Qu'est ce que l'Occident ?

Au XIXème siècle, l'occident se faisait passer pour la lumière qui vient "civiliser les peuples inférieurs des colonies". 150 ans plus tard, le concept reste inchangé et les occidentaux se placent toujours en donneurs de leçon...

   Alors que le monde semble se cristalliser de plus en plus autour des questions identitaires, il convient de s’intéresser à la notion « d’Occident ». Olivier Zajec1 rappelle qu'elle s'est formée aux XVIIIème siècle avec l'expansion européenne. Il signale à juste titre que cette notion porte en elle un sentiment de supériorité et qu'elle imagine un monde européo-centré. Ce concept est évidement accentué par la Guerre froide qui y ajoute une dimension idéologique forte. L’occident est alors, comme le dit l'auteur, « une communauté d'intérêt stratégique sous protection américaine ». C'est ce qu'on appelle le « monde libre ». Après l'effondrement de l'URSS, émerge alors l'idée de Nord et Sud mais là encore, le limite entre les deux est en fait une limite aux dimensions racistes, les « blancs » au Nord, les autres au Sud. Comment expliquer que la Chine, deuxième PIB au monde soit toujours classée dans les Suds alors même que des pays comme la Bulgarie sont classés au Nord ? La vision idéologique demeure. On peut alors coupler à ce concept, une alliance militaire qui est une survivance de la Guerre Froide, l'OTAN. A de rares exceptions prêts, elle reprend le fameux découpage Nord/Sud. Face à la domination désormais évidente des États-Unis qui éclipsent en partie l'Europe – « l’apothéose de l'hyperpuissance américaine » de Thomas Gomart2 – on peut alors parler de l'occident comme un « continuum euro-atlantique ». L'occident se voit donc comme l'alliance des pays développés ayant adopté le libéralisme économique et la démocratie représentative. Elle se cherche donc continuellement des ennemis, de l'URSS à la Chine en passant par les terroristes islamistes. On n'est pas loin du fameux Choc des civilisations de Huttington qui découpe le monde en régions peuplées de civilisations antagonistes qui sont forcément condamnées à se faire la guerre. Pourtant, nombreux sont ceux, à l'image de Todorov3 qui ont prouvé la stupidité d'une telle vision du monde.

Malheureusement, la haine de l'autre a le vent en poupe ces temps-ci...

1 ZAJEC Olivier ; Introduction à l'analyse géopolitique ; Éditions du rocher ; Monaco ; 2018.

GOMART Thomas ; L'affolement du monde ; Tallandier ; Paris ; 2020.

3 TODOROV Tzevtan ; La Peur des barbares : au-delà du choc des civilisations ; Paris ; Robert Laffont ; 2008.

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