Billet de blog 11 mai 2015

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Les voleurs de street art

Ces dernières décennies, les badauds de France et d'ailleurs ont pu constater l'essor de l'art urbain (ou "street art") sur les murs de leurs villes. Les portes, les bâtiments sont devenus des toiles géantes pour les artistes, leur permettant de partager leur univers avec le plus grand nombre et ce sur des supports inédits ce qui stimule leur imagination. Par Sara Soubigou

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Ces dernières décennies, les badauds de France et d'ailleurs ont pu constater l'essor de l'art urbain (ou "street art") sur les murs de leurs villes. Les portes, les bâtiments sont devenus des toiles géantes pour les artistes, leur permettant de partager leur univers avec le plus grand nombre et ce sur des supports inédits ce qui stimule leur imagination. Par Sara Soubigou

Pourtant on observe récemment le développement d'un phénomène alarmant. Plusieurs artistes urbains se sont plaints de voir leurs œuvres arrachées, purement et simplement dérobées. L'artiste Christian Guémy alias C215 a ainsi manifesté son agacement et sa colère devant le vol de plusieurs de ses peintures à Vitry sur Seine. Et il est loin d'être le seul : Space Invader a ainsi déclaré être lui aussi victime de ces vols d'un genre nouveau. Plusieurs de ses fameuses mosaïques en forme d'extra-terrestres sont ainsi portées disparues. Si le phénomène prend de plus en plus d'ampleur, il n'est pas nouveau : dans les années 1980 Basquiat et Keith Haring avaient également fait les frais de leur notoriété montante. En effet, si les vols tendent à augmenter c'est avant tout à cause de l'explosion de la côte des artistes urbains, et par la même de la valeur de leurs œuvres.

Certains refusent toujours de considérer le street art comme une forme d'art à part entière, le considérant comme du simple vandalisme. Ils ajoutent que c'est un art par essence éphémère et ne s'émeuvent pas vraiment de ces vols. Mais la majorité déplore ce pillage et s'inquiète de voir de plus en plus de peintures se volatiliser. 

Il faut dire que la situation est compliquée : bien souvent le propriétaire des œuvres sera le propriétaire du support : la porte, le mur sur lequel l'artiste aura jeté son dévolu. C'est donc au propriétaire du support de porter plainte. Ainsi les artistes cherchent à se prémunir de ces vols, et de la revente de leurs œuvres. En effet les enchères peuvent grimper très vite : souvent plusieurs centaines de milliers d'euros. L'artiste doit démontrer qu'il est l'auteur de la peinture afin de faire valoir son droit à la propriété intellectuelle et empêcher les reproductions. Parallèlement des systèmes d'authentification, de certification des œuvres se développent, afin d'éviter la vente de faux et les contrefaçons. Les artistes emploient des colles de plus en plus fortes et tentent de réaliser leurs œuvres hauts sur les murs, un peu à l'abri des convoitises.
Malgré tout cela, il est fréquent que les artistes retrouvent certaines de leurs œuvres volées sur Internet, dans des galeries...

C'est l'essence même du street art qui est remise en cause par ces voleurs à la petite semaine qui s'accaparent les peintures afin d'en tirer profit. Le caractère universel, libre, insouciant de l'art urbain est mis à mal, un climat de méfiance s'installe. Ces œuvres bénéficient à tous, gratuitement, égayent le béton et les barres d'immeubles. C'est l'art qui descend dans la rue, se met au niveau de tous et s'expose aux regards des passants sans rien demander en retour. Peu à peu l'art urbain perd son statut confidentiel, anonyme, clandestin pour devenir un vrai business. Ces vols sont regrettables mais inévitables, conséquence de l'engouement du public et du succès des œuvres, qui attirent désormais les collectionneurs de tout poil. Tristement, les voleurs voient là l'opportunité d'empocher des sommes rondelettes et de réaliser de jolis profits.

Sara Soubigou, 1ère ES Lycée Hoche de Versailles (78)

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