Quand Mesrine jouait sa tête en photo...

"Certains vont faire de moi un héros, alors qu'en fin de compte, y'a pas de héros dans la criminalité, y'a que des hommes qui sont

Pierrot photographié par Geneviève DelalotIl y en a un qui est tout content d’être là, c’est le Pierrot. « Moi, Mesrine, j’ai pas eu le temps de le connaître, je suis tombé avant ». Comprenez qu’il s’est « fait serrer » et qu’il est parti au « placard » pour une grosse dizaine d’années. « C’est pour ça que le grand Michel a pris le relais et qu’ils ont connu Gilles. » Gilles Millet est alors journaliste à Libération et nous sommes à la mi-temps des années 70.

 

Il y a encore peu de temps André Gluksmann criait sous les murs de la prison de Toul, sa solidarité avec les « taulards » , peu de temps que Michel Foucault, Jean-Paul Sartre, Claude Mauriac, Delphine Seyrig et quelques autres célébrités préféraient passer leur réveillon de Noël sous les fenêtres des prisonniers de la Santé… C’était encore l’époque où le voleur s’appelait toujours Robin et le CRS SS. L’époque où nous manions la fronde

des mots comme le Thierry de la série télévisée.

 

« On s’est tiré d’Orléans en stop » raconte Pierrot « et comme c’était l’été, tous les potes étaient en vacances.. On était dans la merde. Heureusement, par son père, j’avais connu Zina (ndlr : administratrice du quotidien Libération), alors on a déboulé direct dans la salle de rédaction. Gilles, il regardait la télé qui racontait que nous étions cernés dans un bois. Je lui ai tapé sur l’épaule et je lui ai dit : on est là ! »Ça se passait comme ça à « Libé » dans ces années là !

 

Gilles Millet photographié par Geneviève Delalot

Gilles Millet, journaliste ex-Libération.

 

Aujourd’hui,je me demande dans quel quotidien, un condamné de droit commun en cavale pourrait trouver refuge ?

 

 

Alain Bizos photographié par Geneviève Delalot

 

 

 

Alain Bizos, photographe de l'agence VU'

 

La question me reste en tête, tout en sirotant ma flute de champagne, et en observant les têtes chenues qui m’entourent. Il y a du monde « de ce temps là », mais il y a aussi beaucoup de journalistes, des jeunes, comme iTélé qui « fait deux directs, 19h40 et 20h40 » me précise le confrère en cravate.

 

 

Ils sont malins à VU’: une exposition de 18 photographies 50x60, un grand livre format book, bien « looké » et pas trop cher… Ou comment faire parler de soi et engranger un peu « d’oseille » à l’occasion de la sortie d’un film avec un reportage minimaliste tombé du ciel il y a 30 ans. Fort.

 

 

 

Mesrine, le livre. Photographies d'Alain Bizos, texte de Gilles Millet.

 

Ah les photos… C’est vrai, il faut que j’en parle. Elle sont bien. La série de cinq, style les petits singes : je ne veux pas voir, entendre, parler etc.…Amusant dans le contexte. La meilleure, c’est celle dont Jacques Mesrine a eu l’idée : sa tête au fond d’un carton. On guillotinait encore à l’époque, et de toute façon c’était prémonitoire. L’ordre social voulait sa tête, il s’est d’abord payé la leur, mais finalement, c’est lui qui a perdu.

 

Moralité : il vaut mieux être photographe que gangster.

 

 

Michel Puech

Photographies Geneviève Delalot/Photos.Neteyes.fr

 

ARTICLE ORIGINAL ET COMMENTAIRES ICI

 

 

L’exposition est à voirjusqu'au 31 octobre 2008

Galerie VU’

2 rue Jules Cousin

75004 - Paris

 

Le livre des photos

Mesrine

Editeur : Epa (2008) - 64 pages - 288 x 299 mm

Sortie en France : 08 octobre 2008

Prix public : 25 euros

Direction artistique : Gaëlle Junius

Texte de Gilles Millet qui n’a pas commencé sa carrière à l’Evènement du Jeudi, comme il écrit un peu partout, mais au quotidien Libération ou il s’est implanté dès sa création et ou il a fait carrière comme chroniqueur des faits de société, des agissements de lapolice de la justice, et du banditisme ; avant de s’installer en Corse.

Photographies d’Alain Bizos. Collaborateur également de la première heure à Libérationil s’illustre dans l’épisode Bazooka. Il suit Christian Caujolle à l’agence VU’. Depuis vingt ans, il poursuit son travail d’auteur photographe, aussi bien pour des magazines internationaux que pour des collections privées ou institutionnelles.

 

Prolonger

 

- Extrait du très bon film de Patrick Benquet LIBERATION" JE T'AIME, MOI NON PLUS..., ou l’on peut voir des témoignages sur le sujet.On attend avec impatience le DVD avec ses bonus.

 

- La vie sur place de Pierrot - Editions Anne Carrière (2004)

 

- Les films

Mesrine : L'Instinct de mort le 22 octobre

Mesrine : L'Ennemi public n°1 le 19 novembre

 

 

- La BD

Mesrine - Editions Casterman

Roger Knobelspiess (scénariste)

Lounis Chabane (dessinateur)

Date de sortie : 8 octobre 2008 - 10 Euros

 

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