Billet de blog 23 mars 2015

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Le temps de vivre en prison

Quand on entend le bruit des clefs du surveillant, les deux trois premiers jours c'est énervant. Puis, à force, on prend l'habitude, c'est comme à la campagne quand le coq crie le matin : au début on veut le tuer puis à force ça fait partie de notre quotidien. Par Aboubakar

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Quand on entend le bruit des clefs du surveillant, les deux trois premiers jours c'est énervant. Puis, à force, on prend l'habitude, c'est comme à la campagne quand le coq crie le matin : au début on veut le tuer puis à force ça fait partie de notre quotidien. Par Aboubakar

Dans le quotidien carcéral tous les jours se répètent, on dirait que c'est le même jour tous les jours...

Illustration 1

La prison nous désocialise, ça veut dire que ça nous coupe du monde puis en sortant, ça nous remet à l'intérieur brusquement. Je suis sorti en permission après près de 6 mois d'incarcération et en sortant j’étais totalement perdu. Voir des choses qui étaient banal avant m’a fait tout bizarre comme par exemple un simple arbre ou bien une voiture.

Les liens noués et le moral. En arrivant on ne connait personne puis on parle et on se fait quelques amis. Dans le moral, il faut trouver une stabilité entre résister ou abandonner et déprimer, s’enfermer.

Mais comment, concrètement, vit-on en prison ? C'est la question que même les détenus se posent, nous-même nous ne savons pas comment on vit ici parce qu'en fait on ne vit pas.

La détention est aussi un temps : les minutes, les heures, les jours, les semaines, les mois, les années. A quoi bon posséder une montre alors ? ATTENDRE ATTENDRE, la montre ne sert à rien, on ne fait qu'attendre. On attend le petit déjeuner, on attend la promenade, on attend la gamelle, on attend notre sortie, on attend l'école, on attend le médical, on attend les visites, on attend TOUT.

Les détenus perçoivent avec étrangeté le temps passé en prison. C’est un temps immobile, le corps vieillit sans vivre. Comme quand je suis allé voir mon père au parloir avec de grands cheveux et de la barbe à 17 ans : il était choqué, je lui ai répondu qu'ici tout pousse vite...

On dort toute la journée, on ne compte pas la nuit. On pense qu'il n'y a que la journée qui compte dans notre peine… et tout ça pour que le temps en prison passe plus vite…

Aboubakar, journal Vécu Carcéral, Maison d’arrêt de Villepinte (93)

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