Féministes, non merci !

Moi je ne comprends pas. Je ne comprends pas toutes ces femmes qui aujourd’hui se disent féministes, revendiquent l’égalité homme femme, alors qu’elles ont déjà tellement de droits. C’est un combat fini, enterré ! Maintenant, on peut prendre la pilule, on peut avorter, on peut travailler même si on a des enfants. Par Maeliss BODENAN

Ces à ces femmes là que j’adresse ces deux minutes de micro, celles qui estiment que le combat des femmes n’a plus lieu d’être aujourd’hui, en 2016.

Comme les scientifiques aiment le faire, je propose d’observer la situation telle qu’elle se présente dans notre société.

·Les femmes peuvent voter depuis avril 1944. Elles se rendent aux urnes, pour la première fois, en octobre 1945. Mais encore aujourd’hui elles demeurent sous représentées dans la vie politique de notre pays.

·Les femmes peuvent ouvrir un compte bancaire sans demander l’autorisation de leur époux depuis 1965 et exercer une activité professionnelle librement. Petit bémol, je suis désolée d’apprendre à ces dames que les salaires féminins demeurent toujours  15% plus bas que ceux des salaires masculins pour un même poste !  

·En 1923, avorter conduit à des années de prison. En 1942, avorter conduit à la mort. Avorter  est autorisé en 1975, mais  après de nombreuses manifestations, pétitions organisées par des féministes, celles qui n’ont pas lieu d’être aujourd’hui. 

·Il faut attendre 1990 pour reconnaître que certains époux prennent plaisir à forcer leur conjointe à avoir des relations sexuelles, et tout cela pour satisfaire les désirs masculins. Il faut attendre 1992 pour que la justice estime qu’il est peut-être temps de condamner le harcèlement sexuel dans le milieu professionnel.  

·En 1989, c’est la première campagne nationale contre les violences conjugales et en 1994  le code pénal reconnaît les violences commises par un concubin. 

De ce point de vue, les antiféministes ont raison. De nombreuses lois ont été écrites pour défendre le droit des femmes et aboutir à une égalité homme femme. Pourtant, la réalité nous montre que ces lois ne sont pas toujours respectées, elles le sont même rarement.

Jacqueline Sauvage, mère de quatre enfants dont trois filles prend le fusil en 2012 pour abattre son époux, Norbert Marrot. Cette femme a certes ôté la vie d’un homme. Depuis plusieurs années, elle était victime de violences conjugales, d’abus sexuels. Ce n’est donc pas par choix qu’elle a pris le fusil et qu’elle a tiré trois fois sur son époux. Jacqueline Sauvage a été gracié par le président François Hollande, en janvier dernier. Mais de nombreuses femmes se trouvent encore derrière les barreaux pour avoir été victime de comportements violents de la part de leur époux et d’avoir voulu se protéger. Tout comme Jacqueline Sauvage, elles estimaient que, pour que cessent les coups,  elle devait tuer le propriétaire de cette main : leur mari.  

Des femmes se font encore interpellées, accostées et même parfois tabassées dans les rues. Les sifflements, les « hey ça va poupée » sont nombreux. Parfois, des mains frôlent les corps des femmes. Mais oui, vous avez toujours raison, mesdames les antiféministes, ça ne sert plus à rien de défendre le droit des femmes en 2016. C’est pourquoi le cas de Loubna Abidar, l’actrice marocaine et celui des femmes allemandes agressées à Cologne sont négligeables.  

Evidemment, Loubna n’aurait jamais dû jouer une prostituée dans un film pour dénoncer les conditions catastrophiques de ces femmes marocaines. 

Evidemment, si les femmes se dénudent trop, qu’elles montrent leurs jambes à travers leur collant et dévoile leur avant-bras, cela ne peut qu’exciter la gente masculine. Ces Messieurs sont alors obligés d’adopter un comportement agressif, irrespectueux. Voyons, ce n’est pas de la faute de ces messieurs mais de toutes ces dames qui ne respectent pas leur corps ! 

Aujourd’hui, féministe est devenue une insulte. «  Je voudrais bien défendre mes droits mais je ne veux pas que l’on me considère comme une féministe, c’est mal. » Voilà ce que j’ai entendu et à cela je réponds :  

Ceux qui défendent les droits de l’Homme sont appelés des humanistes. Etre humaniste c’est bien perçu, bien vu.  

Ceux qui revendiquent une égalité entre l’homme et la femme sont appelés des féministes. Etre féministe c’est aussi bien perçu et bien vu, à moins que lutter contre des inégalités soient considéré comme malsain... 

Alors oui, je n’ai pas peur de le dire. Je suis humaniste et je suis aussi féministe. Et vous ?

Maeliss BODENAN, Terminale, lycée Blaise Pascal, Brie-Comte-Robert (77)

 

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