Billet de blog 2 avril 2015

Rédaction Lycéenne (avatar)

Rédaction Lycéenne

Abonné·e de Mediapart

Harcèlement de rue

Ces comportements déplacés ne sont en aucun cas justifiables et le problème est bien le harceleur et non la harcelée. Par Myriam Attia.

Rédaction Lycéenne (avatar)

Rédaction Lycéenne

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ces comportements déplacés ne sont en aucun cas justifiables et le problème est bien le harceleur et non la harcelée. Par Myriam Attia.

Bonjour à vous lycéens et lycéennes. Je viens pour vous parler du harcèlement de rue. Derrière cette expression qui fait très ''Envoyé spécial'', ''Complément d'enquête'' et autres émissions de reportage du mardi soir, se cache un réel problème de société. Mesdemoiselles, parmi vous, laquelle peut affirmer ne jamais s'être fait siffler dans la rue ou ne jamais avoir reçu le classique « bonjour, t'es belle » ou le moins classique (quoique) « t'es bonne, t'as un numéro ? » ?

Ce genre de petites phrases, remarques ou parfois même rapprochements physiques semblent se banaliser. En effet, peu de gens en parlent et lorsqu'ils en parlent, ils reçoivent souvent des réponses du style « Oui mais aussi, t'as vu la longueur de ta jupe ?! » ou encore « en même temps, prendre le métro seule à minuit quand on est une fille...tu vois quoi ! ». Mais ces comportements déplacés ne sont en aucun cas justifiables et le problème est bien le harceleur et non la harcelée.

Ce qui rend la situation encore plus révoltante, c'est que la plupart du temps, la personne qui reçoit ces charmants compliments commence à CULPABILISER. Ce sentiment de culpabilité peut en partie être dû à l'éducation que l'on reçoit, (sans rentrer dans les stéréotypes), par exemple quand le soir nos parents nous disent « tu ne rentres pas toute seule hein ? Non mais on sait jamais tu vois... ». Combien de fois ai-je entendu des amies me dire « mettre une jupe à Paris le soir, t'es folle toi ! » ? En 2015, comment peut-on encore en être à choisir ses vêtements dans l'optique de ne pas se faire remarquer pour éviter les problèmes ? Et comme je l'ai lu dans un article récemment, ce n'est même plus une question de tenue vestimentaire, le seul fait d'être une femme suffit aux harceleurs...

Certaines personnes se posent la question de savoir où se trouve la limite entre la drague et le harcèlement : ce que certaines femmes ressentent comme de l'acharnement, d'autres le considèrent comme une simple technique d'approche. La frontière entre ces deux notions n’est pas toujours évidente à définir. Si ce n'était qu'un compliment, pourquoi pas ? C'est bon pour l'égo et la confiance en soi après tout ! Mais lorsque ce commentaire est accompagné d'un regard insistant du style « oui, je te reluque ouvertement sans aucune gêne », cela devient insupportable et on ne peut pas dire que ce soit un comportement qui se veuille bienveillant. C’est là que l'on peut, selon moi, parler de harcèlement de rue. Vient alors le moment de la réaction. Le plus souvent, on passe son chemin sans prêter attention aux remarques... Mais il arrive aussi que l’on sorte tout juste d'une journée de cours éprouvante, fatiguée et de mauvaise humeur. Notre réaction peut alors être plus violente. Bien évidemment, il ne faut pas non plus faire des généralités en considérant toutes les personnes de genre masculin comme des prédateurs, et ce n'est pas le but de mon article. Il peut arriver que certains hommes tentent des approches qui ne soient pas de nature oppressante : juste de la drague (qui n'a jamais rêvé de rencontrer son Jules au coin d'une rue un jour d'été ?). Cet article n'a pas pour but non plus de généraliser en montrant que toute femme se sent mal à l’aise dès qu'elle sort ; c’est plutôt pour pousser un coup de gueule, et surtout pour en PARLER. Je pense que c'est un problème encore peu connu en France, et que plus on en parlera, plus les mentalités commenceront à changer. Je vous conseille de regarder le reportage de Sofie Peeters « Femmes de la rue » (disponible sur Youtube). Cette jeune femme belge tout aussi déconcertée qu’excédée par son expérience dans sa vie quotidienne décide de se promener dans les rues de Bruxelles, munie d’une caméra cachée : le résultat est effarant. Parmi les nombreuses insultes, ce qui est choquant est l'insistance de certains hommes de tout âge, et la vulgarité de leurs propos. Ce reportage s’est rapidement propagé et a suscité de fortes réactions notamment chez les maires, qui ont décidé de mettre en place des lois pour éviter ces comportements déplacés. Pour finir, j'ai envie de vous dire soyez libres et heureuses.
Selon moi, arrêter de porter, par exemple, des jupes ou des shorts, c'est accepter les insultes et donner raison aux responsables. Marchez la tête haute dans la rue, vous n'avez pas à culpabiliser pour quoi que ce soit, RIEN ne justifiera jamais le comportement de ces agresseurs (oui je dis agresseurs parce qu'il arrive que ces harcèlements tournent en agressions). Il faut espérer qu'avec le temps les mentalités évolueront, et en attendant, refusons de laisser ce sujet devenir une banalité du quotidien.

Myriam Attia, le Britannicus, lycée Racine, Paris 8.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.