Les droits de l'homme existent-ils ?

Souvent cités par les responsables politiques, par des journalistes ou des « experts », les droits de l'homme semblent au cœur de nos sociétés occidentales et avoir une portée universelle. C'est pourtant un concept qui s'exporte difficilement.

Si on veut traiter de la question des droits de l'homme, il faut commencer par s’intéresser à l'émergence du concept. On peut prendre en exemple le Royaume-Uni, les États-Unis et la France qui développent l'idée au cours du XVIIIème siècle. Rappelons qu'au Royaume-Uni cela se fait de façon pragmatique, qu'aux États-Unis c'est lié au concept de propriété et que les amérindiens et les noirs en sont exclus et enfin, qu'en France, il y a une aspiration à l'universalisme. Mais là encore, les exclus sont légions, faut-il rappeler que si la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen date de 1789, Napoléon Bonaparte rétablit l'esclavage en 1802 ?

On peut ensuite s’intéresser à l'ONU qui est liée d'emblée à la question des droits de l'homme et à l'aspiration à l'universalisme. Beaucoup la considèrent encore comme le summum de l'égalité et des droits humains. Que dire alors de l'absence de sanctions contre des États violant quotidiennement les droits de l'homme, comme Israël par exemple ? Là encore, on voit l'impuissance de cette organisation qui bute sur le droit de veto des grandes puissances. Les Palestiniens, comme les Ouïghours et bien d'autres, attendront. L'ONU a les mains liées et dépend exclusivement des grandes puissances, elle est donc l'antithèse de l'égalité et tant que le Conseil de Sécurité existera sous sa forme actuelle, on ne pourra compter sur elle pour faire appliquer les droits de l'homme. On en vient ensuite à l'Europe occidentale, berceau du concept. On peut justement rappeler l'existence de la Cour Européenne des Droits de l'Homme. Certains prennent en exemple les fréquentes condamnations de la Russie mais oublient de dire que la France est elle aussi régulièrement condamnée par la CEDH, trente sept fois en 2018 et quatre fois pour le seul mois de juin 2020 !

Il est aussi regrettable de constater le regard très européo-centré pour ne pas dire franco-centré de la plupart des intervenants sur la question. Bien souvent, ils n'entendent le concept des droits de l'homme que dans sa conception occidentale et n'admettent pas d'autres visions. Ils oublient de citer les innombrables contradictions et violations des droits humains dans les pays occidentaux, en particulier en France. Certains vont même légitimer les interventions occidentales dans des pays tiers sous couvert de droit de l'homme, on connaît pourtant le résultat, en Libye notamment. Les droits de l'homme deviennent alors une chose sacrée, au même titre que la démocratie, et qui doit être acceptée par tous les peuples de la Terre, quitte à leur imposer. C'est en fait un outil de plus dans la besace de l'occident pour imposer sa domination, y compris donc philosophique et législative, sur le reste du monde, en rejetant toute forme d'altérité.

 

Droits de l'homme ou droits humains ?

On peut s'interroger sur la différence entre deux appellations pour ce qui semble être le même concept ; l'expression « droits de l'homme » et l'expression « droits humains ». On constate que la seconde remplace progressivement la première au cours du XXème siècle. Il y a deux raisons à cela.

La première est le fait que la langue anglaise s'impose après la Première Guerre mondiale et devient véritablement la langue planétaire au fil des décennies. Elle supplante alors le français qui était jusque là la langue des relations internationales et des réseaux diplomatiques. Si nombre de lettrés de tous pays continuent d'apprendre le français et de le parler, il est vrai qu'il n'a plus le poids qu'il avait autrefois. Même si la langue de Molière est toujours une des langues officielles de l'ONU et du CIO mais aussi de 28 pays dans le monde, elle est clairement en perte de vitesse et n'est plus que la cinquième langue la plus parlée sur notre planète.

La seconde est le fait que le terme « humain » englobe davantage d'individus. En effet, durant environ 200 ans, les droits de l'homme ne concernent en réalité que les personnes blanches, de sexe masculin et de classe aisée. Si ce constat est tout à fait juste, il est aussi naïf car il revient à dire qu'aujourd'hui tous les êtres humains sont concernés, sur un pied d'égalité. C'est évidemment faux. On voit clairement que la même catégorie de personnes continue de jouir d'une position privilégiée. C'est le cas à l'échelle planétaire où la vie des occidentaux semble largement supérieur à celle d'autres individus, africains notamment. C'est aussi le cas à l'échelle étatique, y compris dans les pays développés, à l'exemple de la France ou des États-Unis, pays dans lesquelles les personnes dites « de couleur » ou « racisées » sont bien moins considérées que le reste de la population. Elles sont souvent stigmatisées et victimes de discriminations ou même de violences.

De plus, on pourrait développer le fait que ce changement d’appellation n'est pas simplement imputable au recul de la langue français mais au recul de la France. Si elle était bien une grande puissance au 19ème siècle et même jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, ce n'est plus le cas. Elle, ne possède plus que le 6ème PIB au monde en 2018 contre le 5ème en 2006. Elle n'est placée qu'au 21ème rang pour le PIB/habitant ainsi que pour l'IDH. Elle n'occupe que la 26ème place du classement PISA de 2016 contre la 13ème en 2000. Ce recul ne semble pas près de s'arrêter avec l'affirmation de puissances comme l’Inde, le Brésil, les Émirats Arabes Unis ou encore l'Arabie Saoudite. C'est bien cette dégringolade sur la scène internationale qui explique le recul de l'influence française. Ce n'est pas un hasard si de nombreuses anciennes colonies, restées longtemps attachées à la France après l'indépendance, se tournent aujourd'hui vers la Chine ou d'autres partenaires privilégiés. De plus, la France n'a de cesse de parler de droits de l'homme mais se trouve empêtrée dans ses propres contradictions (violences policières, restrictions des libertés...). Son discours devient donc inaudible si ce n'est même risible.

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