Thomas Cantaloube
Journaliste à Mediapart

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November 6, 2012

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Billet de blog 4 janv. 2012

Iowa: Romney sur les rails, Obama content

Romney premier, Santorum second, Paul troisième, Gingrich quatrième. Quelles leçons tirer de la première étape de la caravane des primaires républicaines ?

Thomas Cantaloube
Journaliste à Mediapart

Romney premier, Santorum second, Paul troisième, Gingrich quatrième. Quelles leçons tirer de la première étape de la caravane des primaires républicaines ?

  • Tout d'abord, ce résultat est une victoire pour Mitt Romney, le candidat de l'establishment républicain. Son score n'est guère élevé (24,6% des suffrages) mais, jusqu'à ces dernières semaines, l'ancien gouverneur du Massachusetts n'avait pas vraiment pris la peine de faire campagne dans cet État qu'il jugeait perdu d'avance pour lui : trop rural, trop conservateur (en tout cas chez les électeurs du parti Républicain), trop chrétien pour un postulant incarnant les valeurs WASP de la Nouvelle-Angleterre (ou devrait-on dire WASM : White Anglo-Saxon Mormon ?). Sa première place est donc un succès au « jeu des attentes » (« expectations game »), le seul qui vaille au cours des primaires (voir ci-dessous). Avec cette victoire initiale, Romney, qui a l'équipe de campagne la plus solide et le plus d'argent dans ses caisses, peut aborder la suite des scrutins avec une certaine sérénité qui lui manquait jusqu'ici.
© tpmtv
  • Mitt Romney et Rick Santorum ont remporté le « jeu des attentes », c'est-à-dire que le résultat obtenu dépasse ce que l'on attendait d'eux, à la manière d'un cheval qui remporte la course alors que les pronostiqueurs l'avaient écarté. Dans la machinerie médiatico-politique que sont les primaires (où la couverture médiatique précède le discours politique), cela leur permet d'endosser le statut de winner de la plus belle manière qui soit : celui qui, de sa position de challenger, s'est hissé sur la première marche du podium. Le meilleur exemple de cet élan est la seconde place de Bill Clinton dans les primaires du New Hampshire en 1992. Malgré dix points de retard sur le premier, il avait été considéré comme vainqueur car il avait fait bien mieux que ne le laissaient présager les sondages et les casseroles qu'il traînait. A contrario, Newt Gingrich (très haut dans les sondages en décembre), Rick Perry (considéré cet été comme le « sauveur » du parti Républicain) ou même Ron Paul (que certains analystes voyaient déjà triompher en Iowa) ont tous déçu les attentes placées sur leur épaules. Ils sont donc les loosers de ce premier scrutin.
  • Rick Santorum devient le parfum du jour, mais il n'a aucune chance de l'emporter. L'ex-sénateur de Pennsylvanie endosse à son tour le rôle occupé précédemment par Bachman, Perry, Cain, Gingrich et Paul du « n'importe qui sauf Romney », ce courant rassemblant la frange la plus conservatrice du parti Républicain, qui ne veut pas être représenté dans cette élection par un mormon centriste et ex-banquier. Mais Santorum aura bien du mal à tenir la distance. Primo, il a peu d'argent et un staff de campagne réduit. Secundo, il est bien trop conservateur (sur les question religieuses et familiales) pour prétendre représenter une droite qui veut avant tout battre Obama dans une élection qui se jouera, comme toutes les autres, au centre. Tertio, Santorum a été à George W. Bush, au début des années 2000, ce que Nadine Morano est à Nicolas Sarkozy : son chien de garde le plus fidèle, qui défend toutes ses positions et attaque ses opposants avec rage. Or, le moins que l'on puisse dire, c'est que les politiques de l'ancien-président ne sont pas vraiment des souvenirs heureux pour beaucoup d'Américains. Dernier point enfin, il suffit de googler Santorum pour se rendre compte que son nom est attaché à une définition assez peu ragoûtante qui résulte d'une campagne à son encontre suite à ses déclarations homophobes (attention aux enfants si vous cliquez !). C'est le genre de handicap difficile à surmonter pour un politicien peu connu.
  • En se transportant dans le New Hampshire pour un vote mardi 10 janvier, la campagne des primaires républicaines va devenir plus violente. Mitt Romney, qui est donné favori dans cet État où il a une maison de campagne, va subir les attaques redoublées de la plupart des autres candidats : ceux qui espèrent encore lui passer devant, et ceux qui lui vouent une haine tenace, comme Newt Gingrich. La division entre les deux branches du parti Républicain - les traditionalistes modérés, ceux que l'on appelle souvent les « Républicains de la chambre de commerce » et les militants ultra-conservateurs proches du Tea Party - va être visible au grand jour. Cette fracture, et les positions irréconciliables que sont tentés de prendre les deux camps, fait le jeu d'Obama.
  • Jusqu'ici, les primaires se déroulent au mieux pour le président sortant. L'équipe de campagne d'Obama a toujours prédit que Mitt Romney serait le nominé conservateur, et elle s'est organisée en conséquence. Mais le fait que Romney ne soit pas adoubé spontanément par les conservateurs, et que le courant « n'importe qui sauf Romney » soit encore aussi vivace après des mois de campagne, ne peut que servir le candidat démocrate qui préfère forcément une opposition divisée et incertaine de son choix.

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