Des actes et des durées - Archive Temps 2

Le 16 février a eu lieu la 2e rencontre de la série «Des actes des durées» qui se place en prolongement des “actes jaunes” répétés chaque samedi. La philosophe et dramaturge Camille Louis et l'auteur Lancelot Hamelin ont réuni Gilets Jaunes, de Nanterre et d'ailleurs, étudiant·es et penseurs et penseuses autour de la question des actions et des alliances qui inscrivent des victoires.

16-02-2019 Des Actes et des durées (2). Théâtre Nanterre-Amandiers 16-02-2019 Des Actes et des durées (2). Théâtre Nanterre-Amandiers

 En présence de la sociologue Karen Akoka, de l'avocat Arié Alimi et du chargé de recherches en sciences politiques au CNRS, Samuel Hayat, cette nouvelle rencontre placée dans les tribunes du théâtre Nanterre-Amandiers constitue un document nécessaire pour contrer les narrations dominantes qui font du mouvement des gilets jaunes une "crise". Elle a ainsi partagé des perspectives critiques capables d'étudier et distinguer plus finement ce que la mobilisation fait, peut dé-faire pour refaire autrement. Son archive en est intégralement visible ci-dessous.

Le premier rendez vous du dimanche 10 février avait en effet grandement laissé place au partage (nécessaire) de nos récits de violences subies. Ce second temps a tenté de faire un pas de plus et de passer de la reconnaissance des contre-violences - qui, finalement, nous maintient en position de ré-action - à la connaissance des contre-pouvoirs que nous pouvons instituer dans une dynamique d'action collective et de puissance politique retrouvée. Sans rien nier de la violence à l'oeuvre, il a tenté d'en élargir le prisme d'observation en ne la limitant pas aux affrontements entre police et manifestants mais en la relisant comme la manifestation directe de ce qui est en train de recouvrir l'État de droit par un État autoritaire (comme l'a bien analysé Arié Alimi dans un récent article).

Face à un pouvoir qui réprime toute formation de collectifs et de puissance citoyenne retrouvée - comme en témoignent les démantèlements des cabanes de ronds points comme auparavant, ceux de la ZAD, de la jungle et autres lieux de recompositions politiques potentielles - de nouvelles alliances sont aussi à observer au sein de ce mouvement inédit. Des rencontres improbables s'y produisent et ouvrent de nouvelles formations de corps politiques (dont nous reparlerons au prochain rendez-vous, notamment avec le Comité Adama et des Gilets Jaunes de Rungis qui, chaque samedi, manifestent ensemble). Des corps qui ne vont pas de soi, qui luttent en commun sans avoir à être comme UN et qui nous rappellent l'articulation fondamentale  - et que toute la post démocratie consensuelle tend, depuis des années, à nous faire oublier - entre démocratie et conflit.

Peut-être que l'arme la plus puissante aujourd'hui pour lutter contre la violence policière qui est violence d'État, réside moins dans le fait de lui répondre que de l'anticiper et la prendre de vitesse en reconstruisant, affirmant et travaillant nos propres conflictualités.

Ce sont ces lignes que nous poursuivrons lors du prochain rendez vous dont la date exacte en mars vous sera très prochainement annoncée au sein de cette édition en ligne.

NanterreGiletsJaunes21 © vincialtern

 

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