Vendredi soir à l'Estaque

Un bel exercice de démocratie, c'est ainsi que l'on peut définir la réunion publique à l'initiative de ce collectif de parents d'élèves http://theme.wordpress.com/credits/notrereformedu16.wordpress.com

organisée à la salle de l'Harmonie, dans le quartier de l'Estaque gare, dans le XVIème arrondissement de Marseille. Le thème : la réforme des rythmes scolaires, qui est censée s'appliquer à la rentrée 2014. Les organisateurs de la réunion avaient invité les candidat-es aux municipales à venir s'exprimer sur le sujet, dix minutes de parole, plus un quart d'heure d'échange avec l'auditoire. Les candidat-es devaient répondre à des questions précises, issues du travail fait en amont par le collectif, qui s'appuie sur les résultats d' un questionnaire envoyé aux parents du secteur, inquiets, et on les comprend, par l'application de cette réforme.

Le premier candidat choisi par le sort était le candidat de Changer la donne, Franck Verherbruggen, mais c'est Sébastien Barles, tête de liste dans le 1er secteur, qui est intervenu. Pour une liste qui prétend « changer la donne » et qui refuse le programme-catalogue, Barles a fait un numéro on ne peut plus classique dans le genre... Et de commencer, au lieu de répondre aux questions posées, par dérouler les bonnes intentions de la liste en matière d'éducation, priorité, évidemment, du candidat Diouf. Mais il fallait quand même répondre à la question : quid de votre sentiment sur cette réforme ? Barles a de nouveau surfé sur sa planche-langue de bois, et a sorti la panacée : l'expérimentation ! Les enfants sont des cobayes, bravo ! Et bonjour l'égalité déjà tellement mise à mal à Marseille !

Jean-Marc Coppola, tête de liste de Marseille à gauche, la liste du Front de Gauche, et candidat à la mairie des 15-16 lui a succédé au micro. Changement radical de ton: finie la langue de bois. Coppola a de façon claire énoncé que pour nous, il est impensable d'appliquer cette réforme à la rentrée 2014. Nous en demandons le report sine die. Il a expliqué pourquoi l'application de ce décret Peillon est inenvisageable en l'état : il ne rajoute absolument pas les heures d'enseignement volées par Darcos en 2008 quand on était passé à la semaine de 4 jours, c'est du bricolage dont les retours dans les villes qui l'appliquent sont extrêmement négatifs, ce qui sera repris par le témoignage d'une participante qui évoquera son petit-fils, « victime » dans son école parisienne, du décret Peillon. Les enseignants du primaire sont toujours vent debout contre cette mauvaise réforme, les parents d'élèves aussi, témoin cet autre collectif marseillais, DZ pour les écoles, dont une membre était présente dans la salle et a pris la parole pour exprimer le souhait que les collectifs se rejoignent sur l'ensemble de la ville https://www.facebook.com/Collectif.dz

Enfants fatigués et déboussolés, enseignant-es dépossédé-es de leur rôle, temps morcelé, empilage, précarité des intervenant-es, manque de moyens, inégalités territoriales... La liste est longue des maux de cette réforme. Coppola a rappelé que l'Etat aidait l'année un de la mise en oeuvre, après c'est débrouillez-vous ! Si l'on s'en tient à ce que le décret stipule, tout doit être bouclé le 18 avril. C'est se moquer profondément des enfants, de leurs parents, des enseignant-es que d'appliquer en bon élève la loi sous prétexte que c'est la loi. Lorsque la loi est mauvaise, il faut savoir désobéir. Jean-Marc Coppola a annoncé que nous demanderons à Marseille des Etats Généraux de l'école, c'est là qu'est la vraie urgence quand on connait l'état des écoles marseillaises après dix huit années calamiteuses de gestion Gaudin. Une bonne réforme doit se faire dans la concertation, partir du bas, des usagers et usagères, des acteurs et actrices de l'école, les collectifs qui fleurissent témoignent de cette exigeance d'horizontalité. A un participant qui faisait remarquer que l'organisation d'Etats Généraux avait un coût, Coppola a répondu que c'est la démocratie qui a un coût, mais que c'est une nécessité vitale, et il a évoqué au passage les budgets participatifs que la liste Marseille à gauche veut instaurer.

 

Arlette Fructus, qui intervenait ensuite pour l'UMP-UDI, s'est empêtrée dans des déclarations contradictoires, desquelles il ressortait surtout une reconnaissance du bien-fondé et de la pertinence de l'intervention du candidat du Front de Gauche. Quant à la candidate du PS, et maire sortante du secteur, elle s'est faite reprendre vertement par l'assistance lorsqu'elle a commencé à distribuer ses tracts...Démocratie, ce mot est décidément bien galvaudé pour certain-e -s, mais au Front de Gauche, il fait sens !

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