Les Actes amanites, suivi de Quelques mots avec... Lise N.

Cette rédition demeurera vide durant une quinzaine de jours, pour cause de vacances! Mais avant de partir, j'ai tenu à vous livrer l'interview de Lise N. auteure protéiforme, ainsi que la chronique de son ouvrage Les actes amanites, parus aux éditions Le calepin jaune.

 

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Auteure hybride, Lise N. est également performeuse et musicienne. Elle a réalisé un album, Faire cailler le lait avec du sang de caille (Le Cluricaun, 2008) et a co-dirigé l'anthologie sonore Aux limites du son (éditions La Volte, 2006).

 

 

Les mots de Lise N. se lisent, se disent, se dévorent. Enchaîntements poétiques de phrases qui se répondent, d'images âpres et sensuelles, vivantes, les quatre contes surréalistes qui forment l'ossature et la chair de ces Actes amanites ont une force rare, née d'une harmonie singulière et musicale entre les mots et la psyché de l'auteure, également performeuse. Les photographies d'Erik Damiano - en particulier les noir et blanc - évoquent la fois la chute des anges et la vie qui toujours, renaît de ses cendres et de ses douleurs. Oeuvres duelles - ombres et lumières, douceur de la plume et cruauté de la bouche qui dévore, de la main qui arrache- e lles sont le sang et la peau de cet ouvrage organique.

 

Les Actes amanites deuxième opus de la collection Sepia des éditions Le calepin jaune, montre une fois de plus la qualité de cette jeune maison d'édition, qui prend le risque de faire les limites de l'imaginaire en publiant des oeuvres borderline, toujours artistiquement engagées.

 

 

Bonjour Lise N. Vous vous définissez comme une hybride et, de fait, c'est un peu le cas puisque vous êtes à la fois auteure, musicienne et performeuse. Quel a été votre parcours artistique ?

 

J’ai un parcours pluridisciplinaire. J’ai longtemps fait du théâtre, de la musique, d’abord en tant que bassiste puis peu à peu je me suis approprié d’autres instruments (banjo, harpe hongroise, claviers, petits objets sonores, etc.), parallèlement j’ai toujours écrit, autant que je m’en rappelle mes premiers textes remontent à mes trois ans lorsque j’inventais des chansons. Il y a eu aussi un travail de recherche sur le corps, un peu de danse contemporaine en tant que non-danseuse, un peu de photographie. Mon parcours artistique est également lié à des collaborations avec d’autres écrivains, musiciens, vidéastes, à beaucoup de rencontres qui m’ont “hybridée”.

 

Qui, dans vos multiples arts, vient le premier ? Qui inspire l'autre ?

 

En ce qui me concerne, c’est d’abord l’écriture qui donne matière aux autres formes d’expressions. J’ai toujours eu cette envie que mes textes vivent en-dehors du papier, dans le théâtre par exemple, dans la musique, voire dans le cinéma d’animation. J’ai d’abord imaginé que mes écrits pourraient être adaptés par d’autres artistes. Je n’ai pas attendu longtemps pour leur donner vie moi-même, lors de lectures publiques, en composant une musique en face à face des mots, en donnant corps au texte au cours de performances. Ce n’est que très récemment que je m’inspire de la musique pour écrire. Je travaille depuis peu avec la formation Gaë Bolg sur l’adaptation musicale de “Dernier Périple en Val de Noir”, le récit sur lequel débute “Les Actes Amanites”. Je rédige de nouveaux textes à partir de ce que nous avons composé, constituant un recueil qui devrait s’appeler “Dernier Périple en Val de Rose”. Le texte, passant par l’épreuve de sa mise en son, devient l’occasion d’écrire un nouveau texte.

 

 

Votre écriture est à la fois très surréaliste et très maîtrisée, notamment dans la recherche d'allitérations et d'assonances, de mots qui se répondent les uns aux autres. Comment votre prose naît-elle ? Quels sont vos procédés d'écriture ?

