Chronique : L'antilégende de Fabien Clavel

Paru chez Mnémos en 2005, L'Antilégende est un petit bijou littéraire, dont je vous livre ici la couverture et le résumé.


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Don Juan est accusé de meurtre ! Une à une, les femmes qu'il a séduites sont retrouvées mortes, le coeur arraché, et une étrange escouade de spadassins noirs est lancée à ses trousses. Le séducteur légendaire clame son innocence... Mais que s'est-il passé entre le moment où la statue du Commandeur l'a entraîné aux enfers et sa réapparition à Séville ? Il n'en conserve pas le moindre souvenir. Pire encore, il ne parvient meme pas à se remémorer l'identité de ses conquêtes passées...
Accompagné de son valet et de la blonde et sulfureuse Manon Lescaut, il part à la recherche de la clé du mystère à travers une Europe étrangement transformée. Mais un inquiétant personnage au masque de fer semble l'avoir devancé... Avec L'Antilégende Fabien Clavel s'inscrit dans la tradition des romans de cape et d'épée, et met en scène un grand mythe littéraire : Don Juan revenu des enfers. Au travers d'une série d'aventures épiques dans un monde aux règles surprenantes, la route de ce dernier croisera entre autres celle des quatre Mousquetaires, de Cyrano de Bergerac et de Lemuel Gulliver...

Vous l'aurez compris, j'ai adoré ce roman et l'ai dévoré sans, j'espère, en perdre une miette, de la première à la dernière phrase. Ce qui frappe, d'abord, à la lecture des aventures étonnantes et rocambolesques de Don Juan et de son fidèle Sganarelle, c'est le plaisir manifeste que Fabien Clavel a pris à son écriture. Répliques savoureuses, empruntées sans vegogne et très heureusement à Molière, parfois, situations pleines de panache... Ce plaisir est contagieux, d'autant plus que l'on retrouve avec bonheur des personnages issus de notre fonds littéraire "classique" - les mousquetaires et Cyrano, certes, mais également la marquise de Merteuil et "son" valmont, les libertins des 120 journées de Sade, l'inénarrable Mûnchenhausen, et bien d'autres, qui surgissent au détour d'un chemin, parfois de la manière la plus cocasse du monde (l'arrivée inopinée d'un baron, accroché à ses canards, en plein Venise...) et pour la plus grande joie du lecteur. On y aperçoit également Descartes en pleine méditation, Molière, qui crée et crée encore et Mozart, hanté par son requiem à venir.Et puis, il y a Manon. Manon Lescaut, la malheureuse hérïne du roman éponyme, qui termine si tragiquement sa vie... Fabien Clavel réussit le tour de force d'en faire presque l'égale de Don Juan, une femme caméléon, "ni tout à fait la m^peme, ni tout à fait une autre, qui l'aime et le comprend" pour reprendre quelques vers de Verlaine. Si Don Juan, insaisissable, est quintessence de séduction, Manon, par sa capacité à changer de forme et de visage, de rôle, en quelque sorte, acquiert une dimension assez incroyable au fil du récit - et surpasse le modèle (du moins, le souvenir que j'avais de ce modèle)...

Si toutes ces rencontres improbables sont possibles, c'est que L'Antilégende se situe dans un univers bien particulier, l'Index aux lois étopnnantes, où tous les personnages qui ont existé et existent au sein des récits se retrouvent etpoursuivent leur existence. Savoir s'ils acquièrent ou non un libre-arbitre est une autre question... Je ne peux que vous conseiller de lire L'Antilégende si vous voulez le découvrir.

Au-delà de tout cela, Fabien Clavel pose des questions qui, à mon sens, peuvent tarauder tout lecteur et tout auteur. Que deviennent les personnages une fois le récit terminé ? L'auteur est-il maître absolu de ses personnages ou bien ceux-ci parviennent-ils à exister en dehors de lui ? Le lecteur peut-il transformer le destin d'un héros dont il lit l'histoire ? Toutes ces questions que Fabien Clavel pose avec intelligence et subtilité apportent une dimension supplémentaire à ce récit, qui rend à la fantaisie la dimension truculente et pleine de panache qu'elle avait à l'époque de Cyrano et de ses contemporains.

 

L'Antilégende, que vous aimiez ou non la fantasy, est un livre à découvrir absolument.

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