs d'asile. (Sauf si soudain une manne financière leur était appliquée, sait on jamais ?).
Et que dire des différences de salaire entre ceux promis aux libéraux, et ceux en l'état du public. 150 euros pour une nuit d'astreinte non dérangée pour le libéral, contre 25 à 45 pour les médecins du public : trouvez l'erreur. Provocation ou bêtise?
Les hôpitaux se sont toujours organisés pour le fantasmatique "car de hollandais" avec subitement un afflux massif de 50 blessés. Quelle garantie les cliniques, qui pour garantir leur rentabilité fonctionnent toujours à flux tendu, pourront elles offrir à ces pauvres hollandais mythiques?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.