Sting et Costello chantent l'opéra au Châtelet

Welcome to the Voice - Teaser © theatrechatelet

"La variété, c'est comme la femme fardée" me disait l'autre jour un ami avec qui nous discutions de l'opéra Welcome to the voice. "Toute notre éducation a beau nous dire qu'elle est facile, vulgaire, pas digne de nos élans, on ne peut pas décrocher nos yeux de son décolleté". Voilà précisément le remord qui m'étreint à la vue de la distribution de ce spectacle qui convie Sting et Elvis Costello au théâtre du Châtelet, à Paris, du 20 au 25 novembre.

 

Je suis désolée de vous infliger les vidéos promotionnelles, je n'ai trouvé que cela. D'ailleurs, elles ne cachent rien, même pas que Sting chante terriblement faux dans les aigus.

 

Quel peut être l'intérêt de ce spectacle un peu hybride?

Il fait cohabiter les sopranos Julia Schwartz ("la cantatrice Lily", elle remplace Barbara Bonney qui chantait sur l'enregistrement Deutsche Gramophon), Anna Galer ("le fantôme de Norma", à la place d'Anna Roocroft), Sonya Yoncheva ("le fantôme de Madame Butterfly", Nathalie Manfrino à l'origine), la mezzo Marie-Ange Todorovitch ("le fantôme de Carmen", Sara Fulgoni) coté lyrique, et coté pop, Sting donc, entre autre bassiste et chanteur de Police ("Dyonisos"), Elvis Costello, indéfinissable touche-à-tout du rock ("le commissaire de police") et le fils de Sting, Joe Sumner ("l'ami", qui relève Robert Wyatt, batteur et chanteur de Soft Machine).

 

Tout cela ressemble quand même à un aimable amusement de stars qui se donnent le frisson de l'opéra.

Ajoutons que la musique est composée par Steve Nieve, ancien pianiste de Costello comme de Robert Wyatt, que le livret et la mise en scène sont signés de sa compagne, la psychanalyste et cinéaste Muriel Teodori.

 

Welcome to the Voice - Podcast © theatrechatelet

L'argument n'est ni plus ni moins ridicule que celui de a plupart des livrets d'opéra: Dionysos, ouvrier métallurgiste grec, tombe amoureux d'une chanteuse d'opéra. Son ami l'avertit que cet amour n'est pas pour lui, mais, obsédé par cette voix, il délaisse sa vie, son travail, pour ne plus penser qu'à elle. Trois fantômes, Norma (Bellini), Carmen (Bizet) et Madame Butterfly (Puccini), se jouent de lui et lui rappellent que le ténor meurt toujours à la fin de l'opéra, et un odieux commissaire veut le contraindre à rentrer dans le rang...

Comme le disait George Bernard Shaw, "un opéra, c'est une histoire où le baryton fait tout empêcher le ténor de coucher avec la soprano".

 

Ce n'est pas la première fois que Sting s'aventure du coté classique. Déjà en 2006, il avait enregistré Songs for the Labyrinth du luthiste du XVIe-XVIIe John Dowland.

Flow my tears, version "classique"

Le même par Sting

 

 

Quant l'écléctique Elvis Costello, il a composé pour la mezzo-soprano Anne-Sofie von Otter (For the Stars, 2001). Certes, von Otter a un peu moins glorieusement repris des chansons d'Abba (Like an Angel Passing Through My Room), mais l'expérience était... disons... intéressante.

Un pot-pourri avec No Wonder, Baby plays around et Go Leave:

YouTube

 

Quel intérêt, donc?

Peut-être celui d'amener le public de la variété à suivre le chemin que ces chanteurs ont défriché vers une musique qui ne se donne pas entièrement, tout de suite, mais exige que l'on minaude un peu avec elle, que l'on prenne les formes, avant de s'offrir. Et avec quelle générosité, parfois!

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