La vie est un miracle

Ca ressemble au titre d'un film. Mais comme souvent la réalité dépasse la fiction et montre plus de talent. Et du talent il en faut pour arriver à bon port. Il en faut à tout le monde : aux personnels, aux futurs parents. En premier lieu, ce talent c'est du temps...

Pour l'échographiste par exemple, c'est le temps passé à accomplir des gestes techniques, bien sûr. Maisc'est aussi le temps de parler. Quand tout va bien il s'agit d'arriver à en convaincre les futurs parents. Quand ce n'est pas le cas, il faut informer en toute objectivité. Mais qu'est-ce que l'objectivité sinon trouver pour chacun la bonne porte d'entrée ? Le temps est ici disponibilité.

Dans tous les cas il faut pouvoir permettre aux futurs parents d'établir un lien avec cet enfant, à lui donner vie avant de lui donner naissance. Tout le monde a sa part dans ce processus : médecins, sage-femmes, infirmières, personnels administratifs et d'accueil, aucun échange n'est anodin pour les futurs parents. C'est pourquoi chacun doit, pour exercer ses talents, pouvoir consacrer du temps.

 

Enfant de 21 jours allaité. © Pierre-Jérôme Adjedj Enfant de 21 jours allaité. © Pierre-Jérôme Adjedj

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce talent est aussi affaire d'espace, de distance. Ou plutôt d'absence de distance, osons dire de proximité. La proximité, ce mot devenu synonyme d'archaïsme, une sorte de juron proféré par les ennemis de l'excellence et du progrès en marche. C'est pourtant cette proximité qui, au-delà des actes médicaux, permet aux futurs parents de se saisir de leur responsabilité à venir. C'est d'autant plus valable quand, quelle qu'en soit la raison, la grossesse doit être interrompue : le temps consacré au moment le plus difficile est pour une femme le meilleur gage d'un avenir plus souriant. Arriver à considérer chaque cas au plus juste, c'est cela l'excellence.

La vie est un miracle : ce miracle, tous les parents le vivent intensément, intimement, sans qu'il soit besoin de menaces ou de péril.

Encore faut-il bénéficier des conditions qui permettent de le savourer pleinement. Or c'est cela, cette conscience du miracle qui est aujourd'hui menacée dans son fondement, attaquée dans sa légitimité comme s'il s'agissait d'un luxe.

C'est ce qui, au sein de l'association Touche pas aux Bluets, nous rassemble. Personnels soignants, administratifs, parents, citoyens: tout le monde a sa place, puisqu'il s'agit d'affirmer une parole qui ne défende aucun corps particulier (pas même la seule maternité des Bluets) et de réfléchir à ce point de rencontre qui s'appelle l'intérêt général.

La maternité est un point de rencontre on ne peut plus symbolique de cette recherche d'une société tendant vers le vivre ensemble : l'événement le plus privé, le plus intime, est aussi un moment de co-construction entre les personnels, les futurs parents et l'enfant. La naissance est un des seuls moments qui échappe encore par force à l'individualisation absolue, et c'est pourquoi on ne peut pas laisser cet acte fondateur se transformer en geste technique déshumanisé.

Si nous sommes engagés, en tant que parents et citoyens quant au monde que nous voulons laisser à nos enfants, la lutte commence par la façon dont nous voulons les faire naître.

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