Billet de blog 15 juil. 2011

Changer de paradigme économique: L'Economie sociale et Solidaire.

Bertrand.Colin
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Benoit Lévèque, éminent chercheur québécois qui s’est investi dans l’analyse de l’économie sociale et solidaire (ESS) suggérait lors d’un colloque qui s’est tenu à Grenoble à la fin du mois de novembre que l’ESS était autant un projet économique, social et politique alternatif qu’un ensemble d’expressions concrètes répondant à des aspirations humanistes éprouvées par bon nombre de citoyens. Je me propose ici de circonscrire ce qu’est l’économie sociale et solidaire souvent méconnue de la communauté citoyenne et pourtant, elle est une réponse aux crises que nous vivons.

L’héritière de l’associationnisme ouvrier du début du XIX° siècle.

C’est pour contrer l’exacerbation de l’individualisme et se préserver de l’autoritarisme d’Etat, qui supprima au lendemain de la Révolution les corps intermédiaires, qu’apparaissent dans à partir des années 1830 les premières expérimentations de mutualisme ouvrier. Portées par certains acteurs politiques et intellectuels d’autorité comme le socialiste républicain Pierre Leroux, cet associationnisme rencontrera les tenants de l’utopisme au cours de l’année de la première commune, et favorisera la réintégration du travailleur dans les champs politiques, économiques et sociaux de la société afin de faire de lui un citoyen entier ayant prise sur son identité et son parcours sociaux.

Ces expérimentations ont pu faire l’objet d’un essaimage sur le territoire national. C’est le cas notamment avec le socialisme municipal de Paul Brousse ou le collectivisme décentralisé de Jean Jaurès. Il s’agissait dans ce projet politique encadré par l’autorité publique locale de promouvoir la réappropriation par les ouvriers des outils de production, d’assurer une action éducative positive et un urbanisme égalitaire.

Toutefois, à partir du début du XX° siècle, les théoriciens du solidarisme et aux premiers d’entre eux, Léon Bourgeois et Emile Durkheim, vont promouvoir l’institutionnalisation d’un Etat social centralisé, qui deviendra à lui seul la tutelle du social. Il assurera la solidarité par une redistribution descendante et, en même temps, cassera ces dynamiques de solidarité pratiquées en réciprocité par les individus –travailleur autant que citoyen – sur leur territoire de vie.

Un autre élément qui va à l’encontre du sens commun est celui du rôle de la loi 1901 sur les associations. Plutôt que d’institutionnaliser la liberté d’association au sein de la République, cette loi limitant les statuts juridiques possibles a porté atteinte à la créativité institutionnelle qui s’exprimait dans la diversité des territoires et imposa une domestication de la société civile par le droit. Il en découla un isomorphisme des organisations d’économie sociale et solidaire, désormais encadrées par l’Etat et le marché, devenues partie intégrante, complémentaire de l’Etat-providence corporatiste.

Il faudra attendre le début des années 1960 pour constater un renouveau de la société civile avec l’expression des nouveaux mouvements sociaux. Ceux-ci qui portent alors l’exigence d’une meilleure qualité de vie. Ils témoignent de leur aspiration à la maitrise de leur historicité en participant à la définition de leur projet sociétal hors des structures globalisantes traditionnelles et en investissant les organisations plus petites, plus locales, sur des thématiques plus circonscrites. Des structures plus conviviales sur lesquelles les individus ont une plus grande prise, un plus grand sentiment de réciprocité.

Bien sûr cette résurgence fut graduelle. Initiée d’abord par une petite bourgeoisie et par des militants alternatifs et critiques au modèle dominant, elle rencontre dans les années 1980 la crise de l’Etat-providence, la fin du cercle vertueux du compromis keynésien et les limites de la société salariale. Dès lors, un climat d’innovation sociale émerge et de nouvelles structures de régulation sociale sont inventées et seront dans la décennie suivante institutionnalisées, intégrées dans les dispositifs plus horizontaux de régulation politique plus locale.

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