Nous sommes tous différents mais certaines différences ne se voient pas. Celle-ci me tient au corps depuis plus de 17 ans…Par Alison
Certains naissent pour avoir une vie simple sans embûche, d'autres sont contraints de se battre pour avoir un métier et une vie potable. Ce n'est pas une question d'intelligence ou de savoir être, c'est plutôt une question de destin. Il y a une partie, celle que j'appelle « pièce rapportée », cette partie c'est celle des enfants placés à l'ASE, l’Aide Sociale à l'Enfance. Cette partie, j'en fais partie. Eh oui, derrière mes sourires que j'affiche chaque jour qui passe se cache un secret que je vais vous dévoiler.
Alors tout commence il y a 18 ans, mon âge actuellement. Alors je venais de naitre, j'avais 3 mois et je vivais avec mes parents et mon grand frère de 2 ans mon aîné. Ma mère a fait des bêtises et elle s'est fait embarquer par la police. Mon père n'a pas voulu nous garder mon frère et moi, donc on a fini tous les deux en pouponnière. C’est comme une crèche pour les enfants de moins de 3 ans où on est gardé jour et nuit.
Je n'ai pas vérifié tout mon parcours avant d’écrire, regarder le passé n’est pas évident… Mais en pouponnière, je crois qu’on est resté pas trop longtemps. Après cela, nous sommes partis dans un village d'enfants où on est resté une année avant de partir en famille d'accueil pendant 3 ans. Alors dans cette famille là, mon frère et moi étions biens, heureux. On faisait plein de bêtises en accusant l'autre c'était très drôle quand j'y repense… Mais un jour, celle qui nous accueillait est tombée malade et nous avons dû être placés dans un foyer en urgence. Ensuite, ma mère n’a pas voulu qu’on retourne dans cette famille car la fois où j’ai appelé « maman » ma famille d'accueil devant ma propre mère, ça s’est mal passé, elle a pas aimé je vous l'assure.
Dans ce foyer, on est resté 3 ans. J'y ai appris la gymnastique, la danse, un peu de musique. Mon frère est parti un an avant moi. C’est aussi ce qui a causé mon départ car j'étais très proche de lui à cette époque. L’ambiance au village était très sympa. Quand je suis partie, on a fait une énorme fiesta, tout le monde m'a fait un petit cadeau, j'ai eu droit à un poste radio, une jolie carte que j'ai toujours d'ailleurs et plein de petites attentions.
Je suis très mal tombée ensuite, j’ai atterri dans une famille de gendarmes qui m'en a fait baver et chez qui j'ai fait les 400 coups. C'était très strict, limite l'armée ! Un jour, j'ai frappé ma famille d'accueil, elle a porté plainte pour coups et blessures : placement en urgence dans une nouvelle famille et celle-là ça fait 8 ans et demi que je suis avec.
Avec elle, je suis bien et je suis celle que je suis à présent. Je suis heureuse, je viens de fêter mes 18 hivers, je reste 3 ans encore chez eux pour finir mes études car j'ai signé le 7 janvier 2015 mon contrat jeune majeur qui me permet d'avoir une aide pour pouvoir continuer mes études et rentrer dans la vie active.
Sachez une chose : Je ne vous raconte pas ça pour inspirer la pitié, ce n'est pas mon but. Je veux vous montrer que même différent on vit comme les autres. Alors ne soyons pas trop dur avec les gens qui ne nous ressemblent pas parce qu'ils ne sont pas aussi beaux ou aussi grands que nous, chacun de nous a sa place ici, même si notre monde est pourri.
Être différent n'est pas forcément facile tous les jours, il faut faire avec. N'essayons pas d'être quelqu’un d'autre pour le plaisir de plaire mais soyons nous-mêmes et assumons nos différences car c’est elles qui font tourner le monde.
Alison Méheut, Le Grain de Sell’, Lycée Henri Sellier, Livry-Gargan (93)