Faut-il une liste des "impubliables" sur Médiapart?

Je ne suis pas sûr qu'il faille accréditer l'idée que le club de Médiapart fonctionne en donnant un ticket d'entrée seulement aux personnes qui n'ont jamais rien commis de grave en matière de publication...

Instaurant ainsi une sorte de peine "d'impubliabilité"... que trop souvent tel ou tel veut appliquer ici.

Pourquoi pas une liste "d'impubliables"?

Il me semble que ce serait un très mauvais principe.

En effet, cela revient à interdire quelqu'un d'expression...

Alors qu'il me semble que nul ne peut être privé a priori d'expression.

On se souvient, par exemple, qu'à une époque des mesures de libération ont pu être accordées à des activistes  condamnés pour crimes de sang, sous réserve de ne plus s'exprimer publiquement (cf. l'affaire Charles Bauer), ce qui constituait un atteinte à un droit inaliénable. Certains ont de ce fait renoncé à leur libération à ces conditions abusives...

Réciproquement, chacun est responsable de ce qu'il publie...

Ce que Siné sait très bien... Avec sa longue carrière de journaliste...

Les propos de Siné sur les Harkis étaient aussi bêtes et injustes que méchants et profondément immoraux, et de plus montraient une grande ignorance des réalités algériennes...C'était une saloperie, et l'une des pires variétés de publication: une injure collective adressée à une communauté humaine.

Le genre de choses que plusieurs élus et un ex-ministre de l'intérieur, promu depuis au rôle de vizir-iznogoud ("je veux être calife à la place du calife!") ont largement pratiqué ces derniers mois contre une supposée "population Rom".

Mais il a aussi écrit d'autres choses dans sa vie... Publié beaucoup de conneries mais aussi souvent pris des positions courageuses.

Son éviction de Charlie-Hebdo a correspondu au tournant réactionnaire, bourgeois et idéologiquement mainsteam libéral de la clique de Philippe Val (qui a été payé de son ralliement à l'idéologie dominante par un sceptre sur France-Inter, dont il a initié le tournant néo-libéral et propagandiste)

Plutôt que de le déclarer personna non grata, il me semble qu'il faut ne pas hésiter à lui rentrer dans le lard quand c'est nécessaire...

Il y a dans la démarche de Ben une sorte d'utopie de la pureté du club... Attachée au refus de certaines plumes...

Qui a quelque chose d'inquiétant.

En fait plutôt que cette tempête purificatrice, j'aimerais un beau papier sur les harkis...

A Lille nous avons eu longtemps une "cité des harkis", à la lisière du Vieux-Lille. C'était un sujet de préoccupation pour les "militants révolutionaires", pris entre les propos maximalistes et haineux  de nos amis algériens "révolutionaires" et le sentiment que nous avions que les harkis étaient poursuivis par une malédiction raciste qui portait à son paroxysme le racisme anti-arabe...

Ils étaient les arabes que l'on pouvait ostraciser sans risquer d'être traité de raciste... La politique française à leur égard a toujours été abjecte...

J'ai souvenir de quelques scènes en préfecture...

Les flics de quartier de l'époque (préfiguration des BAC) étaient particulièrement déshinibés dans la chasse aux jeunes harkis... Parce qu'ils savaient que les autres algériens ne les défendraient pas...

En fait les autorités françaises ont toujours regretté que leurs supplétifs n'aient pas tous disparus dans les massacres du FLN, ce qui aurait fait disparaître un témoignage vivant des saloperies colonialistes. N'oublions pas le rôle effectif, pragmatique des ministres et dirigeants socialistes dans toute cette politique criminelle en Algérie. Les héritiers de Jules Ferry, Jules Moch et François Miterrand (ministre "de l'intérieur "de 54 à 56...)  ont des choses plus concrètes et plus réelles à se reprocher que les délires sous l'emprise du gros rouge de Siné...

Tous les héritiers spirituels de cette mouvance colonialiste doivent-ils être bannis d'écriture sur Médiapart? En tout cas ils ont fait plus de tort aux harkis que Siné...

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