De la possibilité d’une démocratie économique

Aujourd’hui, le champ économique est l’un des épicentres du pouvoir mais il reste exempt de contrôle démocratique.

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«La France dirigeante [politique et économique] a peur de ses citoyens» et pense la régulation par la seule confrontation binaire de l’Etat et du marché. Excluant le citoyen de la participation et ne le réduisant qu’au rôle d’usager ou de consommateur, elle ignore le vecteur d’intérêt général que représente la société civile organisée, porteur d’une vitalité, d’un optimisme réaliste qui semble avoir échappé aux acteurs politiques.

Ils sont nombreux, les citoyens en désaccord avec la vision d’un monde ou réussir se confond avec une montre Rolex à 50 ans, qui cherchent à construire des alternatives, à vouloir articuler valeurs et pratiques de solidarité, de liberté, de responsabilité, de coopération.

Les auteurs sont les promoteurs d’un individualisme humaniste. Celui qui rejette l’individualisme capitaliste réduisant l’individu à un stricte homo compititus. Un individualisme qui s’ancre dans le collectif et la solidarité. Un collectif, un «nous» qui ne se construit pas dans la simple superposition des «je» mais dans la construction d’un « libre-ensemble« , dans la liberté, l’initiative et la réussite individuelles en solidarité avec le collectif. Des mots, de beaux mots : un exemple – concret : Les CAE. Dans les Coopératives d’Activités et d’Emplois, des entrepreneurs individuels se regroupent au sein d’une même entité juridique. Sécurité sociale, mutualisation des outils comptables, coopération et accompagnement professionnel d’un côté, projet d’entreprise individuel et maîtrise de son travail et de son salaire de l’autre.

Promouvoir la diversité des régulations économiques.

Dans les débats les plus simples et pourtant les plus partagés, imposés par «le bulldozer [politique et culturel] néolibéral des Trente Odieuses (1980-2010)», l’économie de marché s’est vue réduite à un capitalisme qui ne confère le pouvoir exclusif qu’aux seuls détenteurs de capitaux et où l’accumulation du capital est l’objectif premier.

S’il ne faut pas se résoudre à la stigmatisation de la finance et à la diabolisation de l’actionnaire qui sont des leviers nécessaires à notre développement, il faut questionner leurs pratiques et les enjoindre, les contraindre de suivre les rails utiles aux entreprises et à la collectivités. Plus, il faut crever cette représentation monolithique de l’économie et de l’entreprise – source qu’elle est de déséquilibres structurels – et valoriser la pluralité des formes d’organisations, surtout celles qui (en plus de la stabilité et de la viabilité économique) sont garantes des valeurs fondatrices du lien social.

En plus de l’entrepreneuriat par action, c’est simple, il en existe trois. La première c’est l’économie sociale [et solidaire*]. Une société de personnes – et non de capital – qui produit et vend sur le marché un bien ou un service en réponse à un besoin social. Elle crée des bénéfices et des excédents bien sûr. Mais plutôt que de les orienter vers l’actionnaire, après avoir équitablement rémunéré ses salariés elles réinvestit dans sa structure ou constitue une épargne d’entreprise qui permet de prévenir les risques d’une faible croissance. Et pour s’assurer de cela, les salariés ont voix au chapitre : la gouvernance de l’entreprise répond au principe un individu une voix. C’est la démocratie dans l’entreprise.

Nouvellement sont apparus deux autres courants qui remettent en cause la suprématie de l’actionnaire : celui de la RSE (Responsabilité sociale des entreprises) et plus récemment encore, celui de l’entrepreneuriat social. Le premier enjoint l’entreprise à rendre compte de la qualité des relations qu’elle noue avec l’ensemble de ses partenaires, de ses fournisseurs jusqu’à ses consommateurs. Mais s’il élargit le spectre au-delà du seul intérêt du rendement financier, les actionnaires maîtrisent toujours le pouvoir au sein de l’entreprise et il est parfois un écart conséquent entre les discours et les actes. Le second, lui, aspire à vouloir répondre à des enjeux, des besoins d’intérêt général en acceptant la rémunération du capital – cependant limitée – et en encadrant aussi [mais comment?] l’échelle des salaires.

A des degrés divers et non sans difficultés de faire correspondre les valeurs à la pratique, ces trois modes d’entreprendre développent des projets économiques dans un équilibre entre rentabilité et utilité sociale. Dans la proposition et la mise en oeuvre concrète d’une multitude de projets d’entreprise, les entrepreneurs sociaux témoignent d’une résistance à la financiarisation de l’économie et travaillent à ce qu’elle soit soutenable et équitable. En dépit des dogmes qui se sont imposés comme naturels et indépassables, les entrepreneurs sociaux, comme le disait Mark Twain, «ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.» Au quotidien, ils favorisent la démocratisation de l’économie et font des hommes un but et non un moyen.

 

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