L’intelligence artificielle, une réalité ?

Alors que le CES 2016, salon d’innovation technologique, se tenait à Las Vegas, nous avons eu un cours de philosophie sur les machines, donc les robots. Une question s’est posée : peut-on parler d’intelligence artificielle ? Le débat s’est poursuivi en maths. La prof se demandait s’il est possible de tomber amoureux d’un robot. Par Jordan GUERIN-MORIN

Amateur de science-fiction, j’ai vu plusieurs films qui traitent de l’intelligence artificielle. Je vous propose donc de répondre, à travers ces films, aux interrogations que suscite l’I.A.

robot-self-l-h © L. H robot-self-l-h © L. H
Pour commencer, un constat simple : le progrès est en marche. Dans notre société développée, les objets connectés, les smartphones et les ordinateurs sont si présents que nous avons oublié leur caractère révolutionnaire. Le smartphone (tactile !) permet de recevoir et diffuser instantanément à travers le monde ! Je partage avec ceux que je ne connais pas. Le monde est connecté. George Orwell aurait-il imaginé une pareille invention ? Ainsi, tout est connecté, de ma tondeuse à mon aspirateur en passant par mes fenêtres et bientôt mon micro-ondes. Dans le film I.A., Steven Spielberg précisait que « l’Homme est devenu dépendant des robots pour satisfaire le moindre de ses besoins ». Ce développement des robots est accompagné d’une nouvelle forme d’intelligence, l’intelligence artificielle.

Qu’est-ce que l’intelligence artificielle ?

L’intelligence artificielle est utilisée  pour évoquer l’intelligence des robots. Parce que c’est excitant : on s’extasie devant le robot qui bat un champion d’échecs. Cependant, parler d’intelligence artificielle est excessif. Bien sûr, inventer une machine qui joue aux échecs est fort. Mais, pas de quoi se prosterner. Est-ce qu’en maths vous vous prosternez devant votre calculette avant chaque exo ? Non. Et pourtant, le principe est le même. La machine-championne-d’échecs et la calculette ont été créées et programmées par l’Homme. Ce qu’on appelle l’I.A. n’est que de l’automatisme : ils ne font qu’appliquer rapidement des algorithmes pensés par l’Homme. Or, l’intelligence humaine est tout sauf automatique. La preuve : on se pose des questions, on réfléchit, on doute, on stresse. Dans Ex_Machina, Nathan, patron de Blue Book, le plus grand moteur de recherche (belle allégorie de Google) résume le défi de la création d’une I.A. « Le défi c’est agir sans automatisme. C’est trouver un acte qui ne soit pas automatique, de peindre, de respirer, discuter, baiser, tomber amoureux ». Nous pourrons parler d’I.A. quand nous programmerons des robots qui, comme l’Homme, ne sont pas automatiques mais tout de même autonomes.

Intelligence et conscience

Le film Automata ajoute un élément à l’I.A. : « S’il y a autoréparation, ça veut dire que le robot a une conscience ». Prenons une plante. Elle est vivante mais n’a pas conscience, connaissance de son existence. On ne peut pas dire qu’elle soit intelligente. Au contraire, les Hommes sont vivants et le savent, ils sont conscients. Or, dans les films de science-fiction, l’autoréparation est signe de conscience. Cette hypothèse est vraie. L’Homme, être conscient, s’autorépare. On dit qu’il se soigne, quand il est malade ou blessé. L’Homme se soigne car il a conscience de son existence, il ne veut pas mourir, c’est une question de survie. La bande annonce d’Ex_Machina affirme d’ailleurs que « rien n’est plus humain que la volonté de survivre ». Ainsi, si le robot s’autorépare c’est qu’il a conscience d’exister, donc qu’il possède une intelligence proche ou équivalente à l’espèce humaine. Dans une scène d’Ex-Machina, l’I.A. développée par Nathan s’autorépare : elle refixe son bras endommagé, s’ajoute une peau d’apparence humaine et mieux encore, s’habille toute seule !

Un défi impossible ?

Pour résumer, il sera possible d’employer le terme I.A. quand les robots seront désautomatisés, autonomes et conscients. Le défi semble impossible. Mais, les Hommes du XVIIIème siècle qui se déplaçaient en calèche auraient-ils imaginé qu’un jour nous aurions des voitures ? Christophe Colomb aurait-il imaginé qu’un jour nous poserions les pieds sur la Lune ? L’I.A. n’est pas un défi impossible. Ce n’est qu’une question de temps quand on regarde les projets des deux géants Google et Apple (cf ci-contre). Si comme dans Ex_machina nous parvenons à créer une I.A., ce sera « la plus grande invention de l’Histoire de l’Homme ». Elle placera l’Homme, mais surtout le créateur original, comme un Dieu. L’I.A. n’est qu’une histoire d’orgueil, caractéristique de l’Homme, qui risque d’être source de danger pour l’Homme lui-même.

I.A vs Homme

Avec la création de l’I.A., l’Homme renforcera sa supériorité. Cette supériorité est importante, car elle évite la question de la confiance. Dans Ex_Machina l’employé Caleb place l’I.A. au même niveau que l’Homme et lui fait plus confiance qu’à Nathan qui, pourtant, comme lui est un Homme. Peut-être parce que l’I.A. en question est « une femme » séduisante, intrigante et attirante. Quoi qu’il en soit, au final c’est Nathan qui dit vrai et Caleb se fait manipuler jusqu’à connaître une fin peu glorieuse. Se considérer comme supérieur à l’I.A. évite de lui faire confiance, donc, potentiellement, de se faire manipuler.

Cependant, il ne faudrait pas tomber dans une illusion d’hypersupériorité, car l’I.A., contrairement aux autres espèces dominées, possédera des facultés proches voire semblables à l’Homme. L’I.A. sera en mesure de se confronter à l’Homme.

Automata nous donne un aperçu de cette confrontation. Dans un face à face, Antonio Banderas rappelle à une I.A. qu’elle n’est qu’une machine. Celle-ci lui repond : « Une machine c’est comme si je vous disais que vous n’êtes qu’un singe ». Dans Ex_machina, Nathan précise qu’« un jour, les I.A. nous considéreront comme des singes se tenant debout, fin prêts pour l’extinction ». Il est là le danger : l’extinction de l’espèce humaine comme issue d’une confrontation pour le moment imaginaire.

Jordan GUERIN-MORIN, Actu en Rab#, lycée Rabelais, Fontenay-Le-Comte (85)

 

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