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La Finlande est tentée, ça se passe déjà dans certains états américains : on renonce à l’apprentissage de l’écriture cursive pour les enfants pensant que désormais, on n’écrira plus que par claviers interposés. L’écriture risque donc l’abandon et tablettes, PC et autres iMac pourraient être définitivement adoptés pour servir les apprentissages de l’école. Nous avons interrogé ceux que ces pratiques intriguent. Par Victoria David et Laurie Desouches
La tablette généralisée ?
Pour Marie-Noëlle, la tablette à l’école, ça peut être bien mais si on ne renonce pas au cahier. La tablette ne peut pas remplacer le stylo et même le livre ». Il faut dire que les liseuses n’ont pas encore convaincu toute le monde : des personnes trouvent ça pratique mais pas d’autres, qui résistent. « Je préfère les livres parce que toucher les pages est agréable puis ça fait partie de notre culture. La tablette a des avantages pour éviter de couper des arbres mais elle a aussi une empreinte négative sur l’environnement par certains de ses composants. De plus, les livres anciens ne sont pas visibles sur ces outils. »
Pour Séverine, il faut penser qu’on ne peut toujours dépendre d’une machine pour communiquer. L’écriture cursive, c’est aussi pour écrire en l’air, sur le sable, sur sa main. C’est une garantie d’autonomie. C’est aussi quelque chose qui permet de retenir par le geste, l’orthographe, ce que ne permet pas le clavier.
Pour Laurence, c’est la même réticence. « Je pense que les tablettes peuvent être intéressantes à utiliser mais il ne faut pas que le cahier et l’écriture disparaissent complètement dans les écoles. Moi, j’aime mieux ouvrir un dictionnaire que d’aller chercher le mot sur internet ». C’est Pascal qui met tout le monde d’accord : « Je pense qu’il faut garder les cahiers et l’écriture au moins en primaire. L’idée de la tablette et du PC comme unique support à l’école est bien mais il faudrait le faire à partir de la 6° pour que les enfants sachent utiliser l’écriture cursive avant ».
Du stylo Bic au clavier
Quand on met le phénomène en débat parmi les collégiens, les avis sont très variés. Raphael, 5ème, est réservé. « Si on n’apprend qu’avec le clavier, ça peut être un handicap. Il faut reconnaître que le progrès est là : on est passé de la plume d’oie au porteplume, puis du stylo plume au stylo Bic et maintenant, on en est au clavier. Sur les points négatifs, il ne faut pas oublier que regarder un écran sans pause ça fait mal aux yeux. »
Mathieu est dyslexique. Pour lui, le clavier est quelque chose de très positif. « Ecrire avec un ordinateur serait mieux pour les dyslexiques puis ça éviterait à des enfants comme moi d’avoir des difficultés » mais pour Josselin, « on n’apprendrait plus rien et si la tablette tombe en panne on perd tout ». Pour Mary, « Les profs qui utilisent l’ordi pour écrire les leçons autant qu’ils nous l’envoient, comme ça on a tout directement sur notre ordi et on l’enregistre et on n’a même pas besoin d’écrire ni de se déplacer. »
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Côté prof : « On ne peut aller contre le progrès »
Côté professionnels, les avis sont plus nuancés. Sandrine Warembourg est directrice d’école et professeur de CP. « Je pense qu’il est important d’utiliser les technologies numériques à l’école car elles font partie de l’environnement dans lequel vivent les élèves. Le monde dans lequel nous vivons évolue sans cesse et l’école, qui forme les citoyens de demain doit s’adapter à ces changements. Dans leur avenir de futurs adultes, nos élèves d’aujourd’hui utiliseront ces nouvelles technologies. Les enseignants doivent le prendre en compte dans leur classe et dans leur enseignement. D’ailleurs, elles sont intégrées dans les programmes de l’école primaire. Ma classe est équipée d’un Tableau Numérique Interactif que j’utilise tous les jours. Je pense que l’utilisation de la tablette pourrait prendre tout son sens en complément d’un équipement déjà existant tel que le TNI ou l’ordinateur portable, permettant ainsi d’articuler des moments collectifs et individuels d’une activité dans la classe et de diffuser des traces individuelles au reste de la classe (partage, échange, discussion). Cependant, utilisée seule, pour elle-même dans une classe, je ne vois pas ce qu’elle peut apporter de plus qu’un ordinateur ou un manuel »
« La tablette mais pour apprendre l’écriture cursive »
L’enseignante imagine ce que la tablette peut apporter aussi en matière d’apprentissage de l’écriture et contredit ainsi ces pays qui ne veulent plus de l’écriture cursive. « Je n’ai jamais utilisée de tablette dans ma classe, mais en comparaison avec un ordinateur portable, je pense que la tablette est très attractive, qu’elle présente une diversification des tâches permettant un maintien de l’attention, une meilleur concentration des élèves et ce, sur un temps plus long. Il me semble que la motivation des élèves, leurs capacités de recherche, de communication et de collaboration peuvent être développées par l’utilisation de la tablette. Pour certains élèves en difficulté (type dyspraxie), la tablette évite des aller-et-retours de l’écran au clavier. Je suis certaine aussi que certains élèves osent plus avec ce genre de matériel. En CP, les simulations d’écriture amènent les élèves à utiliser leur doigt pour suivre un tracé sur la tablette, leur permettant ainsi d’apprendre à écrire les lettres dans le bon sens. Ils mobilisent leur geste pour suivre un tracé, le reproduisent en l’air en suivant la simulation puis l’appliquent directement sur le papier »
« Je pense que cette expérience peut fonctionner mais aujourd’hui, elle reste expérimentale (pas assez de recul ni de classes utilisatrices) et il y a beaucoup de difficultés à contourner ou à résoudre. Tout d’abord il existe une double difficulté pour les enseignants : le problème de leur formation et la gestion matérielle. La formation des enseignants est pratiquement inexistante, ce qui sous-entend qu’ils devraient s’auto-former, ce qui prend beaucoup de temps. Il y a aussi le problème du temps d’appropriation de ces technologies et de rapidité avec laquelle elles évoluent. Il y a ensuite les difficultés techniques : les problèmes de connexion à la Wifi, les mises à jour à faire régulièrement et qui prennent, elles aussi, du temps, et les difficultés de gestion des documents »
Des réserves
Pour l’enseignante, il reste des réserves importantes sur cet outil. « La tablette ne conserve que le produit fini ; on ne peut pas voir les étapes intermédiaires (par exemple en production d’écrits) : tout le travail qu’on peut faire sur le brouillon comme barrer, insérer, découper…n’est pas visible. Il n’y a pas d’affichages multiples sur la tablette et donc, la circulation d’une application à l’autre n’est pas toujours facile. Enfin la tablette favorise moins la collaboration des élèves que le papier et le crayon. Malgré la croyance populaire et parfois scientifique voulant que l’usage des tablettes tactiles favorise l’apprentissage, aucune recherche réalisée jusqu’à présent, fondée sur des données probantes et empiriques, ne le montre réellement, faute de recul suffisant sur les usages »
Victoria David et Laurie Desouches, K'eskon Attend, Collège Descartes, Châtellerault (86)