Il est, à l’heure actuelle, impossible que vous n’ayez été prévenus des évènements qui se sont déroulés le 7 janvier dernier, vers 11h30
: deux hommes cagoulés et armés de fusils d’assaut sont entrés dans les locaux du journal satirique et provocateur Charlie Hebdo situés dans le 11e arrondissement, fusillant la rédaction alors en pleine réunion hebdomadaire, en hurlant “Allahu akbar”,, (dieu est [le] plus grand) selon la journaliste la journaliste Sigolène Vinson épargnée avec les mots suivants : “on ne tue pas les femmes mais tu dois te convertir à l’islam et te voiler”. 12 morts, 11 blessés dont 4 graves. L’attentat qualifié de “11 septembre français de la pensée libre” par le caricaturiste du Monde, est tout de même le plus meurtrier depuis 1961 (attentat du train Strasbourg-Paris). Le plan Vigipirate s’élève instantanément au niveau écarlate (maximal) et la réaction s’embrase dans toutes les directions : millions de tweets, de messages de soutien aux familles des victimes, de profils Facebook qui proclament “je suis Charlie”, une réponse internationale de partage de la douleur émanant de la part de très nombreux dirigeants. La république, agressée, appelle à l’Unité. La rédaction de l’Iné s’est sentie fortement concernée et une de nos rédactrices qui s’est jointe aux rassemblements nous témoigne :
En ce jour du 7 janvier 2015 des journalistes français sont tombés pour leurs idées. La liberté d’expression a été piétinée. Le rassemblement spontané Place de la République était une évidence. La réunion de 100 000 personnes à travers la France qui ont voulu spontanément se serrer les coudes pour pleurer ceux qui nous manquent déjà. J’avais cette envie irrésistible de partager ma peine avec des milliers d’inconnus même par -3°C. J’y suis allée en espérant trouver du réconfort, dans l’espoir de remplir ce vide qui s’était creusé depuis 11 heures ce matin-là.
Chacun était comme moi en ce mercredi, nous étions « Charlie ». Les slogans ont sonné contre les murs, toute la soirée, sans s’arrêter, les uns suivant les autres pour commémorer toujours plus fort, plus unis. Les affiches, les gens qui brandissent des stylos, cette arme ultime pour la défense de la liberté, nous rappelle que personne ne doit céder face à la peur. Charb, Cabu, Wolinski, Tignous pour ne citer qu’eux, nous l’ont appris mieux que quiconque.
La tristesse est palpable, l’émotion est partagée par toutes les générations qui crient ensemble. Certains portent des bougies, d’autres des numéros de Charlie Hebdo. Tous portent en leur cœur la douleur immense et indescriptible de l’injustice. Lorsque l’on rentre chez soi, on ne se sent pas plus vivant. Le vide est toujours là. Cette détermination, insufflée par la force que cette foule de personnes lorsqu’elles veulent rejeter la violence, d’où qu’elle vienne, nous pousse en avant. Grâce à tous ceux qui se soutiennent contre l’horreur, on se sent moins seul, on a moins peur.
La liberté d’expression est ce qui nous maintient face à l’obscurantisme. Comme le disait Charb : « je préfère mourir debout que passer ma vie à genoux ».
Le contenu du discours présidentiel était prévisible mais en temps de crise il est difficile de s’exprimer analytiquement sur un sujet d’une complexité redoutable et dont la sensibilité propre à toute polémique religieuse agit en tant que véritable inhibiteur aux divers débats. Le conflit est mondial, et dans cette optique les valeurs démocratiques de liberté d’expression et de la presse ont été fermement avancées par Angela Merkel, Ban Ki-Moon, Barack Obama, John Kerry, David Cameron, les premiers ministres belges et danois, ainsi que d’innombrables autres nations et organismes qui se sentent impliquées, et en particulier des pays musulmans. Même Vladimir Poutine souligne que la lutte contre le terrorisme nécessite une coopération internationale. La guerre opposant l’islam radical à l'occident semble plus que jamais omniprésente. Les les États-Unis ont bien rappelé leur engagement militaire aux cotés de la France au moyen orient, en Irak notamment, contre les mouvements visant à l’instauration de l’Islam radical. Deux problèmes demandent cependant une forte attention :
Il est indéniable que sans laïcité (valeur très importante en France), les religions aux idéologies divergentes tendent à entrer en conflit : n’oublions pas les nombreuses atrocités que les catholiques ont commis envers les protestants avant le siècle des lumières. On énonce souvent “qu’il ne faut pas faire d’amalgame” entre religions et violences et aujourd’hui il est nous est exigé d'être particulièrement vigilant à ne pas considérer l’ensemble des pratiquants musulmans comme un groupe homogène par paresse intellectuelle (également cause du racisme et du sexisme) car les individus violents et extrémistes nuisent gravement à l’image des pratiquants qui reconnaissent la laïcité. Le mouvement allemand des « patriotes européens contre l'islamisation de l'Occident » (Pegida) a senti son existence justifiée, ce qui a déclenché la réaction de la Turquie, qui met en garde contre l’Islamophobie. L’Iran condamne une mauvaise image des victimes du conflit israélo-palestinien rendu par les médias français, ainsi que des problèmes d’urbanisme divers. En Seine-Saint-Denis par exemple, de nombreux parents Juifs craignent de placer leurs enfants dans les écoles publiques. L’Islamophobie est également un des moteurs de la montée du Front National.
Ne cédons pas à la haine, à la panique ou à la peur, ce qui est précisément la visée des terroristes qui cherchent à faire fléchir la république en déclenchant une guerre civile. Utilisons notre raison, qui est peut-être la plus belle faculté humaine, pour nous exprimer et résoudre ce problème intellectuellement, par le débat et la communication. Comme le souligne l’Imam de Drancy : “On répond au dessin par le dessin, à la plume par la plume...”.
Le second problème provient de notre véritable et considérable dépendance vis à vis du pétrole. Les innombrables automobiles, avions, produits en plastique et autres éléments consommant des hydrocarbures en masse sont responsables de l’envoi de dizaines de milliards de dollars aux pays producteurs de pétrole du Moyen Orient, donnant ainsi un énorme pouvoir à des états parfois non respectueux des droits de l’Homme comme par exemple en Arabie Saoudite ou au Pakistan, où, officiellement et légalement, il est possible de se faire pendre ou décapiter pour “insulte au Prophète”. Une partie des pétrodollars se retrouve parfois dans les mains de groupes terroristes comme Al Qaïda. Les États-Unis et le Canada ont réduit leur dépendance à ces pays en développant l’exploitation du gaz de schiste sur leur territoire, solution qui peut poser des problèmes environnementaux. En France, en attendant un siècle des lumières dans nos fournisseurs de pétrole, nous ne pouvons qu’essayer de réduire notre consommation.
L’unique chose dont nous pouvons nous réjouir après la mort des Héros de Charlie Hebdo et en ce moment de deuil national, c’est que l’affaire aura fait coulé bien plus d’encre que de sang.
Louis ‘’Charlie’’ Hart-Davis
L’Iné, Lycée Edouard Branly
Nogent-sur-Marne