Munem Wasif: «Les gens et le cadre»

Le deuxième portfolio de MediaVU' présente le travail de Munem Wasif, 25 ans, prix du «jeune reporter» du dernier festival Visa pour l'image de Perpignan. Du noir et blanc où l'attention sur les détails et le travail sur les contrastes impriment une force sans pareille à l'image. «Les gens et le cadre», résume Christian Caujolle, fondateur de l'agence VU, dans un texte que nous reproduisons ici.

Le deuxième portfolio de MediaVU' présente le travail de Munem Wasif, 25 ans, prix du «jeune reporter» du dernier festival Visa pour l'image de Perpignan. Du noir et blanc où l'attention sur les détails et le travail sur les contrastes impriment une force sans pareille à l'image. «Les gens et le cadre», résume Christian Caujolle, fondateur de l'agence VU, dans un texte que nous reproduisons ici.

«Des regards, des mains, des espaces, des corps, de la présence et de la douleur, de la tendresse et des inquiétudes, de la lumière et des rencontres, des interrogations et de la détermination traversent, ainsi que mille autres choses, les images de Munem Wasif.
On pourrait résumer sa pratique photographique à deux choses: les gens et le cadre. Il s'inscrit en effet dans une tradition humaniste, mais parfaitement contemporaine, de l'attention aux individus et à ce qu'ils vivent, subissent, supportent parce que le monde contemporain est sans pitié, agité de bouleversements climatiques et de calculs économiques. Un monde qui, au nom de la vitesse reine et du profit roi laisse toujours, sur le bord de sa route arrogante, les exclus qu'il fabrique. Il est salutaire que le regard d'un Wasif nous rappelle qu'ils existent, qu'ils sont des hommes, des femmes, des enfants, de «petites gens» comme nous qui subissent plus que nous.


En photographie, l'approche, ou la représentation, de la souffrance et de l'exclusion sont souvent engluées dans un fatras de bons sentiments, généreux par ailleurs, qui produisent de larmoyants appels à la compassion et des clichés qui finissent par nous lasser et qui, parce qu'ils se répètent, finissent par anesthésier notre capacité à réagir. Wasif est le contraire de cela: il nous interroge et nous mobilise.

 

Cela tient à peu de choses, et c'est en même temps essentiel. On ne saurait mettre en doute son engagement par rapport à ceux qu'il photographie, exclus, victimes, emportés dans la panique d'un monde régi par la course au profit et aveuglé par rapport à des objectifs immédiats et seulement marchands. Lui la met en forme, d'une manière radicale, l'impose, nous la donne à voir.


C'est là qu'intervient le cadre. Une façon de découper le monde, de le résumer en une série de vues strictes, classiques dans leur composition et qui vont nous obliger à voir et percevoir le propos.
Munem Wasif cadre sec, précis, dur presque. Sans fioritures. Il nous demande de regarder, de voir, de prendre position. Dont acte.»
Christian Caujolle

Préface au livre Bangladesh, Standing on the Edge de Munem Wasif (ed. C.D.P., 56 pp, 40 €, disponible ici)

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