Ils sont nombreux à vouloir essayer, ils sont nombreux à exercer un métier extrêmement précaire, mais ils sont nombreux à (sur)vivre de cette passion. Oui tu l'auras bien compris cher lecteur, le métier du journalisme est à l'honneur dans cet article.
Le P'tit Luther a eu la chance de rencontrer récemment trois jeunes journalistes, tous au profil différent, et qui ont participé ou participent au « Monde Académie ». C'est dans les locaux de Jets d'encre (l'association de promotion et de défense de la presse d'initiative jeune) que nous rencontrons Emiliana Malfato, François Weigek et Yton Shenes. Jeunes journalistes passionnés, ils ont tous un parcours différent.
Emiliana Malfato est aujourd'hui journaliste en CDD à l'AFP (NDLR : Agence France Presse). Elle peut aujourd'hui écrire des articles de fond à destination d'autres médias, qui parfois négligent de préciser que l'article vient de l'AFP. Sa réussite aujourd'hui dans le métier est sans doute due à ses multiples voyages. Elle a habité aux États-Unis puis en Colombie où elle travaillait dans un journal équivalant à Libération. L'EDJ de Science Po, une école de journalisme, lui a permis d'entrer dans le métier. Malgré son jeune âge, elle a aujourd'hui fait de nombreux reportages, rencontré une multitude de gens différents, tout aussi enrichissants les uns que les autres et qui sont parfois émouvants. C'est ainsi qu'elle a pu effectuer un reportage dans un camp de réfugiés syriens à la frontière libyenne juste avant sa fermeture...
François Weigek quant à lui, écrit une thèse en lettres en même temps que d'être pigiste au Monde Académie (si tu veux savoir ce que c'est, un indice, ne fuis pas cet article tout de suite), et il veut faire de ce métier sa vocation. Il pense que « le rôle du journaliste est de titiller » et apprécie les interviews et reportages. L'essentiel pour lui, comme pour bien d'autres journalistes est de conserver sa pleine liberté d'expression. C'est pourquoi il nous raconte alors le déroulement d'une de ses interviews dans une école. Le directeur était intervenu lorsque François interviewait des professeurs au sein même de la structure en exigeant de relire l'article. Relecture jugée superflue par François qui considère qu'on doit assumer ce que l'on dit. Laisser un droit de regard aux interviewés constitue plus pour lui une entrave à la liberté d'expression qu'un acte de courtoisie. Le journaliste doit en effet avoir la liberté d'écrire ou de critiquer, du moment que les informations sont véridiques et qu'il n'y a pas diffamation. Il notifie alors que « Si on veut interroger un membre d'une institution publique, il vaut mieux le faire hors structure sinon les gens ne parlent pas à cause de leurs supérieurs », d'ailleurs, « les gens ont peur de mettre leur parole en avant, mais la barrière part assez vite car les gens ont besoin de se confier ».
La dernière intervenante s’appelle Yton Shen. Plus motivée que jamais, pour elle « le journalisme est vraiment une passion, on peut montrer aux gens des choses qui restent dans l'ombre, dont ils ne connaissent pas l'existence. On peut avoir des contacts partout dans le monde, rencontrer plein de gens différents ». Jeune chinoise, elle vivait au Caire, et s’intéresse plus particulièrement à la communauté musulmane chinoise en Égypte, mais aussi à tous les événements liés au printemps arabe qui se sont récemment déroulés dans le pays. Elle a par exemple couvert minute par minute des manifestations anti Morsi, en écrivant ce qu'elle ressentait ou en interviewant des manifestants.
(Si ça t'intéresse ses chroniques s'appellent « les tribulations d'une chinoise au Caire »). Elle insiste aussi sur un point important : la chance que nous avons en France de ne pas subir de censure contrairement à la Chine. « En Chine, il n'y a pas de liberté d'expression, donc vous avez la chance d'être en France, profitez-en ! En Egypte, ils font la révolution, je n'ai jamais vu cela en Chine, je vais garder toutes ces idées et ces articles pour en parler et peut être à long terme, pouvoir faire bouger les choses. Devant le pouvoir, les gens se révoltent et cela vaut le coup ! ».
