Billet de blog 29 avr. 2013

Témoignage d’un élève qui a quitté Tripoli sous les bombes

Je suis parti de Libye au mois de juin 2011. Le pays était totalement sans dessus dessous. Sur le chemin de chez moi, il y avait presque des contrôles tous les deux kilomètres. En arrivant chez moi, j’ai été encore plus étonné car tout le monde était armé.

Rédaction Lycéenne
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Je suis parti de Libye au mois de juin 2011. Le pays était totalement sans dessus dessous. Sur le chemin de chez moi, il y avait presque des contrôles tous les deux kilomètres. En arrivant chez moi, j’ai été encore plus étonné car tout le monde était armé.

Des gamins de 13 ans faisaient la circulation, les armes à la main

Des gamins de 13 ans faisaient la circulation avec une arme à la main que ce soit des kalachnikovs, des 9 millimètres, des 8 millimètres ou des fusils à pompe. Il y avait même des jeunes de 16 ans qui étaient sur des 14.5. Ce sont des mitrailleuses lourdes qui servent à faire exploser les avions. La première semaine, personne ne sortait de son domicile. Tout le monde était inquiet car on peut se faire tuer à n’importe quel moment. J’ai trois cousins qui ont été tués par l’OTAN et deux cousins par des armes. Un de mes voisins est porté disparu jusqu’à ce jour. Il se passait des moments si durs qu’on ne peut même pas raconter. Je n’ai pas les mots tellement c’est dur.

A tout moment, on pouvait recevoir une balle

Le jour le plus dur de ma vie, c’est le jour où les révoltés sont entrés dans la capitale. C’est un jour que je n’oublierai jamais car il s’est passé tellement de choses en si peu de temps. Ce jour-là, mon père et tous mes oncles se sont réunis pour prendre une décision. Ils ne voulaient pas prendre de risques. Ils ne voulaient pas d’autres morts car on avait déjà perdu cinq personnes de notre famille. Ils ont pris la décision de laisser les garçons les plus mûrs à la maison  et d’emmener tous les autres loin du danger. Nous sommes donc allés chez mon oncle qui habite en dehors de la capitale. Toutes la famille était inquiète. Presque à tout moment, on peut mourir. A tout moment on peut recevoir une balle de n’importe où. Les armes sont à la disponibilité de tout le monde.

Nous les jeunes, on ne comprenait rien à la situation

On est resté quatre jours sans nouvelle de personne car les lignes téléphoniques étaient coupées. Personne ne comprenait ce qui se passait. Il n’y avait que des rumeurs. Nous les jeunes, on ne comprenait rien à la situation. Mais, rien que de voir la tête de mes oncles et celle de mon père on comprend tout. Mes oncles et mon père savaient ce qui se passait mais n’osaient rien dire pour éviter de nous inquiéter et d’inquiéter les femmes. Même en dehors de la capitale, on entendait des coups de feu, des bombardements, on voyait de la fumée partout. Mon père nous a dit un truc que je n’oublierais jamais : "tout ça me fait penser à l’ancienne guerre", celle de 1969. C’était alors la révolution du colonel Kadhafi qui voyait ce dernier prendre le pouvoir.

Si trop de choses restent encore inexplicables et incompréhensibles, ça reste, en tout cas, dans l’histoire de mon pays. Pour moi, c’est une histoire et un putain de vécu à raconter à mes enfants.

Wanii, Bal'Actu, Lycée Daniel Balavoine, Bois-Colombes (92).

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