Diversité des cultures et unité de l'homme

L’humanité est composée de nombreuses civilisations, et donc d’autant de cultures différentes. L’homme est le créateur d’une pluralité culturelle si gigantesque que lui-même n’a pu toutes les recenser. Mais cette diversité si monumentale peut-elle être un frein à l’unité de l’homme. La diversité des cultures est-elle incompatible avec l’unité de l’homme ? Est-il légitime de parler de l’unité de l’homme, d’une universalité de l’homme ? Nous verrons, tout d’abord, qu’il ne peut y avoir une universalité de l’homme du fait des trop grandes différences présentes au sein de l’humanité, puis, nous démontrerons ensuite qu’on peut concevoir une idée de l’homme qui dépasse la diversité. Enfin, nous montrerons que les idéaux de l’homme restent limités par la réalité.

L’humanité est composée de nombreuses civilisations, et donc d’autant de cultures différentes. L’homme est le créateur d’une pluralité culturelle si gigantesque que lui-même n’a pu toutes les recenser. Mais cette diversité si monumentale peut-elle être un frein à l’unité de l’homme. La diversité des cultures est-elle incompatible avec l’unité de l’homme ? Est-il légitime de parler de l’unité de l’homme, d’une universalité de l’homme ? Nous verrons, tout d’abord, qu’il ne peut y avoir une universalité de l’homme du fait des trop grandes différences présentes au sein de l’humanité, puis, nous démontrerons ensuite qu’on peut concevoir une idée de l’homme qui dépasse la diversité. Enfin, nous montrerons que les idéaux de l’homme restent limités par la réalité.

            « La nature crée des différences, la société en fait des inégalités », ainsi s’exprime Tahar Ben Jelloun afin de qualifier la pluralité de l’humanité qui a pour conséquence une hiérarchisation des cultures et des conflits les interposant. Le racisme est une idéologie qui va dans ce sens. Le raciste est celui qui divise l’humanité en races et impose la prédominance d’une race sur l’autre. Il est raciste de créer des inégalités afin d’y trouver un prétexte de supériorité ; de même que l’ethnocentriste qui place une civilisation au centre des intérêts de l’humanité et instaure sa suprématie au reste du monde. L’histoire a, malheureusement, vu se succéder de nombreux exemples de civilisations ethnocentristes et cette supériorité s’est souvent affirmée par de multiples massacres.

Un exemple contemporain d'ethnocentrisme se décèle clairement dans la thèse du professeur américain Samuel Huntington. Dans son livre The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order, le professeur explique que le monde post guerre froide n'est plus un monde bipolaire, mais se divise en différentes civilisations qu'il quantifie au nombre de 9 : occidentale, latino-américaine, africaine, islamique, chinoise, hindoue, orthodoxe, bouddhiste et japonaise. Pour Huntington, ce sont à présent les différences culturelles qui régissent la géopolitique mondiale et les conflits internationaux. Il explique, par exemple, que la réussite économique de l'Extrême-Orient et son incapacité à se doter d'un système démocratique stable sont les conséquences de la culture asiatique. L'auteur conclut en affirmant la supériorité des sociétés chrétiennes comme étant les seules à posséder une prospérité économique durable. Sa thèse n'est qu'une forme d'ethnocentrisme déguisée qui met au centre du monde la civilisation occidentale et la place au sommet de la hiérarchie de son monde civilisationnel. Huntington n'est, après tout, que le pantin de la tradition dominatrice du monde occidental.

            La diversité des cultures, prônée par l'ethnologue Claude Lévi-Strauss, conçoit le monde comme multiculturel. Les nombreuses cultures du monde ne sont certes pas dénuées de différences mais celles-ci, pour rejoindre la citation de Tahar Ben Jelloun, ne doivent pas faire l'objet d'inégalités. L'ethnologue français réprouve l’ethnocentrisme et fustige l’appellation de monstruosité ou de scandale qu’ont donné les ethnocentristes à la diversité culturelle. Une idéologie qui s’efforce de distinguer et hiérarchiser les différentes civilisations de ce monde est immédiatement condamnable. L’ethnocentrisme et le racisme s’efforcent de détruire toute unité solide de l’espèce humaine, mais est-ce que cette unité a des possibilités d’existence ?

