Le FEMENisme, un sextrémisme

«  Sors, déshabille-toi et gagne ». Cette devise, crue, efficace et pleine de détermination, est celle des Femen, un groupe féministe de protestation, dont les actions ont aujourd’hui des répercussions dans le monde entier.

«  Sors, déshabille-toi et gagne ». Cette devise, crue, efficace et pleine de détermination, est celle des Femen, un groupe féministe de protestation, dont les actions ont aujourd’hui des répercussions dans le monde entier.

Ces Femen sont originaires d’Ukraine, un pays où le gouvernement n’est constitué que de 8% de femmes, un pays où l’organisation du championnat d’Europe de football a eu pour effet de stimuler le tourisme sexuel déjà sous-jacent, un pays où on répète aux jeunes filles que leur premier objectif doit être de se marier et d’avoir des enfants, un pays où certaines ont décrété que cette situation devait évoluer… En 2008, Anna Hutsol, Oksana Chatchko et Sacha Chevchtchenko, originaires de la ville de Khmelnitski, qui passaient leurs soirées à parler de philosophie, de Marx et de la société post-soviétique, ont mis en place ce mouvement, alors qu’elles n’étaient qu’au lycée… Ces jeunes filles impressionnent. Leur détermination ne peut inspirer que le respect : Inna Chevchtchenko était étudiante dans une des meilleures écoles en journalisme de Kiev, elle avait un bel appartement, un avenir prometteur… Elle est aujourd’hui un fugitive, qui a du quitté son pays après avoir tronçonné une croix lors d’une manifestation, preuve qu’elle était prête à tout pour faire valoir ses revendications féministes.

« Courageuses » : voilà un autre adjectif qui les qualifie. A l’heure où le corps des femmes fait l’objet de trafics, est meurtri, rabaissé… les Femen ont décidé de faire de ce corps une arme. C’est ainsi que depuis 2009, elles manifestent seins nus, barbouillée de slogans féministes, la tête parfois ornée d’une couronne de fleurs. Et c’est l’exhibition de ce corps de sylphide qui peut être source de scandales, certains pensent que ces méthodes sont inutilement provocantes, ou estiment illogique que des femmes qui manifestent contre les violences sexuelles protestent à moitié nue. Mais comment ne pas supposer une certaine hypocrisie chez ceux qui jugent cette caractéristique indécente, alors que les publicitaires utilisent les attributs féminins dans leur campagne pour faire vendre des dizaines de produits divers et variés ?

« Inspirantes » : il faut aussi leur attribuer cette qualité. Aujourd’hui, de nombreux mouvements féministes fleurissent aux quatre coins du monde, et leurs manifestations font l’actualité. Nous avons tous entendu parler du procès des Pussy Riot cet été, condamnées à deux ans d’emprisonnement dans un camp de travail pour avoir  chanter dans une cathédrale des chants punk aux paroles anti-Poutine. On pense aussi aux Slutwalk (littéralement « marche des salopes ») qui ont débuté sur le continent américain, pour se soulever contre les viols dus à l’apparence des femmes, ou encore aux manifestations d’étudiantes au Moyen Orient ou en Inde.

Alors oui, en France on parle aujourd’hui du sexe féminin comme du « nouveau sexe fort » : dans les pays occidentaux, les femmes feraient de plus en plus d’études et certains journalistes estiment même qu’elles seraient enclines à dominer le monde du travail aux Etats-Unis. Mais dans une majorité des pays du monde, les femmes ne sont pas perçues comme l’égal de l’homme. Ce sont les mouvements comme celui des Femen qui nous le rappellent, et ce sont leurs méthodes peu conventionnelles qui permettent à leurs actions d’avoir autant d’influence. Ces ukrainiennes, en détournant et en jouant de cette image de poupée qu’on leur attribuait, ramassis de clichés, ont décidé de se battre pour leurs droits. Elles se définissent comme les « chiennes de garde de la démocratie », et ce surnom leur sied parfaitement. 

 

Claire Schmid, Le P'tit Luther, Lycée Martin Luther King, 77600.

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