A Strasbourg, calme plat : à 1% prés, la surprise est sûre !

Rien n’est  jamais acquis avant l’ultime sentence, celle du deuxième tour du vote. Presqu’un aphorisme, en tout cas une évidence sauf dans certaines villes réputées condamnées d’emblée par des experts à basculer, donc à droite, à Strasbourg.  L’alternance y est coutumière entre Gauche et Droite, avec un fort zeste de centrisme nomade, n’en déplaise à certains politologues.

Rien n’est  jamais acquis avant l’ultime sentence, celle du deuxième tour du vote. Presqu’un aphorisme, en tout cas une évidence sauf dans certaines villes réputées condamnées d’emblée par des experts à basculer, donc à droite, à Strasbourg.  L’alternance y est coutumière entre Gauche et Droite, avec un fort zeste de centrisme nomade, n’en déplaise à certains politologues. La défaite des sortants PS-EELV était quasiment acquise par la rumeur, il y a peu, sans sondage toutefois.

 Du calme surtout ! Ce n’est d’ailleurs pas le calme qui fait défaut dans la capitale alsacienne. Il reste à peine quelques heures pour agiter davantage  que ne le font des programmes trop proches les uns des autres, une population peu passionnée. Le temps est au beau et l’air respirable. Le dernier sondage donne pourtant à réfléchir. Même la dernière rencontre des  six ténors des six listes les mieux placées sur les dix présentées, n’a pas soulevé de grosses vagues, tout juste quelques vaguelettes. (Hier en l’auditorium de France 3 Alsace).

 

 

 

Roland Ries sans « triangulaires » perdrait beaucoup de ses chances.

 

Un sondage tout récent de Ipsos/Steria pour France3 Alsace( 17 et 18 mars)  donne  la liste du maire sortant à 33% au premier tour et ses alliés, en principe, EELV à 9%. Faut-il y ajouter dans une prospective de second tour les voix du FDG( 5%) conduit par un brillant prof d’économie, J.C Val qui considère spontanément que la présence d’un membre du Medef sur la liste Ries est pour le moins troublante ? Ces candidats de la Gauche de la Gauche, pour ne pas galvauder le terme d’extrême, ont le mérite d’être cohérents et sincèrement engagés. Se sentent-ils liés pour le second tour dans une offre «  bonnet blanc, blanc bonnet » ? En s’affirmant sans rien demander, ils sont libres, les candidats autant que les électeurs.

 

Le sénateur Roland Ries a un bilan, disons le comme çà à l ‘ancien prof, « acceptable » sur le plan strictement local, avec une allure et un discours de bon garçon en début de carrière, teintée d’une bonhommie de cacique en fin de mandat. En aucun cas, il n’a à souffrir du mépris des uns pas plus que à se délecter de l’amour débordant des autres. Habilement, style rad-soc de la 3° République, il a su confier à d’autres comme à son premier adjoint, Robert Herrmann véritable homme de terrain, passionné par son « job » et rallié à l’issue d’une fronde qui aurait été définitivement fatale au PS, le soin d’en appeler à l’union au sein d’un parti qu’on sait…en terre d’Alsace, assez sectaire.

Mieux, en « embauchant » une juriste ancienne présidente de l’OCTFI en belle position, il s’est offert aussi ce qu’il croit tenir comme caution centriste, l’ancienne tête de liste du  Modem aux précédentes élections municipales. Et vlan ! voilà pour Fabienne Keller qui avait accepté au passage, à leur demande, d’intégrer sur sa liste en position avantageuse jusqu’à une pleine poignée de membres éminents et patentés du Modem, du moins de ce qui en reste.

L’équipe PS et associés est  respectable; elle compte quelques belles pointures…intallées ; le programme est  comparable en gros au programme des autres candidats éligibles à quelques spécificités près, anciennes, fondamentales et donc attendues. Sauf que la conjoncture nationale, au total, n’est guère favorable aux socialistes même si la droite est solidement collée dans le bourbier des affaires. En cas d’échec les explications savantes  tiendront compte des deux aspects, évidemment.

