Une lecture jubilatoire : La Laiteuse et son chat

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La Laiteuse et son chat

Gérald Duchemin

Editions Le Calepin jaune.

 

Quand on la rencontrait, personne ne pouvait prédire le genre de vexations nouvellesqu'elle glisserait après les formules de politesse. Chaque jour, elle s'ingéniait à rabaisser autrui. De ses piques, elle tirait une musique originale, mais toujours accordée à sa cible [...] Elle abusait de l'imparfait du subjonctif, et proférait des citations latines, pour la seule fête d'écorcher l'oreille moderne.
Montpellier, de nos jours ou presque. Quartier Gambetta. Rues pleines de vie, atmosphère colorée... Le milieu idéal pour y lâcher une madame Harfang nostalgique de l'Algérie française, qui cultive son racisme et sa méchanceté avec une ferveur sans pareille. Parmi ses victimes, madame Caillette, sa voisine de palier, une petite vieille bécasse et sans saveur, Mohamed, l'épicier obséquieux et roublard - et Minou, le malheureux chat noir de madame Caillette. Un matou adorable, affligé de deux défauts inacceptables aux yeux de la vieiville dame acariâtre : être le chat de sa voisine et être de couleur noire. Madame Harfang, alias La Laiteuse, et pour cause, elle est obsédée par la couleur blanche, au point de se badigeonner les taches de vieillesse avec du tipex, verra cependant son quotidien chamboulé quand un mignon chat blanc fait irruption dans sa vie...
Et pendant ce temps, un mystérieux tueur de vielles dames sévit dans la région.

Deux choses frappent le lecteur : la virtuosité avec laquelle Gérald Duchemin manie la langue et le plaisir évident qu'il a pris à narrer les méfaits de cette Tatie Danielle haut de gamme, qui "traînait [Jean-Marie Le Pen] aux gémonies, avec une hargne accrue par sa méprise."... parce que sa maîtrise des imparfaits du subjonctif d l'avait déçue... Ce portrait au vitriol d'une veuve un peu cinglée et de son entourage - madame Caillette est assez effarante de réalisme - est drôle, enlevé avec juste ce qu'il faut de distance pour donner un ton so british au récit. L'histoire, originale par le thème choisie, est servie par une plume subtile et un humour jubilatoire.

 

Un petit bijou littéraire.


A lire, relire, offrir...

 

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