Aux dates du 3 et 7 janvier 2015, le groupe islamique intégriste Boko Haram a perpétré dans la ville de Bogo un massacre resté jusqu'à maintenant sans information précise et qui, au regard des témoignages divulgués par les rares survivants, est estimé à près de 2000 pertes humaines.
Cette exaction malgré toute son ampleur et son horreur a largement été passée sous silence du fait de sa simultanéité avec les événements tragiques survenus à Paris.
Mais peut-on réellement dénoncer la non-réaction de l'opinion publique, au moins en France, face à un drame plus proche des habitants tant géographiquement que pour leurs valeurs ? En effet, les attentats contre Charlie Hebdo ont touché la France dans l'un de ses principes les plus chers, alors que le massacre de Bogo s'est déroulé dans un pays lointain où régnait depuis déjà plusieurs années un régime djihadiste puissant et échappant totalement au contrôle des autorités nigérianes. La cause peut paraître bien cynique mais ce type d'acte barbare, en de telles situations, peut sembler, pour l'opinion occidentale, prévisible et habituel.
Cependant, la situation géopolitique globale de la région et notamment le développement de Boko Haram dans le nord-est du Nigéria et dans les pays frontaliers tels que le Tchad et le Cameroun, menace la stabilité politique, et, devant les difficultés des différentes armées africaines engagées dans le conflit et malgré leur apparente coordination, les autorités locales peinent à contenir l'influence de la secte extrémiste. Cette coalition africaine semble être une solution viable pour la résolution à long terme d'un tel conflit intra-étatique et permet également de rappeler au monde occidental que son droit d'ingérence n'est pas acquis.
Toutefois, les appels répétés du gouvernement nigérian à la coalition internationale ne pourraient se retrouver sans une réponse rapide de l'ONU qui joue ici une part de sa crédibilité quant à l'importance égale qu’elle accorde aux différents pays sous son giron.
Il est important de comprendre la réticence de certains pays à interférer en Afrique, tout particulièrement les Etats-Unis très fébrile sur le continent depuis l'échec de l'opération à Mogadiscio en 1993. En vérité, suite aux récentes campagnes menées dans la région, seule la France semble encline à une opération d'envergure, mais le pourra-t-elle financièrement et surtout le gouvernement français pourra-t-il obtenir l'appui de la population pour cette action loin des frontières nationales alors que c'est le pays lui-même qui semble en danger ?
Anaëlle et Vincent, classe de Prepa Spe - Lycée Saint-Charles, Orléans