"Imaginaires, savoirs et connaissances" : 40 ans après la lune, un colloque de circonstance

Organisé par Georges Bertin (photo), anthropologue chercheur directeur de la revue et du site web Esprit Critique issu de l'Université et du CNAM, le colloque international intialement prévu en mars 2009 est reporté à l'automne prochain à Angers, pour raisons de financement par les partenaires du CNAM : il proposera durant trois jours un état des lieux réfléchi et argumenté selon leurs différents contextes des notions de "savoirs et connaissances" et de leurs interactions avec les imaginaires que recelent les champs des pratiques professionnelles.

 

 

Auteur d'une déjà longue série d'ouvrages qui ont permis de comprendre les liens entre l'histoire réelle des contrées de l'ouest français et les légendes arthuriennes, celui qui fut le directeur d'une des toutes premières "MJC" de l'hexagone dans les années soixante à Alençon perpétue à présent un travail de fond sur les liens entre les imaginaires transculturels et les pratiques sociales et professionnelles qui en découlent au quotidien, y compris dans l'articulation des liens entre la politique, les politiques, les différents arts et métiers - dont les médias font bien évidemment partie intégrante - et les interprétations qui en découlent.

 

Le moindre mérite de ce chercheur à l'origine d'un deuxième grand colloque international en moins de trois ans - le dernier était consacré à l'altérité, aux "Figures de l'autre" - n'est pas, de loin, d'avoir su en son temps ressourcer les liens entre les figures préchrétiennes des campagnes du Perche et de ce qui allait devenir par la suite le pays "gallo" ou la Bretagne, après l'ère Plantagenêt et le ferment d'Aliénor d'Aquitaine, laquelle avait utilisé la puissance de travail des moines copistes des abbayes normandes pour leur faire écrire et développer les dites légendes arthuriennes, une forme de vulgarisation des thémes à la fois sacrés et païens les plus anciens alors rafraîchis par ces nouvelles trames historiques légendaires.

Devenu patron d'une antenne régionale du CNAM de l'Ouest alors que les membres de l'Opus Dei avaient réussi à "avoir sa peau" à l'époque où il exerçait outre la direction d'un institut de psychologie appliquée, le rôle de vice-recteur d'une des deux plus grandes universités catholiques de l'hexagone, Georges Bertin s'est ensuite rapproché de chercheurs et d'auteurs dont il déclare volontiers qu'il leur doit beaucoup : "Mes maîtres ont nom dans l'ordre chronologique, René Bansard, Jean-Charles Payen, Jacques Ardoino, Gilbert Durand et Michel Maffesoli et surtout les gens des bocages de l'Ouest auxquels me rattachent mes racines familiales et sans lesquels je ne saurais rien".

 

 

Il serait intéressant à ce titre que des journalistes, des "médiateurs" ou de grands lecteurs comme le sont certains "médiamis" prennent le temps de proposer une intervention dans ce cadre, le lieu d'une refonte possible des imaginaires de la presse et d'une meilleure compréhension de ce que représentent les savoirs liés à "l'actualité du monde", posée comme réalité mouvante, incertaine, subjectivement énoncée, thème d'un premier débat contradictoire autour de l'actu "alitée" et de la mort programmée de l'investigation lors de ce précédent colloque.

Hasard ou non, ce colloque encore ouvert aux contributions de ceux que ce thème pourrait motiver aura lieu quelques semaines avant le quarantième anniversaire des premiers pas de l'homme sur la lune, dont on ne peut pas ignorer l'impact sur les imaginaires de tout un chacun comme sur les grandes orientations des chercheurs du monde entier.

Nous devons nous attendre à ce que l'approche de cet anniversaire entraîne à nouveau les imaginaires de l'actualité dans une déferlante de considérations plus ou moins abouties qu'une saine période de réflexion sur les liens existants entre ceux-ci, les savoirs réels et les progessions de la connaissance ne pourrait que mettre en relief, ou tenir à distance d'une façon opportune, selon.

 

 

Quelques voyages spatiaux et programmes internationaux plus tard, on ne peut que constater que pour une minorité ayant acté ce fait d'actualité lunaire du 19 juilllet 1969 comme le premier d'une longue série devant transformer la science fiction naissante en un ensemble de récits préliminaires à ce "petit pas pour l'homme, pas de géant pour l'humanité", la majorité continue à vivre au quotidien et entre deux guerres ou deux fléaux exactement comme s'il ne s'était rien passé - ou peu de choses - voici bientôt quarante ans, quand bien même tous les indicateurs scientifiques courants de l'époque pré-cybernétique montraient que l'action conjuguée de la NASA, de la compétition russo-américaine et de la société de consommation mettaient en place les conditions d'une nouvelle révolution à l'échelle planétaire, bien plus complexe que celle de mai 1968 mais aussi bien plus prometteuse en modifications en profondeur des cultures et des organisations sociétales.

Voici brossés en quelques termes très subjectifs, forcément subjectifs quelques éléments de présentation des raisons pour lesquelles une poignées d'universitaires et de chercheurs du CNAM - dont le titulaire de la chaire parisienne de sociologie des organisations, l'impétueux Yvon Pesqueux, chargé du comité de direction scientifique du colloque avec Michel Maffesoli - ont décidé de remettre ces questions sur le tapis de la connaissance en marche!