 

            L’idée d’un homme en soi, une idée philosophique qui regroupe l’homme dans une seule et même unité existe. Des projets afin d’unifier l’homme ont été menés à maintes reprises. Le plus connu est certainement celui de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Elle précise les droits fondamentaux de l’homme en tant qu’unité universelle une et indivisible. L’article 2 de la Déclaration condamne toute forme d’ethnocentrisme ou de racisme : « Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés (…) sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion (…). ». Ainsi, l’homme est détenteur de droits, mais afin d’institutionnaliser ces droits il est fondamental de penser l’homme comme une unité. Mais le fait de penser l’homme comme un et indivisible ne peut-il pas relever de l’idéal ?

 

            Dans le monde contemporain, les idéologies ethnocentristes et racistes persistent encore. Il suffit pour cela de citer le cas du nationaliste norvégien Breivik qui a d’abord fait exploser une bombe dans le centre gouvernemental d’Oslo, tuant 8 personnes, puis a assassiné froidement à l’arme à feu 69 jeunes réunis pour le camp d’été de la Ligue des jeunes travaillistes. Le meurtrier a agi, dit-il, contre la multiculturalité de la Norvège. D’autres groupuscules néonazis sévissent encore dans le monde, et le Ku Klux Klan n’est certes pas éradiqué ! Penser les différentes cultures comme étant égales est indispensable à la survie de l’espèce humaine. Alors, pourquoi certaines idéologies, illégitimes d’exister, résistent encore à l’unité de l’homme ?

            D’après Albert Jacquard, l’homme est influencé par quatre facteurs, trois qui dépendent d’apports extérieurs et qui ne sont parfois pas contrôlables, et un quatrième qui lui est propre. Les trois premiers sont les gènes, la mémoire collective et le milieu de l’individu. Le quatrième est son auto-organisation. Le scientifique ajoute que c’est le dernier facteur qui est responsable de la majeure partie des actions de l’individu. L’homme serait donc capable de se détacher d’une idéologie raciste et d’admettre être une partie d’un tout. Une mémoire collective et un milieu, qui font l’éloge de l’ethnocentrisme, sont certainement la cause de la persistance d’actes racistes. De même que le système politique qui nous gouverne est le reflet du miroir de la concurrence et de l’inégalité. Faudrait-il reconcevoir notre société ? bâtir un monde plus tolérant et fraternel ? Certainement, mais le danger serait une fois de plus de tomber dans un idéal inatteignable. La conception d’une telle société nécessiterait des actions sur le plan théorique et pratique, ne pas s’arrêter juste au premier comme l’a fait la Déclaration universelle des droits de l’homme en ne s’accordant aucun droit juridique.

            La Commune de Paris peut être considérée comme une société proche d’un idéal. Au cours des deux mois de son existence, les dirigeants de la Commune se sont appuyés sur les valeurs républicaines fondamentales et les ont appliquées. Par ailleurs, L’Armée Zapatiste de Libération Nationale, dont les communautés autogérées se situent dans la région du Chiapas au Mexique, a constitué un système politique basé sur l’entraide, la tolérance et l’égalité. Ces deux différentes formes de sociétés ont refusé toute forme d’ethnocentrisme ou de racisme. Notre monde contemporain reste cependant dominé par des systèmes politiques qui ne se soucient que très peu des valeurs républicaines fondamentales, ou alors uniquement pour les afficher fièrement sur les frontons des établissements publics. Ainsi, le moyen pour se rapprocher de l’idéal de l’unité de l’homme est de reconcevoir nos sociétés et ceci sur un très long terme afin que la mémoire collective soit lavée de toute haine.

 

            Pour finir, nous avons vu que l’humanité possède trop de différences pour constituer une universalité de l’homme. Néanmoins, nous avons démontré, par la suite, que l’unité de l’homme est possible grâce à une conception de celui-ci comme une seule et même idée. Et, enfin, nous avons confronté la pratique des sociétés avec les idéaux de l’homme et nous nous sommes rendus compte que la majorité des systèmes politiques de la terre sont injustes et inégalitaires. Une unité de l’homme est donc compatible avec la diversité des cultures sur le plan philosophique ; il faudra cependant que l’espèce humaine évolue afin de constituer une universalité de l’homme sur le plan pratique. 

 

Pablo Barnier-Khawam, Le Peuplier, Alès.

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