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FAUX VACATAIRES ET VRAIS PRÉCAIRES, LES ANIMATRICES ET ANIMATEURS SONT EN COLÈRE

L’année dernière, lors du premier confinement, l’équipe municipale de Saint-Denis avait décidé que les animateurs et animatrices engagés par la mairie seraient tous égaux, titulaires ou pas : ils et elles recevraient le salaire qui était prévu (et budgété). Cette année, après l’élection de Mathieu Hanotin, c’est une autre chanson. Le maire annonce que seuls les titulaires seront payés.
  1. Ils et elles gardent vos enfants le matin, lorsque vous devez partir travailler avant l’ouverture de l’école. Ils et elles les accueillent aussi en fin de matinée et début d’après-midi quand ils restent à la cantine, on appelle ça la pause méridienne. Et puis aussi le soir, après la fermeture de l’école entre 16h30 et 19h. Et puis aussi pendant les vacances scolaires, quand vous laissez vos enfants « au centre » pour la journée, ou la demi-journée, pour pouvoir travailler, classer les papiers, faire les courses ou souffler un peu…

    Ils et elles sont titulaires, ou contractuels, ou « vacataire »… ça dépend. Ça dépend de quoi ? Ça dépend, c’est tout.

    Ce qui est leur est dit et comment ils se nomment eux-mêmes, ce n’est pas forcément ce qui est marqué sur le contrat. Sur ce contrat, il y a un nombre d’heure qui figure, ou pas, selon les « agents ». Là aussi, ça dépend. 

    S’il n’y a pas de nombre d’heure, c’est qu’ils sont « vacataires ». Mais alors pourquoi leur envoie-t-on (parfois et à certains) des courriers pour absence injustifiée ?

    S’il y a un nombre d’heures, c’est qu’ils sont contractuels (qu’un contrat engage donc deux parties, c’est comme ça les contrats de travail). Alors pourquoi les informe-t-on du jour au lendemain qu’ils et elles ne seront plus payés pour cause de fermeture sanitaire alors que le contrat court encore ?

    Et ça se complique...

    Pour certains ou certaines d’entre eux et elles, une partie du « contrat » est régulier tout au long d’une année scolaire (sauf l’été) mais une partie seulement, par exemple, la pause méridienne. Pour le reste, on les appelle quand on a besoin d’eux, c’est marqué sur le « contrat ». Ils et elles et seraient alors à la fois contractuels et vacataires ? Et au fait, c’est possible de marquer sur un contrat qu’on appelle les agents juste quand on a besoin d’eux ?

    Ça va, vous suivez ? Concentrez-vous, c’est pas fini, on va vous expliquer que ce qui cloche, cloche encore plus qu’on ne le pense.…

    Il faut savoir qu’un ou une vacataire ne peut être recruté que pour une tâche ponctuelle et déterminée, et lorsque cette tâche ne justifie pas la création d’un emploi. Ils et elles n’ont pas droit à un salaire à l’heure, ils et elles sont rémunérés pour la tâche ponctuelle une fois que celle-ci est effectuée. Ils et elles n’ont pas droit aux congés payés, ni à la formation. 

    Il faut aussi savoir que, dans la fonction publique, on ne peut recourir à des agents contractuels (en CDD) que temporairement, la règle générale étant que les personnes qui travaillent dans la fonction publique soient titulaires de leur grade. Pourquoi alors, certains travaillent-ils dans le même établissement depuis plus de six ans, sans qu’on leur propose une titularisation, ou au moins un CDI ? Garder des enfants avant ou après la classe, ça ne justifie pas la création d’un emploi ? Garder les enfants avant ou après la classe n’est pas  un « besoin permanent » ?

    L’année dernière, lors du premier confinement, l’équipe municipale de Saint-Denis avait décidé que les animateurs et animatrices engagés par la mairie seraient tous égaux, titulaires ou pas : ils et elles recevraient le salaire qui était prévu (et budgété), et un accord avait été trouvé.

    Cette année, après l’élection de Mathieu Hanotin, c’est une autre chanson, ou plutôt, c’est le refrain qui a changé. Et ce, alors que le gouvernement lui-même préconise de payer les animateurs pendant le confinement des écoles. L’école ferme ? Ici, à Saint-Denis Monsieur Hanotin annonce que seuls les titulaires seront payés ; non titulaires et vacataires divers et variés, passez votre chemin et lâchez nous les baskets, on va avoir une dette Covid à payer, faut bien provisionner.

    Vous êtes un peu étourdis ? Vous auriez besoin de relire cet article deux ou trois fois avant de comprendre vraiment les situations des animatrices et des animateurs de la ville de Saint-Denis ? C’est normal… Eux aussi parfois, ne savent plus trop où ils en sont, parce que eux aussi, ils et elles payent un loyer, certains ont des enfants, des parents, des grands-parents. Eux aussi, ils et elles aident aux devoirs et donnent le bain, font les courses et la cuisine. Ils et elles font tout ça au milieu de trois ou quatre ou cinq lieux de travail différents, lieux qui ne sont pas forcément stables dans le temps. Alors ils et elles n’ont pas le temps de passer deux heures sur leur bulletin de salaire pour comprendre précisément à quelle sauce on les mange. Et ils et elles n’ont pas l’argent pour payer un avocat qui leur débroussaillerait leurs devoirs et leurs droits professionnels de vrais précaires.

    Et eux aussi, comme vous, ils et elles ont la tête dans le guidon et vous savez ce qu’on vient de leur faire là ? Un grand coup de pied dans la roue avant, sortie de route et dégringolade du haut de leur petite échelle de corde, pas bien haute pourtant. Mais il semblerait que leur chute ne se fera pas sur le rez-de-chaussé mais bien plutôt dans la cave.

    Alors, l’équipe municipale de Mathieu Hanotin va persister à les enfoncer dans cet imbroglio de vraie précarité de faux contrats mal fagotés et illégaux ?

    Et nous, on les laisse se débrouiller ceux et celles-là qui prennent soin de nos gamins ? 

     

    Les parents d'élèves ont lancé une pétition:

    http://chng.it/L57TQtwQNy

     Et enfin (pour cette semaine)

    rendez-vous devant la mairie de Saint-Denis vendredi 23 avril à midi pour les « vendredi de la colère ». Nous passerons par le vaccinodrôme de la Porte de Paris avant de rejoindre, place d’Italie la manifestation nationale contre la réforme de l’assurance chômage.

    Texte proposé par Françoise Wittmann pour Maison Commune. 

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