Les bandits

"Comment alors expliquer que presque tout le monde approuve l'expédition de l'Etasunien et de ses affidés européens contre leur ex-associé le caïd du désert ?

-La peur des masses, dit sombrement le philosophe des rues. Dans nos pays nantis, où l'oligarchie dominante a les moyens d'acheter d'innombrables clients directs ou indirects, on désire vivement que les puissants états parrains, sous les noms coquets de "communauté internationale ou d' "Organisation des Nations Unies", réglent les affaires. Voyez-vous, "nous" -je parle de notre "nous" public, électoral, médiatique- sommes trop corrompus. Notre principe demeure "mon train de vie d'abord". Nous ne nous résignons pas sérieusement à voir ce principe battu en bréche par les pouilleux du monde enfin rassemblés pour dire le Vrai.

-C'est comme ça, cher ami, que vous expliquez que chez nous tant de gens, soudain, trouvent des mérites à nos dirigeants, hier encore partout conspués ?

-Exactement. On a même ressorti, pour la circonstance, le Bavard de Haute Lignée. Il a déjà servi pour le dépeçage de la Yougoslavie à coups de bombardiers, autrefois. Il est un peu usé, mais il sert encore. A l'occasion.

-Qui toujours fait le larron. "

 

Alain Badiou. "Un monde de bandits, dialogue philosophique", paru dans Libération du lundi 28 mars.

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