Billet de blog 4 mars 2009

L'Enfant des cimetières - Sire Cédric

Quelques mots avec... Sire CédricLorsque sa collègue Aurore l’appelle en pleine nuit pour couvrir avec elle un meurtre atroce, David, photographe de presse, se rend sur les lieux du drame. Un fossoyeur pris d’une folie hallucinatoire vient de tuer sa femme et ses enfants avec un fusil à pompe, avant de se donner la mort.

charlotte b.
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Quelques mots avec... Sire CédricLorsque sa collègue Aurore l’appelle en pleine nuit pour couvrir avec elle un meurtre atroce, David, photographe de presse, se rend sur les lieux du drame. Un fossoyeur pris d’une folie hallucinatoire vient de tuer sa femme et ses enfants avec un fusil à pompe, avant de se donner la mort.
Le lendemain, un adolescent, se croyant poursuivi par des ombres, menace de son arme les patients d’un hôpital...
L'épidémie meurtrière ne fait que commencer...

En quelques années, Sire Cédric est devenu une figure incontournable du fantastique francophone contemporain. Ses univers oscillent entre onirisme noir et horreur gothique. Ses deux recueils de nouvelles, Déchirures et Dreamworld, ont rapidement conquis le public.Son site : http://www.sire-cedric.com

Son roman, Angemort, qu’il décrit lui-même comme un roman hanté par des scènes surréalistes « telle une bibliothèque entière de livres vivants, un château meublé d’œuvres d’art de la renaissance italienne jamais répertoriées, ou encore des ombres faisant office d’assassins » a reçu le Prix Merlin 2007.

Avec L’Enfant des cimetières, thriller fantastique publié aux éditions Le Pré aux Clercs, Sire Cédric livre un roman haletant, qui mêle à ses registres favoris une touche plus réaliste, plus rugueuse peut-être…

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Dans votre univers coexistent une poésie sombre et sensible, de l’autre une verve très « rock’n’roll », provocatrice et souvent drôle. Comment abordez-vous des textes et thèmes si différents ?

Le rock’n’roll n’aurait donc pas le droit d’être poétique ? (Rires.) Je suppose que ce paradoxe reflète tout simplement ma façon d’être. Il y a une beauté dans les extrêmes qui me fascine : les arcs du sang qui gicle, le pouls qui s’accélère, la pupille qui se dilate, le monde autour de nous qui se fracture et se scinde, aux moments décisifs de nos vies. Quand j’écris, c’est cette tonalité, cette vibration, que j’essaie de retrouver. Organique, poétique.

L’enfant tient une place importante dans vos récits, qu’il s’agisse de nouvelles ou de votre roman au Pré aux clercs. Pourquoi ? Que vous permet-il d’exprimer ?

C’est une question de regard. Tout, dans le fantastique, est une question de regard. Celui des enfants m’intéresse pour de nombreuses raisons. Ils n’ont pas encore acquis les notions artificielles et figées du bien et du mal, ils sont par conséquent capables de voir le monde et de le comprendre tel qu’il est, tandis que les adultes ne cherchent souvent qu’à justifier leurs actions égoïstes et ne voient plus rien, ne comprennent plus rien. Une des idées principales de Dreamworld, c’est que les enfants sont doués de pouvoirs magiques, jusqu’au jour où les adultes les sermonnent et leur affirment que ce n’est pas possible, que cela n’existe pas. Dès cet instant, le cordon ombilical de la magie est coupé net, les enfants perdent les facultés magiques qu’ils avaient jusque-là. Grandir, c’est apprendre à tout nier en bloc, pour être pris au sérieux. J’essaie de toujours garder ça en tête, pour ne pas perdre mon âme d’enfant. Pour ne pas me perdre moi-même.

D’où viennent les ombres qui hantent vos histoires ?

Ces ombres vivantes remontent à de très anciennes angoisses chez moi : la peur de voir des choses immatérielles se mouvoir sur le sol. Des choses qui pourraient venir vous mordre quand vous dormez, boire votre sang en toute impunité, sans que vous ne puissiez les écarter de votre peau, puisque ce sont des ombres n’ayant aucune substance physique. Ce genre d’idée me terrifie, purement et simplement.

Vous avez évoqué à plusieurs reprises l’aspect cinématographique de certaines de vos histoires. Comment les écrivez-vous ?

C’est toujours cette question de regard, et rien d’autre. Écrire revient à poser le regard d’une certaine manière, à le cerner avec des mots, jusqu’à ce que l’invisible devienne visible. Mon travail en tant que romancier consiste à trouver l’angle le plus efficace pour arriver à ce résultat. J’utilise les mots, le rythme, la texture de la langue. Je suis convaincu que l’efficacité d’un livre réside avant tout dans le style littéraire. Quant celui-ci est efficace, il fait oublier au lecteur qu’il est en train de lire.