Ces trois jeunes journalistes, ont, ne l'oublions pas, un point en commun, ils ont réussi à passer le concours pour pouvoir participer au Monde Académie. Ce concours organisé par le journal éponyme vise à ouvrir le métier de journaliste à des jeunes motivés n'ayant pas forcément fait d'études de Journalisme.
Au départ, ce sont près de 5000 jeunes candidats de tous les horizons en quête d'aventure journalistique qui candidatent pour Le Monde Académie.
Ils envoient au jury du journal deux « œuvres journalistiques » (articles ou plus rarement images) et un CV vidéo. Et à l'arrivée ce sont 68 journalistes (autant que de bougies à souffler pour Le Monde) qui intègrent Le Monde académie ! Ces jeunes de 18 à 25 ans bénéficieront d'un an de formation encadré par un parrain/une marraine du Monde (qu'ils ne verront réellement que 2 ou 3 fois).
Ils auront la possibilité de poster autant de papiers / d'articles qu'ils le souhaiteront sur un blog caché dans un recoin du site Le Monde. Certains seront retenus et postés sur Le Monde.fr ou même publiés dans Le Monde papier. Dans ce dernier cas nos journalistes en herbe seront rémunérés à l'article comme n'importe quel pro (pigistes).Voire de manière un peu plus rentable : une pige rapportant environ 250-300 euros dans les locaux du Monde.
Cependant, pour être acceptés et publiés, les articles doivent souvent subir quelques modifications. Et dans ces cas-là, d'après François, « il faut mettre son orgueil de côté, se fondre dans le moule car chaque journal a sa teinte, c'est ton article mais aussi celui du journal. S'il y a du temps tu modifies toi-même ton article mais si c'est une actu brûlante, on ne te demande pas ton avis ». De plus, il faut bien laisser de la place à nos chères pubs si indispensables pour la survie du journal. Ainsi, l'article peut être remanié une fois, 5 fois, 10 fois... Et dans la masse des articles écrits, seule une infime partie est retenue. Il faut donc trouver une activité parallèle : des études, un travail, une thèse...
L’expérience est profitable au journal qui bénéficie d'un regard neuf, jeune et original sur les sujets abordés « On peut écrire sur ce que l'on veut et on propose des idées de sujets auxquelles ils n'avaient pas pensé ».
Ce qu'aime Emiliana dans Le Monde Académie par exemple c'est qu'on y reçoit « des retours critiques très critiques, et ça fait du bien ». En plus, être « publiée dans Le Monde est une bonne entrée dans le monde journalistique ». Pour Yton, Le Monde académie est une grande aventure : « on rencontre des gens incroyables, on se fait des amis partout dans le monde ». Cela permet d'agir « on est jeune ; il faut qu'on présente notre point de vue, qu'on montre qu'on est là ».
C'est pourquoi le journalisme est un métier magnifique, chaque jour est différent. Le journalisme doit être une vocation comme l'ont si bien démontré ces trois jeunes intervenants passionnés. Mais cela reste un des métiers les plus précaires. Les salaires sont très bas et ceux qui gagnent très bien leur vie sont une minorité. Il faut parfois des dizaines d'années avant de passer du stade de pigiste instable, payé à l'article, à un CDD ou même un CDI. Certains n'y arrivent jamais, « on espère pouvoir s’accrocher mais ce n'est pas gagné » témoignent nos stagiaires. Mais malgré les conditions de vie difficiles, cela n'empêche pas des centaines de journalistes d'exercer cette passion qui vaut le coup d'être tentée. Et toi lycéen, tu peux déjà y goûter en rejoignant un journal lycéen par exemple (comme le P'tit Luther !) ou encore, en écrivant des articles sur l'édition participative Mediapart, endroit où les lycéens de toute la France sont invités à écrire (il te suffit pour cela de nous contacter à fortin.prof@orange.fr).
Juliette Baillet et Marion Abecassis, Le P'tit Luther, Lycée Martin Luther King (77600).