Seule face à son piano

Ses poignets commencent à fatiguer mais elle continuera jusqu’à ce qu’ils s’enflamment. Le médecin lui a dit que ce n’était pas une très bonne chose mais elle s’en moque. Elle veut continuer de faire danser ses doigts sur les touches et tourbillonner ses pensées au rythme des accords. Quand elle joue, elle se sent bien. Par Zoé Aubry et Marie Vasseur

14h22

La porte de la maison claque. Le silence règne désormais. La jeune fille aux longs cheveux bruns se lève de son bureau où ses cours s’empilent. Elle y a déjà passé une heure, elle a besoin de faire une pause. Elle est maintenant seule chez elle. C’est ce qu’elle préfère. Elle a beaucoup de mal à faire ce qu’elle s’apprête à faire devant les autres. Elle se masse tout d’abord les doigts et les paumes, fait craquer ses phalanges et ses poignets fins. Avec des gestes doux et précis, elle tire ses cheveux en arrière et les attache au sommet de sa tête.

14h28

Son téléphone vibre sur son lit. Elle s’en empare. Un message de son amie.

« On sort ? »

Elle pourrait mais pas aujourd’hui, pas maintenant. Elle ne peut pas se le permettre, elle ne veut pas.

«  Je peux pas, désolée. » répond-elle.

14h30

Elle s’assoit enfin sur le tabouret du salon, face à son piano. Elle n’a pas pensé auparavant ce qu’elle allait jouer. Elle pose ses doigts sur les touches blanches et noires et, instinctivement, se met à jouer. Une douce mélodie entrainante, sans chant ni rien d’autre qu’elle et son piano. C’est le premier morceau qu’elle a appris. Celui qu’elle fait toujours pour débuter. Une sorte d’échauffement. Au dessus de son instrument, un calendrier trône, une croix qui raye la case lorsque le jour est passé. Une date est entourée au marqueur rouge. Un jour bien attendu. Une audition pour une école de musique réputée. Son rêve.

15h57

Ses poignets commencent à fatiguer mais elle continuera jusqu’à ce qu’ils s’enflamment. Le médecin lui a dit que ce n’était pas une très bonne chose mais elle s’en moque. Elle veut continuer de faire danser ses doigts sur les touches et tourbillonner ses pensées au rythme des accords. Quand elle joue, elle se sent bien. Elle s’exprime, se libère de ce monde un peu trop grand pour elle. Elle disparait dans un autre monde comme une bulle douillette dans laquelle elle se sent invincible.

16h46

Une dernière note retentit et résonne dans la demeure. Elle s’arrête là. Elle expire à fond. Elle recommencera demain. Malgré les privations et la pression, il n’y a rien au monde qui la rende aussi heureuse. Elle referme le piano et susurre comme à chaque fois qu’elle termine :

« Le travail n’a pas de prix lorsqu’il s’agit d’atteindre ses rêves. »

 Zoé Aubry et Marie Vasseur, 1ère L,lycée Arnaut Daniel, Ribérac (24)

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