Du calme encore avant toute chose, compte tenu de la conjoncture nationale évoquée, émaillée localement par des conflits qui ont agité le camp sortant et surtout le peu d’engouement «  affectueux » pour  le sénateur-maire auquel on reproche souvent une stature politique trop chétive ou un charisme trop tamisé pour un représentant d’une métropole européenne, proclamée capitale européenne des peuples. ( Cf les articles publiés sur Strasbourg dans  cette édition).Une question de personne, cette fois.

 

 

 

François Loos décolle à 11%, Fabienne Keller devra jouer «  serré ».

 

On est tenté de croire que l’impression de  « déjà vu » s’impose de prime abord. Certes, mais  elle produit plutôt une désaffection pour « l’affaire »- les municipales- puisqu’on connaît la chanson. Encore une question de personne puisque, l’ancien maire, la sénatrice Fabienne Keller a su rester en scène pendant le mandat de son vainqueur de 2008. Elle dit avoir changé après une analyse de son échec, ce qui désole les uns qui aimaient tant leur souveraine et en réjouit d’autres qui retrouvent une battante moins hautaine et même moins dépendante. Elle a en effet courageusement voté pour le mariage pour tous  au Sénat.

 Elle connaît ses dossiers, forcément car après l’exercice du pouvoir, elle a quasiment dirigé l’opposition. Le duel des deux sénateurs n’est donc en quelque sorte qu’une deuxième manche mais cette fois dans un autre contexte national mais surtout local sans acolyte comme dans l’ex-tandem. On sait que seul  l’ex-maire délégué et ex-président de la Communauté Urbaine, le gaulliste Robert Grossmann avait rendu possible la victoire de l’UDF- Keller. L’ex compère du tandem s’est retiré avec fracas  « sur l’Aventin » dont il est  très vite redescendu à grand bruit pour prendre position  pour un nouveau venu, l’ex-ministre de Jacques Chirac, François Loos ( UDI), « toute estime gardée au socialiste Roland Ries ».

 Cependant, sans ce secours opportun, le candidat UDI qui se réclame  du centrisme alsacien, avait  décollé dans les sondages passant de 7 à 11%. Il semble ainsi avoir partiellement comblé un déficit de notoriété  dû autant à sa personnalité de polytechnicien bien modeste et modéré, peu enclin au faire-valoir tonitruant qu’en partie au moins à la PQR ( Presse Quotidienne Régionale), une des meilleures du pays mais diffusée par cahiers (Région, Strasbourg, Politique Générale, Sports etc ) d’une manipulation très confortable mais qui classent les grands thèmes. Ainsi les élus locaux sont-ils très présents dans les cahiers locaux et les ministres relayés aux informations générales.

Vraisemblablement le décollage de Loos se poursuivra-t-il de quelques points dans les urnes dimanche, ce qui modifierait la donne en répartissant autrement les atouts. Cela concerne surtout Fabienne Keller qui, bien qu’estampillée UMP/Modem, aura du mal à retenir les centristes traditionnels qui n’oublient pas qu’elle est passée allègrement de l’UDF à l’UMP faisant fi du soutien pourtant efficace de François Bayrou.

Le Palois, grand admirateur de Henri IV pour qui Pau vaut bien une « UMPéisation » à présent, lui a accordé le soutien officiel de président du Modem, oubliant tout aussi allègrement la défection de Fabienne, « la grande Strasbourgeoise ».

 Les Centristes bon teint ont peut-être fini par comprendre les sombres subtilités de la politique sans pour autant considérer que le candidat RBM/FN, J.L Schaffhauser, donné à 8%, ancien centriste, ancien collaborateur du maire UDF Marcel Rudloff, ait  gardé une once de leurs valeurs fondamentales de tolérance et de modération.

Verdict sous peu : 50,1 contre 49,9 ?  Pas sûr !

 

Antoine Spohr

 

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