Glossaire, par Linda Amiri

Les partis indépendantistes algériens FLN et MNA sont au cœur du film Fidaï. Pour mieux comprendre leur origine et leur organisation, l’historienne et co-auteur Linda Amiri a réalisé un glossaire.

Linda Amiri, à qui l’on doit notamment le livre La bataille de France, la guerre d’Algérie en métropole (Éditions Robert Laffont, Paris, 2004), préfacé par Benjamin Stora.

 

El Hadi, membre d'un Groupe Armé du FLN, en route pour sa première mission © Damien Ounouri / Kafard Films 2012 El Hadi, membre d'un Groupe Armé du FLN, en route pour sa première mission © Damien Ounouri / Kafard Films 2012

 

- PPA : Parti du Peuple Algérien. Fondé le 11 mars 1937 à Nanterre par Messali Hadj, il succède à l’Etoile nord-africaine (1926) et prône l’indépendance de l’Algérie. En 1937, le siège social du parti est transféré de Paris vers Alger. Interdit en 1939, le parti renaît après la Seconde Guerre mondiale. En 1946, le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) devient la vitrine légale du PPA, lequel s’engage vers la lutte armée avec la création en 1947 d’une Organisation spéciale (OS) militaire clandestine chargée de la préparation d’une insurrection armée. La découverte de l’OS en 1950-1951 entraîne une vague d’arrestations et de répression en Algérie. Afin de préserver le parti, la direction du PPA-MTLD renie la paternité de l’OS pour se concentrer exclusivement sur la lutte politique, jusqu’à la scission à l’été 1954. La Fédération de France du PPA-MTLD est la matrice des  Fédérations de France du Front de libération nationale (FLN) et du Mouvement national algérien (MNA).

- FLN : Front de Libération Nationale. Le FLN trouve ses origines dans la crise du PPA-MTLD qui oppose les centralistes aux partisans de Messali Hadj. Après la scission de l’été 1954, des activistes, partisans de la lutte armée, décident de préparer l’insurrection :  Krim Belkacem, Mostefa Ben Boulaïd, Larbi Ben M'Hidi, Mohamed Boudiaf, Rabah Bitat et Didouche Mourad constitue le « Comité des Six » qui décida en octobre 1954, de la création d’un Front de libération nationale et de sa branche armée, l’ALN ou Armée de libération nationale.

- MNA : Mouvement National Algérien. Après le déclenchement de l’insurrection du 1er novembre 1954, le FLN parvient progressivement à rallier à sa cause l’ensemble des courants politiques algériens, exception faite des Messalistes. Ceux-ci se regroupent au sein du Mouvement national algérien (MNA), créé en décembre 1954 par Messali Hadj. Leader historique du nationalisme algérien, Messali Hadj ne parvient pas à endiguer la puissance du FLN, y compris en France. La lutte entre les deux organisations (FLN-MNA) fera près de 4000 morts dans l’hexagone. Après 1957, la Fédération de France du FLN parvient à gagner la « bataille pour l’implantation ». Le MNA est dès lors réduit à une peau de chagrin, mais il parvient à se maintenir dans quelques villes ou quartiers, particulièrement dans le Nord Pas-de-Calais. A la veille de l’indépendance, Messali Hadj prend acte de sa défaite tout en saluant l’avènement de la République algérienne.

- ALN : Armée de Libération Nationale. Créé en même temps que le FLN, l’ALN est la branche armée du Front de libération nationale. En métropole, elle est représentée par l’Organisation spéciale (OS) de la Fédération de France du FLN.

- Moudjahid : Combattant du Jihâd (traduction littéraire). Terme utilisé par le FLN et le MNA pour désigner les membres de leurs organisations respectives. Pour le FLN, ce terme désigne principalement les combattants armés.

- GPRA : Gouvernement Provisoire de la République Algérienne. Proclamé le 19 septembre 1958 au Caire, il a pour premier président Ferhat Abbas. Le GPRA parachève les institutions du FLN tout en lui permettant de s’affirmer comme unique interlocuteur face à la France. Au cours des années, il est reconnu par plusieurs états arabes et africains ainsi que par la Chine, le Vietnam et la Yougoslavie. Le GPRA est représenté partout dans le monde par des Délégations extérieures ce qui lui permet de renforcer son action diplomatique et d’avoir des soutiens à l’ONU.

- Fédération de France du FLN : Elle structure l’immigration algérienne en France mais également en Belgique, République fédérale d’Allemagne, Suisse et Sarre. Les premiers émissaires du FLN sont envoyés en janvier 1955, mais ce n’est qu’après 1957 que la Fédération de France du FLN parvient à se stabiliser et à se constituer en « 7e wilaya ».  Dirigée dans un premier temps de manière collégiale par un Comité Fédéral plusieurs fois remanié au gré des arrestations, la Fédération de France du FLN est dirigée à partir de 1958 par Omar Boudaoud, entouré de quatre cadres fédéraux (Ali Haroun, Rabah Bouaziz, Kaddour Ladlani et Abdelkrim Souci). Sa mission est de lutter contre le MNA, encadrer et contrôler l’immigration algérienne, lever l’impôt révolutionnaire auprès des immigrés mais également de mener un travail de propagande auprès de l’opinion publique française. L’organisation de la Fédération de France du FLN s’article autour de son Organisation politico-administrative appelée également nidham. Celle-ci est structurée de manière pyramidale (cellule, fraction, groupe, kasma, secteur, district, région, zone, amala, wilaya). Les  groupes de chocs ainsi que les Comités de justice et d’hygiène sont rattachés au nidham. La Fédération de France du FLN compte également une section universitaire, un syndicat (AGTA), une organisation des détentions (prisons et camps) représenté par les Comités de soutien aux détenus, une Commission centrale de presse et d’information (CPI), une école clandestine de cadres (hors de métropole),  ainsi qu’une organisation militaire (Organisation spéciale et cellule de renseignements). Les réseaux de soutien ainsi que le collectif d’avocats  travaillent en lien avec le comité fédéral de la Fédération de France du FLN.

- Cotisation du FLN : Le FLN se pense comme une organisation révolutionnaire. À ses yeux, les Algériens sont les citoyens d’un Etat en devenir dont il est le représentant, ils sont de fait soumis à un impôt  mensuel obligatoire dont le montant diffère selon leur classe sociale.

- OS : Organisation Spéciale. Branche armée de la Fédération de France du FLN dirigée par Rabah Bouaziz, ancien de l’ALN. Elle est chargée d’organiser les attentats politiques et de porter la guerre en France. Elle est, entre autres, responsable des attentats du 25 août 1958, de l’assassinat d’Ali Chekkal et de la tentative d’assassinat contre Messali Hadj. Elle comprend également un service de contre-espionnage. Les hommes qui composent l’OS ont tous reçu une formation militaire et vivent dans la clandestinité totale.

- GA : Groupe Armé. Composé de militants qui, à la différence des membres de l’OS, vivent en semi-clandestinité et n’ont pas reçu de formation militaire. Ils dépendent de la Fédération de France du FLN. Leur action se situe à la base de l’organisation frontiste. Tout militant recruté dans les Groupes armés devient un Fidaï, travailleur le jour, combattant la nuit, luttant contre tous ceux que l’organisation lui désignera comme traîtres. 

 

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