Angemort (prix Merlin 2007) est un roman que vous avez conçu comme un film d’action délirant, à la fois fantasmagorique, érotique, violent et non dénué d’humour. Comment vous est venue l’idée d’Angemort ?

L’idée de départ est venue alors que je regardais un film, justement. C’était Inferno, du réalisateur italien Dario Argento, avec ces fameux éclairages primaires, bleus et rouges, dont il use et abuse, conférant à ses œuvres cette poésie surréaliste si particulière. L’image d’un mannequin d’osier vêtu d’une peau humaine a surgi en moi, et ne voulait plus me quitter. Tout est parti de là. Je me suis assis à mon bureau pour écrire les deux premières phrases du roman : « La peau changea de main à nouveau. Le vieux Noir, qui l’avait en sa possession, la vendit une fortune au collectionneur vêtu de cuir. » J’avais tout dans ces phrases, mon sujet, un second degré qui s’annonçait déjà de très mauvais goût, et la promesse que si on regardait plus loin tout allait être de plus en plus bizarre. J’ai écrit Angemort d’une traite, dans une euphorie totale, avec en tête les séries B de mon adolescence qui ne se prenaient pas au sérieux. Ça tenait à peine la route tellement la caricature était énorme, mais le plaisir de pousser tout ça jusqu’à la rupture était grisant.

L’Enfant des cimetières, votre nouveau roman, est très différent d’Angemort et de vos précédents écrits – même si l’on y retrouve les leitmotive qui vous sont propres.Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce thriller fantastique ?

Disons que l’univers reste le même, c’est l’approche qui est radicalement différente. Cette fois, je suis parti d’une peur simple : la possibilité que la folie soit contagieuse. Qu’il suffise de croiser le regard de la mauvaise personne, au mauvais moment, pour que son obsession passe en vous, pour que votre vie tout entière bascule du jour au lendemain, sans que vous ne puissiez rien y faire. C’est précisément ce qui arrive à mes personnages. Ils ont tous croisé une force qui les broie. Cela commence par cet homme, un fossoyeur sans la moindre histoire, qui vient de massacrer sa femme et ses deux enfants à coups de fusil, avant de redescendre dans son salon, de retourner l’arme contre lui et de se faire sauter la tête. Les journalistes et policiers qui se rendent sur les lieux du drame ne peuvent pas se douter que cette nuit va avoir des conséquences dramatiques, pour chacun d’entre eux. Le chaos était là, qui attendait. Le chaos va maintenant venir dévorer leur vie.

L’un des personnages est une artiste peintre, dont les toiles créent une sorte de pont entre les mondes. Dans Dreamworld, l’une de vos nouvelles évoque un don similaire – un enfant capable de peindre les rêves. Quelle place a la peinture – et les arts de manière générale – au sein de votre univers ?

J’ai toujours vu les arts – tous les arts – comme une façon de relier les mondes, le visible et l’invisible. D’ailleurs, un roman, si on y réfléchit, ce ne sont que des taches noires sur du papier blanc. Juste ça. Ce n’est que dans la tête du lecteur que les personnages vont exister, que les décors vont se déployer. Si ce n’est pas une véritable forme de magie, ça ! Dans l’Enfant des cimetières, Kristel Hansen a passé un an de sa vie à peindre une série de toiles, elle a mis toute son âme dans ces tableaux. Ceux-ci renferment donc une partie d’elle, une partie de son existence, une partie physique et concrète d’elle. Quand j’ai moi-même passé une année entière de mon existence à écrire un roman, il me semble évident que ce roman est une partie de moi, de ce que j’ai été à ce moment-là. C’est une notion très importante à mes yeux.

Les personnages, qu’il s’agisse de David, d’Aurore ou de Vauvert, sont très humains, très ordinaires, d’une certaine façon. C’est une première, non ?

Exactement. Dans mes livres précédents, les personnages étaient souvent doués de capacités hors du commun, certains pouvaient se métamorphoser en animaux, par exemple, d’autres lisaient dans les pensées. Cette fois, j’ai souhaité explorer une autre direction, parler d’individus normaux. Des gens qui soient le plus réels possible, à qui on puisse s’identifier.

Dernière question – quels sont vos projets littéraires ?

J’ai déjà quelques idées qui pourraient donner une suite à l’Enfant des cimetières. Entre temps, une de mes nouvelles sera au sommaire de « L », aux éditions CDS : une anthologie militante sur le thème des femmes maltraitées, et dont les bénéfices seront reversés à diverses associations pour les droits des femmes.

Merci, Sire Cédric, d’avoir bien voulu répondre à nos questions.

Tout le plaisir était pour moi ! J’en profite pour inviter les lecteurs de Mediapart qui souhaiteraient découvrir mon univers à venir me rencontrer au salon du livre de Paris, le samedi 14 mars. Nous fêterons ensemble la sortie de l’Enfant des cimetières !

Venise (photo : charlotte b.) © 

photos (c) charlotte b.

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