Comment en est-on arrivé là ? Zoom sur l’offensive israélienne et la réplique du peuple palestinien. Par Yousra Gouja.
Cet été 2014 fut fertile en rebondissements aussi inattendus que surprenants. Imaginez Paris, multipliée par 3 : cela nous donne la surface de Gaza avec au compteur 1,8 million d’habitants. Nombre d’entre eux vivent dans les dispositifs créés en 1948 par l’ONU. Occupés depuis 1967 par l’armée israélienne, les territoires de la Palestine (Cisjordanie et Gaza) sont remis en 1994 sous son autorité dans le cadre d’accords. En 2005, toute la bande de Gaza passe sous sa coupe hormis son espace aérien et maritime. Et c’est là qu’intervient le Hamas : en 2006, ce mouvement islamiste gagne les élections législatives. Mais ce résultat n’est pas reconnu par une grande partie de la communauté internationale. En effet, c’est le début de l’isolement diplomatique de Gaza où Israël arrête le versement des droits de douane ; les Etats-Unis et l’Union Européenne stoppent leurs aides financières.
Au niveau politique, c’est le Hamas qui se retrouve au pouvoir à Gaza face au parti d’extrême droite-sioniste d’Israël. La lutte armée reprend et le Hamas par ses tirs de roquettes et ses tunnels constituerait une menace que les Israéliens cherchent à neutraliser. Ainsi, le 8 juillet marqua le début de l’opération aérienne dans la bande de Gaza surnommée « bordure protectrice ». Le 17 débuta l’opération terrestre qui « vise à frapper les tunnels de la terreur allant de Gaza jusqu'en Israël" selon le premier ministre d'Israël Benyamin Netanyahou. Mais j’aimerais vous rappeler que ces tunnels existent depuis bien longtemps ! Alors pourquoi maintenant ? Ne serait-ce qu’un prétexte ? Gaza se voit également marqué par ses frontières, ses barrages, ses checkpoints fermés et son aéroport détruit en 2011, ce qui limite davantage la circulation. Côté mer, l’accès à la frontière par bateau est interdite aux Gazaouis et la zone de pêche a été réduite également alors que c’est leur principale activité encore debout. Cet isolement n’a fait que rendre sa situation sanitaire, sociale et économique inacceptable.
Ces événements survenus à Gaza ont donné lieu à une large couverture médiatique. Certains journalistes, quelles que soient les intentions des uns ou des autres, ont recherché un «équilibre » ce qui a conduit à la production d’une information biaisée, incomplète, dépolitisée et, volontairement ou non, orientée. En effet, traiter sur un pied d’égalité, d’une part, un État doté d’institutions stables, d’une économie moderne et comparable à celle des pays occidentaux, d’une armée parmi les plus puissantes et les plus équipées au monde et, d’autre part, un peuple qui ne possède ni État reconnu , ni économie fiable, ni armée régulière n’est évidemment pas légitime.
Partout en France et dans plusieurs grandes villes du monde telles que Londres de nombreux manifestants sont sortis dans les rues pour soutenir les Palestiniens. Depuis la place Denfert – Rochereau jusqu’aux Invalides, on pouvait entendre les mots d’ordre suivants « l'arrêt de l'agression israélienne et la levée du blocus, illégal et criminel, de Gaza ». Les manifestants étaient réunis à l’appel du Collectif national pour une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens, composé de 52 associations (dont France Palestine Solidarité, Mrap...), partis (PCF, EELV, NPA, Parti de Gauche...) et syndicats (CGT, Solidaires...). Même lors des « trêves », les manifestants ont continué leurs actions. Armés de banderoles, de keffieh, de drapeaux palestiniens et d’autres pays, ils proclamaient de forts slogans tels que «Halte aux massacres à Gaza, levée du blocus, sanctions contre Israël», «Enfants de Gaza, enfants de Palestine, c’est l’Humanité qu’on assassine», « Palestine vivra, Palestine vaincra ». A Paris, après de nombreux rassemblements, la préfecture a décidé d’interdire certaines manifestations qui « porteraient atteinte à l’ordre public » Il faut noter que la France est le seul pays à avoir interdit le droit de manifester ! Ce qui n’a pas empêché les manifestants de se retrouver à République et à Barbès mais a donné lieu à des heurts entre eux et la police.
D’ailleurs la rue n’est pas le seul lieu d’expression et sur les réseaux sociaux une campagne de boycott a été mise en œuvre. En effet, les manifestants ont appelé au boycott des produits israéliens et des entreprises qui soutiennent l’Etat d’Israël comme la marque l’Oréal ou Coca Cola.
Et ça marche ! L’entreprise Coca Cola a vu son chiffre d’affaires baisser et comprend maintenant que le client est roi. Ces appels au boycott ne sont pas limités à la France bien entendu et doivent continuer.
Il faudra beaucoup de temps pour que la paix se fasse entre les peuples, mais il faut d’abord une paix sur le terrain. Elle demandera une forte volonté politique de part et d’autre ainsi qu’une remise en question dans l’action des partenaires extérieurs, les Etats-Unis au premier chef. Sur une période de 51 jours de conflit, 2140 Palestiniens ont été tués et plus de 11000 blessés avec 475 000 réfugiés en plus et du côté israélien 70 morts dont 64 soldats jusqu’au cessez le feu « illimité ». A vous de mesurer le poids des victimes en faisant la différence entre le nombre de civils et de soldats tués.
Même si chaque partie est responsable de ses actions, Majed Bamya, diplomate palestinien, nous demande « Comment convaincre le peuple palestinien que le gouvernement israélien actuel est un partenaire pour la paix et non une puissance occupante ? » Il faut combattre l’idée reçue que l’on ne peut rien faire ! Ce n’est pas parce que les médias arrêtent d’en parler que tout c’est arrêter. Il faut tout reconstruire et prendre un nouveau départ…
C’est à nous, citoyens d’Etats démocratiques, de rejoindre des associations ou des organisations politiques pour se renseigner sur la question et devenir militants de la Paix. C’est à nous de dénoncer les entreprises et institutions qui participent à l’apartheid, d’exiger le démantèlement immédiat de l’ensemble des colonies et enfin de punir la violation des droits de l’Homme et du droit international.
Je vous laisse avec cette citation de Nelson Mandela « L’ONU a adopté une position forte contre l’apartheid, et avec les années, un consensus international s’est constitué et a contribué à mettre fin à ce système injuste. Mais nous savons bien que notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens. »
Yousra Gouja, Le Britannicus, Lycée Jean Racine, Paris 8.