Billet de blog 26 mars 2013

Rédaction Lycéenne (avatar)

Rédaction Lycéenne

Abonné·e de Mediapart

Et si le journal avait été repris par un prof ?

Depuis un an et demi que le journal du lycée existe, il n’est géré que par des élèves. Qu’en serait-il si un professeur du lycée avait pris l’initiative de s’en occuper ? Il s’agit bien sûr d’une fiction, enfin la réalité n’est jamais loin. Mais c’est surtout une bonne raison d’espérer que le journal continue à être le fruit de cerveaux d’élèves seuls.

Rédaction Lycéenne (avatar)

Rédaction Lycéenne

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Depuis un an et demi que le journal du lycée existe, il n’est géré que par des élèves. Qu’en serait-il si un professeur du lycée avait pris l’initiative de s’en occuper ? Il s’agit bien sûr d’une fiction, enfin la réalité n’est jamais loin. Mais c’est surtout une bonne raison d’espérer que le journal continue à être le fruit de cerveaux d’élèves seuls.

 Lendemain de la rentrée, 9h. Premier cours de français de la Première... avec M. L. 

« Les Première X c’est bien ça ? »

Quelques hochements de tête font réponse au professeur. Sa question n’en était d’ailleurs pas une : M. L. n’a-t-il pas appris son emploi du temps par cœur la veille de la rentrée ? Mais une question reste toujours un bon moyen de rentrer en contact avec son public. Elle lui permet de devenir actif, ou du moins d’en avoir l’impression. Car M. L. le sait bien, le seul acteur du cours, c’est lui.

Après les présentations de rigueur – la sienne, l’appel des élèves mais aussi celle du livre – M. L. annonce à ses élèves son grand projet pour l’année. « Vous êtes la seule classe de première que j’ai cette année. Quelques-uns d’entre vous m’ont déjà eu en seconde, et je crois bien leur avoir déjà parlé de mon idée : je compte réaliser avec vous un journal au lycée. »

Il laisse quelques instants de pause à son auditoire, le temps de lui permettre de se réjouir. Mais son projet n’est accueilli que par un vague murmure. Les expressions se figent sur les visages maussades.

« Ce journal sera pour vous un moyen de découvrir les nombreux aspects de la presse. Cela passera par la rédaction d’articles, mais pas seulement. Il faudra que la classe prenne des décisions sur... » Ca y est, certains ont déjà décroché. Enfin, M. L. compte bien mener à son terme le journal.

Bureau du Proviseur, semaine suivante

 « Bien sûr monsieur L. Cependant, le projet éducatif que vous présentez sous la forme d’un journal lycéen me paraît tout de même peu adapté à une classe de première dont l’objectif principal reste les épreuves anticipées du baccalauréat. Néanmoins, en choisissant un angle d’observation différent, il me serait possible d’imaginer que la perspective de votre idée puisse se retrouver dans une vision expérimentale de la pratique de la langue française que certains de vos collègues partagent. »

M. L. conclut vite que le journal ne se fera pas avec ses premières.

Lendemain. Cours de français de la Seconde... avec M. L.

 « C’est avec votre classe que j’ai choisi de me lancer dans la mise en place d’un journal au lycée. Cela passera par la rédaction d’articles, mais pas seulement. Il faudra que la classe prenne des décisions sur... » Ca y est, certains ont déjà décroché. Enfin, M. L. compte bien mener à son terme le journal.

Trois semaines plus tard, cours de M. L. avec les S... en salle informatique

 « Comme je vous en ai déjà parlé la semaine dernière, j’ai réservé aujourd’hui la salle informatique pour que vous puissiez commencer vos recherches sur des articles. Vous avez formé des binômes ? »

A cet instant, comme M. L. le constate, on peut classer les élèves en 3 groupes. Il y en a quelques-uns qui suivent ses instructions à la lettre. Sans toucher à l’ordinateur, ils le regardent avec de grands yeux en attendant la suite. Pour sûr, ils ont déjà constitué leurs binômes.  A se demander même s’ils sont aussi obéissants dans la vie... Enfin, ce n’est pas de ceux-là qu’il faut se préoccuper, ils feront de toutes façons des articles.

Quelques autres semblent tout refuser en bloc. Leur présence dans le système scolaire étant, selon eux, superflue, il ne sert donc à rien qu’ils y fassent quoi que ce soit. Et ce ne sont pas quatre années de collège qui ont changé leur tempérament.

Non... Ces deux groupes ne constituent qu’une minorité. Ce sont les autres qu’il faut convaincre. Ceux qui restent indécis. Ceux qui hésitent entre les deux extrêmes sans parvenir à se décider pour l’instant. Néanmoins M. L. sait qu’à la moindre de ses erreurs, ils formeront un groupe hostile. Et même s’il n’en fait pas, cela ne les rendra pas moins indécis sur la conduite à tenir.

Deux semaines avant la fin du trimestre, salle des profs

 « Vous savez, monsieur L., ça n’est pas si facile de mettre en place un projet d’envergure comme un journal. Il faut motiver ses troupes. Dans un sens, si vous aviez noté leurs articles, vous en auriez peut-être reçu d’avantage... »

Mais M. L. ne prend pas la remarque à la plaisanterie. Au point où il en est - 3 articles terminés pour 25 élèves - c’est peut-être la solution.

L’après-midi, cours de M. L.

 « J’ai donc décidé de noter vos articles. Bien sûr, ils compteront moins que les devoirs réalisés en classe, mais cela permettra de récompenser ceux qui se sont investis dans ce travail. Comme vous avez eu tout le trimestre pour les réaliser, je vous laisse jusqu’à vendredi pour les déposer dans mon casier. »

Vendredi soir

 Une dizaine de courts articles dans son casier ! Inespéré...

Mais avec les conseils de classe qui vont arriver et les bulletins à remplir, M. L. n’a pas vraiment pas le temps de préparer la sortie d’un numéro.

Enfin, M. L. compte bien mener à son terme le journal.

Gaëtan D. , BF News, Lycée Benjamin Franklin, Auray (56).

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.