Turquie : La guerre des nerfs du gouvernement Erdoğan

 

Depuis des décennies, la Turquie (et même l’Empire Ottoman), est tiraillée par les oppositions nombreuses et les velléités indépendantistes qui minent le pays.

L’actualité ne vient pour autant rappeler que très rarement la véritable guerre à laquelle le gouvernement Turc fait face depuis des dizaines d’années, au prix de milliers de victimes de chaque coté de la ligne de front.

Cette prise de conscience fut pour moi une véritable révélation suite au visionnage, il y a une dizaine d’année, d’un documentaire réalisé par Paul Moreira de Canal Plus dans le cadre de l’émission « 90 Minutes ». On y voyait des militaires turcs en missions de guerre, arrêtant des Kurdes, membres supposés du PKK - le Parti indépendantiste des Travailleurs du Kurdistan - à la tête d’une violente lutte armée depuis plus de trente ans, donnant lieu à une répression sanglante (et parfois aveugle) de la part du gouvernement central d’Ankara.

 

Les nombreux touristes qui visitent le pays chaque été, ignorent souvent totalement cet état de fait. Ces derniers préfèrent sans doute fréquenter – ce qui est compréhensible –les plages de sable fin d’une station balnéaire en vogue offrant tout le confort et les infrastructures dignes des plus grandes stations de la Côte d’Azur, plutôt que de se voir confronter aux nombreux check-points tenus par l’armée ou la gendarmerie ainsi qu’aux risques de bombes téléguidées placées sur les routes du sud-est à forte minorité Kurde.

 

Depuis trente ans, les autorités Turques, largement influencées par l’armée (seul pouvoir, véritable faiseur de Rois capable de coups d’états au nom d’une défense acharnée de la laïcité, héritage d’un Kémalisme encore tout-puissant), mènent une lutte fratricide pour l’unité du pays.

Avec plus de 100 000 hommes mobilisés dans les régions séparatistes et des véhicules blindés à profusion, Ankara tient à montrer ses muscles et sa détermination sans faille à l’encontre de ceux que la terminologie officielle n’hésite pas à qualifier de « terroristes ». Le dernier événement en date, de ce conflit dont on ne perçoit pas l’issue, fut l’incursion en décembre dernier de 500 soldats turcs en territoire irakien, à la recherche de combattants du PKK réfugiés dans leurs nombreuses bases arrière de cette région montagneuse où l’autorité étatique n’existe plus. Cette opération « coup de poing » accompagnée de frappes aériennes a offert à la Turquie la possibilité de réaffirmer son statut de puissance régionale forte, stable et prospère dans une zone où la moindre étincelle pourrait provoquer un gigantesque cataclysme.

 

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