Robert Herrmann sera-t-il candidat contre le maire de Strasbourg?

Dans la capitale alsacienne et européenne, en dépit d’une candidature annoncée du maire sortant (Roland Ries) dans un ahurissant souci de « devoir » (sic) l’obligeant à renier son engagement de 2007 à ne pas se représenter, les candidatures à la candidature au sein du Parti socialiste doivent être déposées entre le 9 et le 23 septembre.

Dans la capitale alsacienne et européenne, en dépit d’une candidature annoncée du maire sortant (Roland Ries) dans un ahurissant souci de « devoir » (sic) l’obligeant à renier son engagement de 2007 à ne pas se représenter, les candidatures à la candidature au sein du Parti socialiste doivent être déposées entre le 9 et le 23 septembre.

Ceci bien entendu si aucun accord n’intervient pour éviter ces primaires.

L’autoritarisme d’un maire qui aurait troqué son costume de « brave type », qui lui a grandement valu son élection, contre un uniforme de chef d’Etat-Major, dissuadera-t-il toutes autres candidatures possibles ? Parmi celles-ci, on attend bien évidemment celle de Robert Herrmann, 1er adjoint, vice-président de la communauté urbaine, dauphin jadis clairement pressenti dans une sorte de deal d’avant investiture, non écrit certes mais connu. 

Un livre-programme en guise de préambule ?

Chez un éditeur presque homonyme (Editions Hermann) par un pur hasard, Robert Herrmann publie un premier livre sous le titre Strasbourg en tête. Il y révèle tout son rêve pour sa ville, celle où il est né, où il vit quasiment depuis toujours et où il exerce des responsabilités électives depuis 1989. Il la connaît parfaitement dans ses moindres recoins et la parcourt aisément à bicyclette.

Plaidoyer pro domo ? Ce livre est en quelque sorte une prospective prenant en compte les données nouvelles offertes par les nouvelles technologies de la communication sous toutes leurs formes. Somme toute, une large vision zoomant à l’occasion sur des points délicats de l’urbanisme nouveau et son impact sur sa conception du « vivre ensemble ». L’auteur, initié par ses travaux au sein de l’ADEUS (Agence de développement et d’urbanisme de l’agglomération de Strasbourg) dont il est devenu président, s’y est à ce point intéressé et s’y est dès lors à ce  point investi qu’il est devenu un expert sur ces questions, toujours avide de découvrir ce qu’on faisait ailleurs dans les grandes agglomérations à travers l’Europe.

Un vrai travail d’édile dont on profitera sans doute quoi qu’il advienne et même un challenger probable, avec les nuances et modifications qu’il voudra y apporter, pourra-t-il en faire son miel.

Dire pour autant que cet ouvrage ne s’inscrit pas dans la campagne électorale interne au PS serait  faire preuve d’une coupable naïveté.

Robert Herrmann. Robert Herrmann.
Le 1er adjoint sait ce qu’il fait sans toutefois attaquer de plein fouet le premier magistrat. Il dresse « un dictionnaire amoureux de sa ville présente et à venir », bien innocent en apparence, mais il est persuadé que Strasbourg ne saurait, a minima, se passer de son expertise et de son autorité.

Alors peut-on croire que proposer une autre gouvernance de la ville et de ses quartiers, de l’agglomération, de la future eurométropole ; de rêver d’un autre destin, d’autres rapports entre administrés et élus, n’impliquent pas une critique de la gestion passée ?

Dans ce cas, où en est la responsabilité du N°2 ? Eh bien la réponse semble elle aussi implicite : Robert Herrmann a été mis progressivement sur la touche, presqu’exclu de l’équipe première (il a pourtant été adjoint aux sports) constituée par les chouchous comme l’adjoint aux finances, Alain Fontanel, désigné comme dauphin du prince. Elu, dit-on dans certains milieux bien informés, Roland Ries propulserait ce jeune énarque, par ailleurs sans doute très talentueux, sur le trône. Et pourquoi pas la charmante Rafik Elmrini à la tête de l’Eurométropole, elle qui fait ses armes dans les relations internationales ? Révoltant mais crédible malheureusement, ce mépris du Conseil Municipal dans sa totalité et des valeurs de tous bords qui s’y côtoient, c’est ce que pensent beaucoup d’administrés ! Les piquants de la rose sont de plus en plus pointus.

