Des actes et des durées - Archive Temps 1

Le 10 février a eu lieu la première rencontre de la série «Des actes des durées» qui entend se placer en suite et écho de la mobilisation actuelle et des actes répétés chaque samedi. Elle a réuni, à l'invitation de la philosophe et dramaturge Camille Louis et de l'auteur Lancelot Hamelin, un ensemble de Gilets Jaunes, de Nanterre, Montreuil et d'ailleurs, des étudiant·es et divers penseurs et penseuses.

1ère rencontre Des actes et des durées - théâtre des Amandiers 1ère rencontre Des actes et des durées - théâtre des Amandiers

En présence de l'historienne des mouvements sociaux Ludivine Bantigny, l'historien des sciences et techniques Jean Baptiste Fressoz, la philosophe Marie Cuillerai, l'anthropologue Marc Abélès, ce premier rendez vous fut à l'image de ce dont il voulait se faire l'écho et la scène de paroles : l'actuel mouvement des Gilets Jaunes. En effet, "nous" - un nous fait de croisements nouveaux et parsemé de différences qui, pour une fois, n'étaient pas assignées à résidence des identités séparées, mais bien rassemblées, prêtes à s'écouter - étions rassemblés; nous nous sommes racontés mais nous avons aussi eu (comme on l'a actuellement au sein de nos différentes assemblées) des difficultés à articuler une parole qui dépasse la sidération à laquelle nous réduit la violence, la série des violences.

Passer de la sidération à la considération, pour le dire dans les mots de Marielle Macé; passer de la suffocation imposée par les gazs lacrymogènes à la respiration que peut donner le renouvellement d'une expérience politique que supportent des actes forts et actions concrètes: cela demande encore plus de temps. Et il nous faut, plus que jamais, prendre ce temps, résister à "l'urgence" qui s'impose à nos é/États pour recouvrir le sens de "politique" sous celui de "police".

Prendre le temps de la narration, témoigner ensemble et depuis les engagements de personnes comme depuis les risques de "penser l'événement" pour rendre visible ce qui a lieu, ce qui commence en s'essayant et qui ne cesse d'ouvrir des possibles.

Nous avons commencé et nous continuerons dans quelques jours, le samedi 16 février à 20h, toujours dans les tribunes du théâtre Nanterre-Amandiers  à la suite de la représentation de La réunification des deux Corées. Nous tenterons de dépasser la constat de la violence pour ouvrir le dialogue sur ce que nous pouvons considérer en termes de recompositions politiques permises par le mouvement: quelles alliances nouvelles permet-il? quelle durée inscrit-il dans la répétition des samedi comme dans les occupations de ronds-points qui parviennent à résister, donnant à nos fragiles cabanes la dimension de nouvelles institutions civiles ? Pour en débattre, plusieurs groupes de Gilets Jaunes reviendront et converseront avec la sociologue Karen Akokaauteure de nombreux articles sur les questions d’asile et de migrations, l'avocat Arié Alimi, membre du bureau National de la Ligue des Droits de l’Homme et le directeur de recherches au CNRS en sciences politiques Samuel Hayat

NanterreGiletsJaunes1 © vincialtern

 

 

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