La médaille d'or des relations publiques revient à la Chine

Tous les étrangers qui ont pu se rendre aux Jeux ont eu le droit à cette question de la part des habitants: "Que pensez vous de Pékin?". Face à eux, des visages soucieux: un sourire, un signe d'approbation étaient tout ce qu'ils attendaient.

Tous les étrangers qui ont pu se rendre aux Jeux ont eu le droit à cette question de la part des habitants: "Que pensez vous de Pékin?". Face à eux, des visages soucieux: un sourire, un signe d'approbation étaient tout ce qu'ils attendaient.

 

Cette envie de plaire, cette soif d'être parfait s'est aussi manifestée dans le travail des organisateurs: absolument rien ne devait être laissé au hasard. Ce constat était frappant dès la cérémonie d'ouverture. Au début des Jeux, lorsque Lei prenait des photos des volontaires à l'entrée du NiaoChao pour Mediapart, ces derniers étaient raides comme des piquets, les bras tendus jusqu'aux cuisses comme de petits soldats. A la fin, tout était décontracté: ils posaient volontiers avec les Occidentaux à la façon de portraits de familles avec de larges sourires. Cette terrible (et insupportable?) envie de plaire s'est illustrée à tout moment dans une ambiance légère plutôt que "marche militaire" comme on aurait pu le craindre en voyant des soldats hisser le drapeau chinois pendant la cérémonie d'ouverture. Ce qui fait dire à Will Buckley du Guardian, que la victoire tout en décontraction de l'aérien Husain Bolt en athlétisme et non plus d'un pitbull bodybuildé façon Ben Johnson, va plutôt bien avec l'impression générale laissée durant ces Jeux de Pékin.

 

(n.b: petit exemple concret de ce besoin de séduction: mes contacts chinois msn m'ont tous envoyé un petit message pour me demander ce que j'avais pensé des Jeux... Comme Lele à Shanghai et qui affichait tous les jours, à côté de son pseudonyme, le nombre des médailles d'or chinoises. "I am so proud of our people for giving the world such great Games" m'a-t-elle écrit)

 

On imagine bien que les dirigeants chinois se frottent les mains ou bombent le torse, c'est selon. Est-ce que ces Jeux ont été pour eux un triomphe en matière de com'? Ce spectacle sportif minutieusement présenté et chorégraphié a-t-il dilué l'inquiétude que suscite la Chine "superpuissance" en Europe? A-t-il fait oublier les "lacunes" d'un régime autoritaire sur les droits de l'homme? Enfin, maintenant que les jeux sont terminés, quelle est la place de la Chine sur la scène internationale? Et "qu'aurait pensé Mao de ces Jeux?" s'interroge le journal américain The Nation

 

Il est peut-être un peu trop tôt pour répondre à la quatrième question. Mais sur le thème des relations publiques, c'est tout vu. Aux yeux de l'Occident, le peuple chinois est apparu humain et enthousiaste mais sûrement pas le régime. Nous ne sommes pas dupes et les dirigeants chinois non plus. Notre armée de 20 000 journalistes "hors jeux", avec une mention spéciale pour les reporters d'Al Jazeera- a mis le doigt sur des réalités moins folichonnes: interdiction bien réelle de manifester à Pékin malgré la création de trois zones de protestation (un désastre de com' pour le coup) , les congés forcés d'un million d'ouvriers migrants, la fermeture de toutes les usines à 50 kms à la ronde, des dizaines de milliers de volontaires chargés de faire applaudir des spectateurs (à croire que les dirigeants n'ont pas confiance en leur propre peuple qui a finalement bluffé tout le monde par sa spontanéité à soutenir leurs sportifs, comme lorsque 91000 chinois ordinaires massés dans les gradins du NiaoChao ont pleuré Lu Xiang lors de son abandon au 110 mètres haies).

 

Pour le peuple chinois, la réussite est totale. Ses dirigeants ont pu prouver que le parti communiste était toujours capable de briller en organisant des Jeux à faire palir d'envie les Londoniens attendus en 2012. De quoi renforcer sans doute le patriotisme, le nationalisme sincère (mais aveugle? l'un n'empêche pas l'autre) des Chinois et légitimer le régime pendant encore quelques années. A moins que les Chinois ne commencent à penser que ce qui entretient ou ravive ce sentiment de fierté, ce sont les Chinois eux-mêmes et non pas leurs dirigeants.

 

Le travail de communication ne s'est pas terminé à la cérémonie de clôture: il ne fait que commencer. Aux dirigeants chinois à présent de capitaliser cet immense succès populaire, cette fierté incommensurable d'avoir réalisé des jeux parfaits dont se sont réjouis les athlètes, explosant de nombreux records. Cela débutera la semaine prochaine à Hong Kong où l'Etat chinois va envoyer parader ses médaillés d'or. Juste après, le 7 septembre, des élections très importantes pour les défenseurs de la démocratie vont s'y dérouler (lire l'article de Mediapart du 30 juillet dernier). Les candidats pro-Pékin espèrent renforcer leur présence et ainsi, prendre peu à peu le contrôle de la législation hong-kongaise.

 

Bonus:

Les photos en très grandes tailles, de la cérémonie de cloture sont ici et ici et même ici

 

La presse chinoise qui se réjouit de la présence d'un consultant chinois aux côtés de Nelson Monfort (c'est ici)

 

The Guardian: Les Jeux ont mis les femmes à l'honneur en Chine

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