Réponse à réponse à un quarteron de Dieudonnistes

Mon commentaire est trop long, j'en ai donc fait un billet pour répondre au très honorable billet ICI.

http://blogs.mediapart.fr/blog/yves-faucoup/100114/reponse-un-quarteron-de-dieudonnistes-sur-mediapart?onglet=commentaires#comment-4301090

Bravo, les dieudonnistes sont ko.

Beau billet, comme l'était le précédent sur le même sujet. Si je vous avais personnellemnt choqué sur ce fil, c'est bien possible, vous avez mes sincères regrets.

 On ne vous reprochera pas de considérer que Dieudonné est antisémite, vous avez votre sensibilité et il n'y a rien à en dire.

Ce qui est intéressant, avant le cas de Dieudonné, c'est la nature des gens qui le combattent.

La plupart des signatures que je respecte au club de Médiapart, considèrent comme vous que Dieudonné est antisémite. il sont bien plus capables que moi de donner un avis sur de très nombreux sujetsI

Sur celui-ci précisément, j'aimerais essayer ici de partager un point de vue.

Avant de voir l'antisémitisme de Dieudonné, dont j'évacuerai pour l'instant le statut d'humoriste, bien particulier, je vais considérer le militant antiraciste.

Son discours est le suivant, la doxa dominante dans ce pays fait d'un crime contre l'humanité, la Shoah, le crime absolu dans l'imaginaire des populations de ce pays et d'autres.

On sait qu'il existe et qu'il a existé d'autres crimes contre l'humanité.

Celui-ci, la Shoah, parce qu'un groupe de personnes qualifiés a exploré la question, puis a su faire partager ses conclusions au point d'en habiter le sens moral dominant, donne a priori et dans leur ensemble, aux juifs, un statut de victimes ou de descendants de victimes d'un crime absolu, avec le sentiment honorable du respect devant le souvenir dont ils sont porteurs, presque par essence et que certains entretiennent à raison.

Quand on rencontre un juif, on pense Shoah.

Dieudonné s'interroge, lorsque l'on rencontre un noir, en particulier américain du nord ou des Caraïbes et des Antilles, on ne pense pas traite négrière. Pourtant le crime contre l'humanité est au moins autant dramatique que la Shoah.

C'est vrai pour les noirs, mais aussi pour les indiens d'Amérique du nord et du sud, victimes d'un génocide. C'est vrai encore pour les aborigènes d'Australie. Ce point là mérite l'attention.

Ensuite, Dieudonné s'attache à démontrer que le sentiment de compassion naturel que l'on éprouve à l'évocation de la Shoah, qui conduit à combattre l'antisémitisme, est mis à contribution lorsque l'on discute la politique de l'Etat d'Israël dans les terriotires qu'il occupe par la force.

Ainsi, par un basculement étrange, on se trouve tout à coup passer du statut d'opposant à une politique coloniale, à celui d'antisémite, très facilement, par les tenants officiels, non pas de la défense d'Israël, mais du respect du souvenir de la Shoah.

C'est le débat autour du sionisme. Le débat est d'autant plus vif et brouillé, qu'il se trouve de véritables antisémites parmi les antisionistes.

Cependant, Dieudonné met en perspective une vision de la Shoah, devenue instrument d'une propagande destinée à renforcer le sentiment d'amitié et de respect que l'on doit porter aux juifs, alors que rien n'est fait ni pour réparer, ni pour augmenter un tel respect à l'égard des victimes ou descendants de victimes d'autres crimes massifs, contre l'humanité.

En tant que professionnel du rire, il se trouve en butte, un jour, à l'ostracisme, à la vindicte et à l'interdiction médiatique parce qu'il a contrevenu, une fois, à la doxa du respect que l'on doit avoir à l'égard non pas de la Shoah, mais d'Israël, sous le couvert d'une atteinte insupportable aux souvenirs des martyrs juifs du nazisme par ce simple mot: Isra-heil.

Ensuite, on lui a demandé de faire amende honorable. Pour un militant noir, il fallait avaler. Il ne l'a pas fait.

Ensuite, le jeu de l'exagération et de la provocation a atteint un paroxysme. Lui, militant antiraciste, prend des postures de nazi, et se fait traiter comme tel, mais il reste un humoriste. Noir de surcroît.

Ce que j'observe ensuite, c'est un rouleau compresseur médiatique qui fait pression sur les politiques contre Dieudonné. Dommage qu'il n'ait pas aussi bien fonctionné quand on persécutait les chrétiens en Egypte, ou ailleurs, ou encore les musulmans en Birmanie ou ailleurs. Mais peu importe.

Ce qui nous interpelle dans l'évènement, c'est comment fonctionne un système médiatique qui a fait l'élection de Sarkozy en 2007, qui a permis une défaite honorable à Sarkozy en 2012, après un quinquennat pour le moins catastrophique, enfin qui a détruit François Hollande au point qu'il soit arrivé à 15 % d'opinions favorables.

Ensuite, ce qui nous parle, ce sont les méthodes employées par ce système médiatique, condamnation unilatérale et en meute des points de vue qui combattent la doxa néo-libérale, débats à temps de paroles et représentations inégales, journalistes arbitres qui prennent parti et j'en passe.

Comment ces gens -là qui ne s'inquiètent pas du rapprochement politique avec des théocraties monarchiques, en viennent-ils à bondir comme un seul homme, à l'assaut d'un humoriste qu'il suffirait de poursuivre et d'écraser sous les amendes, pour le forcer à édulcorer un discours pour le moins exagéré?

S vous ne voyez pas toutes les perspectives qui m'apparaissent à la lecture de l'affaire Dieudonné, dont le dernier rebondissement a consisté à rien moins que changer un des principes, dans la loi, les plus établis de notre mentalité, la liberté d'expression, avec ce que cela suppose de vie politque, d'influences qui nous échappent, c'est que votre révolte face au racisme, sincère et honorable sert à vous manipuler.

Vous n'êtes pas plus bête que celles et ceux qui ont voté le changement en 2012, mais vous n'êtes pas plus malin.

Pour faire valoir mon point de vue, je ne parlerai jamais comme Dieudonné, mais je ne suis pas humoriste, ni noir.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.