Ceux que le thème intéresserait pour y contribuer ou suivre l'événement en simples auditeurs peuvent également lire quelques extraits de la proposition officielle, à travers ce qui suit.

 

Organisation du colloque international « Imaginaires, Savoirs, Connaissance » prévu au CNAM Angers les 19-21 mars 2009 :

Ce colloque international sera organisé en lien avec les réseaux scientifiques du CNAM, de l’Education Nationale, du réseau international des Centres de Recherche sur l’Imaginaire (GRECO CRI), avec la participation du Château d’Angers, de l’AFIRSE, de l’ADMES, de la chaire de l’UNESCO de Sciences de l’Education pour l’Afrique centrale et de la revue Esprit Critique pour son 10ème anniversaire et en collaboration avec le GIP AGEVIF Formation de Poitou Charentes. Il aura pour objet d'assurer une confrontation théorie/pratique, en référence aux productions de l’imaginaire social, aux représentations existantes sur les savoirs en leurs diverses déclinaisons (techniques, professionnels, artistiques, pédagogiques, thérapeutiques, dans les Arts et Métiers, le Management…) et à la problématique de la Connaissance.

Problématique.
Engagé dés le Moyen Age occidental, le débat sur la relation Res/Voces (choses/discours scientifiques), est décliné jusqu’à Michel Foucault et aux Centres de recherche sur l’Imaginaire. Il résonne aujourd’hui dans les pratiques des métiers de la relation souvent référés aux démarches d’ingénierie empruntées aux métiers techniques. Se posent alors les questions de la possibilité d’articuler les savoirs à la connaissance et de l’émergence de la parole face aux discours ordonnés. Ainsi la réhabilitation des savoirs professionnels d’expérience est plus que jamais à l’ordre du jour, car fondée sur une connaissance inductive, voire transductive, des métiers et des arts. Nous sommes là à l’opposé de pédagogies isolant les processus d’acquisitions des savoirs constitués et reproduisant une division du travail instituée.

Georges Bertin ajoute que "Les totalités closes tentent de former nos quotidiens, induisant des imaginaires concentrationnaires et une fermeture des savoirs. Ainsi en est-il des technostructures prétendant soumettre les processus humains à des modèles préformés, de la transparence absolue exigée, de la caution des experts requise et érigée en principe au détriment du vivant. Nous vivons aujourd’hui un monde de plus en plus désenchanté par une actualité prégnante qui ne cesse d’informer nos conduites sociales, éducatives, culturelles, professionnelles. Dans ce monde, consumériste et déshumanisé, penser à partir de positions critiques et du monde tel qu’il est et non seulement tel que nous voudrions qu’il soit, est devenu une nécessités vitale. Nous avons à penser et mettre en débat ce questionnement pour éclairer nos pratiques. Nos organisations sociales, notamment celles qui font profession de formation, doivent s’en emparer pour les élaborer collectivement et en tirer parti face à la marée d’insignifiance généralisée qui s’abat sur nous et nos enfants. Ceci peut être fait à partir de l’émergence de minuscules pratiques populaires (établissements scolaires ou de formation y compris, par exemple, les Compagnons du Devoir, certains lycées professionnels, les CAFOC, le CNAM, les établissements d’enseignement artistique, le CNDC, des associations, des groupes sociaux en recherche active) qui lui répondent par des actions quasi-microscopiques, par des réappropriations des savoirs et une reconsidération de la connaissance. Ces pratiques y acquièrent une grande valeur mise en avant par de multiples stratégies qui font que d'un même objet chacun fait son produit à lui, singulier, pouvant participer à l’institution d’un imaginaire social moins sclérosant. Ces pratiques expriment encore une réserve d'énergie insondable et mystérieuse que l'on ne peut sous-estimer ; elles gagnent à être interrogées, valorisées, évaluées au sens du sens qu’elles produisent en référence à des valeurs partagées.
Ce sera l’ambition de ce colloque que d’amener à émergence une telle production en confrontant théoriciens et praticiens, en dégageant les éléments d’une praxis qui semble aujourd’hui délaissée. De ce fait l’approche sera multiréférentielle, interrogeant diverses disciplines et les situations de terrain
."

Organisation : CNAM des Pays de la Loire (direction de la recherche) avec le concours de l’Education Nationale, (Universités, CRDP, CAFOC), de l’UNESCO, de laboratoires et institutions universitaires, des collectivités locales et de l’Etat, des associations locales et réseaux artistiques et savants…

Animation scientifique : Magali Humeau, Georges Bertin, Alain Lefebvre.

Comité directeur : Yvon Pesqueux (CNAM), Michel Maffesoli (Université René Descartes Paris 5), Patrick Tacussel, (Université Paul Valery Montpellier 3), Louis Marmoz (UNESCO et AFIRSE), Frédérique Lerbet Sereni (Université de Pau), Vincent Baholet (directeur régional CNAM PDL).

Modalités : les propositions de communications (25 lignes) seront reçues au CNAM des Pays de Loire et sont à adresser à : g.bertin@cnam-paysdelaloire.fr tél : 06 08 37 11 03. Ce, avant le 25 Novembre 2008.

Dates : du jeudi 19 mars 9h au samedi 21 mars 09 à midi.

 

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