Marseille : Municipales à la Kalachnikov...

Les rafales meurtrières, l'élection présidentielle et la formation du gouvernement concoururent à l'inflation de caméras dans la métropole marseillaise. Le conseil des ministres s'y rendit plus qu'à son tour. Sa loi-phare de décentralisation fut l'occasion d'y multiplier les promesses de bonne gouvernance. Même le président et le Premier ministre y battirent campagne municipale sans y créer les conditions d'une impérative alternance politique.

Règlements de compte politiques
Pour arbitrer les enjeux municipaux de la vielle cité, le parti socialiste recourut aux primaires internes qui lui réussirent lors du scrutin présidentiel. Mais sa fédération locale détient le triste record des mauvaises pratiques politiques
: clientélisme, détournement de fonds publics, le trafic d’influence et l’association de malfaiteurs...Entre guérinistes fidèles et guérinistes repentis et/ou opportunistes, la consultation ne fit qu'en envenimer les luttes fratricides et les règlements de compte politiques. A l'arrivée, la campagne municipale figure un troisième tour des primaires sans gagnant potentiel. Les listes de dissidence s'y improvisent pour empêcher la victoire du candidat officiel. Réputé proche de Guérini (Président du Conseil général) qui en serait le promoteur dans plusieurs secteurs, le Parti radical de gauche fédérerait certaines listes d'union fratricide. Notamment dans le 2ème secteur dont la maire sortante serait intime de l'ainé des frères Guérini. Le cadet est tout aussi souvent cité dans d'autres initiatives. Dans le 3ème secteur, l'atomisation des suffrages pourrait même perdre la candidate-ministre socialiste qui y avait remporté la récente législative.

Banditisme politique
Hélas, les scandales et passe-droits n'épargnent aucune famille politique. Ainsi l'accord électoral entre socialistes et écologistes ne fit qu'accentuer les divisions. Avec le retour d'un ex-porte-parole de Guérini sur une liste comprenant son ex-directeur de campagne et d'autres porte-paroles ou candidats litigieux, les colistiers méritants durent s'effacer sans enthousiasme ni plus-value électorale. Dénoncé pour entrisme et visé par une enquête judiciaire, le revenant serait frauduleusement adoubé par la sulfureuse firme oligarchique controversée à la tête de son mouvement. Tandis que les écolos historiques et élus sortants choisirent la dissidence stratégique ou la distance éthique. Incapable de fédérer les socialistes et leurs alliés de majorité gouvernementale, le candidat socialiste affronte aussi une liste du Front de gauche au premier tour. Loin d'échapper aux polémiques intestines, le parti communiste ne convainc guère au-delà de son groupusculaire attelage habituel. Loin de faire l'unanimité dans son propre camp, son candidat n'aurait été investi que pour en précipiter sa perte... et la reconstruction de la fédé communiste.

Pour se refaire l'image, le candidat socialiste dut recruter une magistrate-élue écologiste qu'il désignerait comme première adjointe. Au second tour, il pourrait même accueillir les écolos de la liste menée par l'ex-président de l'OM. Même si d'autres alliances seraient nécessaires pour réussir l'alternance politique dans une ville où le
“pacte des irresponsabilité” provoque des manifestations populaires en pleine campagne électorale. Hélas, seuls les citoyens et la justice pourraient mettre fin au plus grand des fléaux démocratiques : le banditisme politique.

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