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7h00, le réveil sonne pour Pierrick. Le garçon se frotte les yeux, passe ses doigts dans sa tignasse emmêlée et se déboîte la mâchoire. Les images de son rêve flottent encore dans son esprit. Par Maeliss BODENAN

Pierrick  papillonne des paupières pour les effacer. Le jeune adolescent se lève, quitte son lit et enfile ses chaussons mammouths.

7h00, Mao essuie une perle de sueur qui se promène sur son front. Ca fait bientôt deux heures que l’enfant se prélasse dans les rues de Phnom Pen. Il s’approche des visiteurs qui titubent, leur tend des bracelets, tente d’être vu, crie des mots volés des conversations qu’il entend.

-          Salut les amis ! One dollar the bracelet, special price for you ! Allez mon ami !

7h10, Pierrick s’est réfugié sous la douche. L’eau coule en cascade sur sa peau, le fait frémir et dresse ses poils.

7h10, Mao s’accroche au bras d’une femme en sarwell. Il déballe son discours, agrandit ses yeux, tend les bracelets, les secoue. Les bracelets s’entrechoquent, la passante esquisse un sourire en biais, se dégage de l’enfant et accélère le pas.

7h20, Pierrick ferme le bouton de son col. Ses yeux se posent sur son sac de cours. Ce sac qui l’accompagne tous les matins pour franchir les grilles du lycée, ce sac qui renferme ses prises de notes saisies entre deux rêveries en cours et ses contrôles aux marques rouges dans la marge, ce sac qu’il aimerait oublier.

7h20, Le petit Mao traîne les pieds, évite les quelques flaques d’eau qui barrent son chemin, le petit Mao marche lentement. L’enfant retarde le retour à la maison, il appréhende le regard dur et sans cœur de son père à la vue de ses poches vides. Il se rappelle le jour où une grande femme blonde, avec un appareil photo pendouillant autour de son cou, a placé entre les mains d’un petit garçon blond, une feuille remplie d’écriture. L’enfant avait fait la moue, avait soupiré, froncé les sourcils. Mao avait assisté à ce spectacle de loin. La mère s’était  énervée et avait forcé l’enfant à lire les inscriptions noires sur le papier. Mao ne pouvait comprendre ce que l’enfant disait. Mao ne pouvait comprendre ce froncement de sourcil. Mao ne pouvait comprendre ce refus de lire, ce refus de la culture alors que lui, en rêvait tant. Ce garçon qui répondait au nom de Pierrick, n’avait pas l’air de réaliser la chance qu’il avait de savoir déchiffrer les lettres dansantes des mots.

Maeliss BODENAN, Terminale, lycée Blaise Pascal, Brie-Comte-Robert (77)

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