Session intime avec Bonga, icône du semba angolais

Rencontre en musique avec le chanteur angolais à la voix abrasive, qui publie son trente-et-unième album « Recados de fora » (Messages d’ailleurs).

Bonga © Olivier Hoffschir Bonga © Olivier Hoffschir
Rendez-vous dans les studios de Lusafrica, label historique de Cesária Évora. Le directeur, lui-même cap verdien, produisait et fit connaitre la grande « Cize ».
Le Cap Vert, pays de cœur pour Bonga qui n’aura cessé d’osciller entre les cultures lusophones.

Chantre de l’indépendance angolaise, Bonga a quitté son pays à l’âge de 23 ans pour poursuivre sa carrière sportive au Portugal (il fut champion du monde du 400 mètres).
Il a ensuite fui le régime salazariste en 1966, pour se réfugier aux Pays-Bas. C’est à Rotterdam qu’il enregistre ses deux premiers albums devenus phares : Angola 72 et Angola 74, juste avant l’indépendance de son pays en 1975.

Il revient aujourd’hui avec Recados de Fora, son trente-et-unième album.
Messages d’ailleurs, « mes messages d’ailleurs » insistera-t-il. « Pour l’Afrique en général, pour l’Angola en particulier ». Ou comment ce pays emprunt d’une corruption inouïe peut regarder au-delà de ses frontières pour trouver d’autres modèles « de paix, d’entraide, sur la manière de vivre ensemble ». Un message pour le peuple angolais, enfermé dans une situation démocratique et économique désastreuse.

Le morceau qu’il nous interprète s’appelle « Tonokenu ».
« Tonokenu c’est jouons, jouer, dans tous les sens. C’est la profondeur même du folk angolais, le semba. » 
Il nous parle de théâtre, d’instruments typiques traditionnels qu’il a côtoyés dans ses premières années en Angola, alors qu’il vivait dans des « bidonvilles ». « C’est la jeunesse qui respecte la transmission des anciens, ses traditions. »

Bonga se sert de son fameux dizanka, un bambou strié frotté et frappé avec une baguette ainsi que d’une cuica, ce tambour à friction utilisé dans la musique brésilienne et issu de la culture bantoue. Une tradition qu’il perpétue avec tendresse.

Bonga - Tonokokenu © Mediapart, Ziknation

« Je ne crois pas aux mascarades ». Bonga dénonce le jeu politique et l’opportunisme économique.
« Ça me met en colère. C’est le même gouvernement, ce sont les mêmes gens qui commandent, qui appauvrissent le peuple angolais. Les étrangers qui viennent chez nous pour l’argent et favorisent la corruption. »
L’Angola, pays aux multiples richesses naturelles et deuxième exportateur de pétrole en Afrique, est l’un des plus corrompu au monde. L’ONGI Transparency International, qui œuvre dans la lutte contre la corruption, a d’ailleurs classé l’Angola 163e pays sur 168 en 2015.

« Ce n’était pas ça qui était prévu avec l’indépendance », référence à la situation de son pays depuis 1975.
L’Angola connait une crise démocratique, avec un même président à la tête du pays depuis 1979 : José Eduardo dos Santos. Président décrié qui a alors été élu sans second tour et sans atteindre la majorité en 1992.
De nouvelles élections auront lieu en 2017, trente huit ans après le début de sa présidence. Le second plus ancien chef d’État en Afrique semble viser un nouveau mandat même s’il a suggéré le contraire en début d’année.

Depuis la récente chute du cours du pétrole, l’économie angolaise s’écroule et se voit obliger de demander de l’aide au FMI.
« C’est ridicule quand on se rend compte qu’un pays qui a autant de pétrole est si pauvre, qui a tant de difficultés pour se nourrir, se soigner. Les mauvais exemples viennent de l’extérieur, ils devraient nous apporter leur liberté, leur sagesse, leur démocratie, leur savoir faire… »

Une contradiction avec « ses messages d’ailleurs » emprunts de liberté et de solidarité venus de l’extérieur alors qu’il dénonce en même temps l’opportunisme des investisseurs étrangers qui ravagent la santé économique de son pays.

Album Recados de Fora

Recados de fora © Bonga

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