Billet de blog 19 mars 2014

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Renvoyé spécial : le parcours d’un jeune journaliste congolais

Lors d’une opération Renvoyé Spécial, organisée par la Maison des Journalistes et le CLEMI, un jeune journaliste congolais émigré de son pays que nous appellerons Monsieur Jean, témoigne de son parcours tourmenté à de jeunes lycéens. Il aborde notamment les questions des conditions de vie dans son pays d'origine, sa demande d’exil politique ainsi que l'état de la liberté de la presse à l'heure actuelle.

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Illustration 1
Des lycéens rencontrent un journaliste congolais au cours d'une opération Renvoyé Spécial. © Léa Escoubre et Mélanie Dusson.

Lors d’une opération Renvoyé Spécial, organisée par la Maison des Journalistes et le CLEMI, un jeune journaliste congolais émigré de son pays que nous appellerons Monsieur Jean, témoigne de son parcours tourmenté à de jeunes lycéens. Il aborde notamment les questions des conditions de vie dans son pays d'origine, sa demande d’exil politique ainsi que l'état de la liberté de la presse à l'heure actuelle.

« Je n’ai pas d’autre arme que ma plume. » - M. Jean.

Des conditions de vie désastreuses.

Vivant avec sa famille à Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo, M. Jean travaillait comme professeur mais également comme journaliste dans un petit journal local. N’étant ni du gouvernement, ni de l'opposition, il s’est lancé dans une enquête concrète, qui avait pour but de dénoncer les nombreux abus de pouvoir de l’armée. Après avoir réuni plusieurs preuves dénonçant viols, humiliations, génocides, tortures et mutilations, il a été d’abord mis sur écoute par les Forces Armées de la République Démocratique du Congo avant d’être arrêté puis séquestré et torturé par ces derniers. Un de ses ravisseurs est alors entré en contact avec ses parents qui ont été forcés de payer pour faire libérer leur fils.

Relâché et avec l'aide financière de ses parents qui ont sacrifié une bonne partie de leur patrimoine, le jeune journaliste congolais s'est alors dirigé vers la France avec pour seul but de dénoncer ce qui se passe actuellement en République Démocratique du Congo. C'est en effet ce que M. Jean appelle une « justice spectacle » qui règne, celle-ci a pour but d'effrayer la population de nombreux villages, les rendant ainsi vulnérables. La totale absence d'autorité laisse alors place à de gigantesques pillages de villages durant lesquels sont pratiqués de nombreux viols, tortures et mutilations.

Un long périple à destination de la France.

Prendre l'avion à destination de la France lorsque nous sommes en fuite et que nous ne possédons pas de passeport n'est pas une chose évidente. Encore une fois, M. Jean a dû sacrifier tout ce qui lui restait de l'aide financière de ses parents, ainsi que la totalité de ses économies afin de se procurer de faux papiers. C'est donc ainsi qu'il est arrivé à Paris, mais sans logement, sans travail, sans argent, il a été contraint de mendier et de dormir dehors pour survivre. Aujourd’hui M. Jean est en attente de réponse pour sa demande d’asile en France et loge à la Maison des Journalistes, qu’il va devoir quitter, puisque celle-ci n’accueille seulement pour une durée de six mois, les demandes étant trop importantes.

La liberté de la presse : un moyen de défense efficace.

Actuellement résident de la Maison des Journalistes à Paris, où sont accueillis des journalistes persécutés ou exilés, M. Jean a la possibilité d’écrire et de publier des articles via l’association. Mais cela n'a pas toujours été le cas, notamment en République Démocratique du Congo d'où il a du fuir, puisque les journalistes et les citoyens n’ont pas le droit de s’exprimer librement sans crainte de représailles. Les journalistes subissent la censure, sont traînés en justice, sont victimes d'arrestations, de menaces de mort et même de meurtres, de tortures, d'enlèvements et ce dans le monde entier. La publication d'articles par les journalistes de pays dont la situation est similaire à celle de la République Démocratique du Congo, permet d'alerter l'opinion publique des grandes puissances et ainsi de faire avancer les choses dans le bon sens. L'exil politique est donc primordial pour la survie de la liberté de la presse de pays en crise.

M. Jean a encore l’espoir que la situation change dans son pays d'origine, qu’il y ai une vraie justice, une armée honnête, des salaires décents, pouvoir se soigner convenablement et un véritable gouvernement démocratique en place. C'est pour cela qu'il n'abandonnera jamais son but, continuant d'écrire autant qu'il le pourra. 

Nicolas GUITARD et Maëva DACONCEIÇAO, Lycée Antoine Bourdelle (82).

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