 

Je me mets dans la peau du texte en quelque sorte. Le texte me submerge d’abord par vagues d’images, de voix, il y a une sorte de musicalité qui me dépasse et qui prend forme. Ensuite, je réélabore, je prolonge, je mets en lien certaines images avec d’autres afin de donner une direction plus affirmée au texte, dans le fond et la forme. Rédiger un texte de quelques lignes me prend un temps phénoménal. Il doit toujours être surprenant à mes yeux et à mes oreilles. Il y a les coulisses du texte également, des questions qui le sous-tendent, des points d’accroches durant le processus d’écriture, une structure invisible mais qui peut-être contribue à ce que le lecteur navigue dans les images sans se perdre. Si je racontais les coulisses du texte, je crois que beaucoup seraient surpris, elles me sont tellement personnelles qu’elles ne sont pas vraiment intéressantes. Si je vous disais que “La femme-poulet et la fille-mule”, le troisième récit du recueil, s’inspire du film “Liquid Sky” et qu’il prend appui sur la notion de “carnaval liquide”, est-ce que cela vous aiderait à naviguer davantage entre les lignes ? Je ne pense pas. Mais si vous vous êtes approprié le texte à un moment donné, s’il a résonné à un niveau physique et mental, s’il a participé à la mise en forme de votre imaginaire, c’est que le texte était abouti et en mesure de dialoguer avec vous. C’est précisément ce que je recherche quand j’écris.

 

Vous travaillez en collaboration avec Erik Damiano, qui est photographe et vidéaste. De quelle manière votre collaboration artistique s'est-elle déroulée – lors de vos performances, d'abord, puis pour Les actes amanites ?

 

L’envie de collaborer avec Erik Damiano, dont je connaissais bien le travail, était ancienne et réciproque. Je lui ai proposé de filmer une performance que j’avais en tête depuis longtemps, l’Acte Amanite # 1, dont les photos figurent dans Les Actes Amanites. Il s’agit d’un rituel de salle de bain comprenant différentes actions à réaliser et la présence indispensable de plumes, de goudron, de plantes vertes, etc. La puissance des photos et des vidéos d’Erik Damiano résulte de sa sensibilité très particulière, du regard qu’il porte sur le corps en action, un regard qui est le plus souvent très percutant et frontal. Ce que ces photographies ne racontent pas, c’est que j’ai failli m’étouffer au cours de la performance et que le contact des plumes a provoqué un tremblement de tout mon corps. Erik pour sa part était particulièrement troublé par la puissance maléfique qui se dégageait de ma présence noiraude, il était partagé entre l’envie de me gifler et celle de partir en courant. Notre collaboration est aussi là, dans ce partage d’expériences limites, dans ces accidents, ces chocs de la perception. Elle se prolonge au cours des concerts et des performances publiques, lors desquelles Erik fait un travail de projection en live des vidéos, articulant celles-ci à ce qui se passe sur scène.

Pour ce qui est de l’ouvrage Les Actes Amanites, Erik a lu l’ensemble des textes et les a mis en perspective avec certaines photos, en construisant son propre scénario. Nous en avons parlé, il y a eu quelques ajustements, mais ce qu’il proposait était de toute évidence bienvenu. Dans le fil de l’ouvrage, les photos dialoguent avec le texte et racontent une histoire en parallèle. C’est une histoire qui incombe à Erik.

 

Quels sont vos projets à venir ?

 

Je prépare un nouveau livre, Bruine sur le triangle des hautbois, qui fera également l’objet d’adaptations musicales. Il y a cette collaboration avec Gaë Bolg autour de la mise en musique de “Dernier Périple en Val de Noir”, l’album devrait sortir courant 2009. Puis un projet qui me tient à coeur, l’adaptation sonore de textes rédigés et lus par d’autres écrivains, comme Charles Pennequin, Antoine Boute, etc. Enfin, il va y avoir des concerts, des performances et une recherche plus précise par rapport à la scène, avec Erik Damiano et d’autres collaborateurs comme le musicien Eric Roger (Seven Pines, Gaë Bolg).

 

Merci, Lise N., d'avoir bien voulu répondre à nos questions.

 

Merci à vous.

 

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