Qui serait traître et à qui?

Quel est le malfaisant qui ferait comme en 2001 perdre le PS ? Telle est la question.

Pour Roland Ries, de plus en plus autocrate, ce serait évidemment son 1er adjoint récalcitrant. Ce à quoi beaucoup des ses anciens électeurs répondent qu’il n’a pas besoin de cela pour que sa couronne roule à terre.

D’autres, conscients de cette situation scabreuse, souhaitent que le maire sortant retire purement et simplement sa candidature au nom du respect de la parole donnée par un homme probe, du moins veulent-ils toujours le croire, dont on éviterait du coup d’entendre tinter les casseroles qui ne manqueront pas de s’amonceler. Cela fait partie du cruel jeu politique et les premières victimes en sont le plus souvent les sortants et forcément avec eux, leur parti.

Comme se plait à le rappeler à loisir un ancien patron des DNA : « très souvent on ne vote pas pour quelqu’un, on vote contre quelqu’un. »  Pour avisé, expérimenté et fin observateur qu’on le tienne, on ne peut en convenir avec lui que conjoncturellement lorsque l’alternative n’a rien d’attrayant ce qui n’est pas toujours le cas.

Donc sus au traître ! On verra après. Alors un petit rappel.

On sait que la défaite de Catherine Trautmann en 2001 est due à la défection de Jean-Claude Petitdemange, son adjoint aux finances (préfet, ancien directeur de cabinet de Michel Rocard dont on connaît l’attachement à Strasbourg).

Certains disaient d’ailleurs que Petitdemange était, au départ ou dans la genèse de sa rébellion, accompagné directement ou indirectement par Roland Ries. Indirectement, c’est sûr en tout cas.

En effet, ministre de la Culture en 1997, Catherine Trautmann est la seule des ministres appelés au gouvernement qui a confié tous ses mandats, pleinement, à son second, Roland Ries, les clés de la Ville aussi bien que celles de la CUS, avec la promesse de les récupérer dès son retour. En général, Jospin alors  premier ministre y obligeant, les nouveaux ministres se rétrogradaient au rang de 1er adjoint en conservant toutes les délégations de signature. Pas Catherine Trautmann dont la probité rigoureuse forçait le respect alors, respect qui perdure, devenant même affectueux et un tantinet nostalgique aujourd’hui.

Le drame, c’était que le vizir avait pris goût au trône du calife (vision puérile pour une attitude puérile). Calife intérimaire, il ne l’entendait pas de cette oreille ; il a voulu rester et a organisé ses féaux. L’ancienne ministre se contentera de la présidence de la CUS (la Communauté Urbaine) et laissera son adjoint siéger à la mairie. Ils feront même, à terme, un communiqué commun pour que la paix soit avec tous les socialistes et amis. Et au moins perdons ensemble! Ce fut réussi.

Et alors aujourd’hui ?

Comme dans d’autres villes de France, la conjoncture économique, sociale et partant politique n’est pas favorable à la Gauche et offre de réelles possibilités d’alternance là où elle détient des mairies. C’est le cas à Strasbourg.

Pour sauver le PS face à une Droite qui s’organise, il faudrait une totale cohésion ou alors un changement significatif qui ne laisserait  planer aucun doute dans l’esprit des alliés. Alors vite ! Robert Herrmann accepterait-il un lot de consolation alors que son livre propose une philosophie et des actions intéressantes ? Il n’est pas homme à rester sur le banc de touche et ne manque pas d’alliés influents. On murmure même qu’à Paris, les ténors locaux ne lui sont pas du tout défavorables, c’est dire que la situation actuelle, en l’état, ne fait pas l’unanimité. C’est à croire que le charisme de Roland Ries n’a pas atteint Paris via le sénat où le maire de Strasbourg ne s’est fait que très peu remarquer.

Cette situation préélectorale n’est pas unique, certes, mais elle est particulièrement emblématique à Strasbourg.

Le prochain volet de cette édition s’ouvrira sur la Droite où un challenger très en progrès fourbit sereinement ses armes et une  une « ex » attend sa revanche, chacun un œil sans doute amusé fixé sur le prochain épisode des démêlés de la Gauche et de sa principale composante.

Antoine  Spohr

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