Le principal argument de Mitt Romney face à Barack Obama est qu’en tant que businessman ayant gagné des centaines de millions de dollars durant sa carrière, il est bien plus compétent que l’actuel président pour sortir les Etats-Unis de la crise. Ce raisonnement est un classique des campagnes électorales américaines (George W. Bush l’avait déjà utilisé en 2000), qui sous-entend que le pays le plus puissant de la planète n’est qu’une grosse multinationale en attente d’un bon PDG pour la faire prospérer.

Outre la double équation saisissante pays=entreprise, président=manager, il se pose la question de quel genre de businessman a été Mitt Romney ? Et c’est là que le bât blesse. Le candidat républicain a été un investisseur, mi banquier d’affaire, mi-spéculateur pour Bain Capital durant 22 ans. Sa principale activité consistait à repérer des entreprises en difficulté, les racheter, les remettre sur pied et les revendre à profit. Bien entendu, la question essentielle tourne autour de la « remise sur pied ». Mitt Romney est prompt à citer des success stories comme l’entreprise de fournitures de bureau Stapples, qui a prospéré et embauché durant et après le passage de Bain. Mais pour une telle réussite, il y a aussi des dizaines d’autres cas de figure où les sociétés rachetées ont été vidées de leurs actifs (brevets, fonds de retraite…), chargées de dettes et les employés licenciés à tour de bras. Le tout pendant que les “banquiers” de Bain Capital touchaient des dividendes ou des rémunérations conséquentes pour leurs conseils.

Cette partie de l’histoire de Mitt Romney commence à être un peu connue et l’équipe d’Obama s’en est emparée pour plusieurs spots publicitaires (voir ci-dessous deux exemples). Elle va sans doute continuer à poursuivre cette ligne d’attaque sur le thème Bain-délocalisations-profiteurs, comme l’annonce un ex-conseiller d’Obama en évoquant dans un article du New York Times les interviews déjà enregistrées avec des employés sauvagement licenciés par Bain au cours de la période où Romney en étant l’un de ses principaux dirigeants.

 

Romney Economics: Job Loss and Bankruptcy at Ampad © BarackObamadotcom

 

Obama for America TV Ad: "The Problem" © BarackObamadotcom

 

Cependant, il y a un autre aspect de la fortune de Mitt Romney qui est en train d’émerger et qui pourrait s’avérer encore plus dommageable pour le prétendant à la Maison-Blanche. Durant les primaires républicaines, les adversaires de Romney l’avaient attaqué sur la gestion de ses millions de dollars (notamment via un compte en Suisse) et sur son taux d’imposition (15%, c’est à dire moins que le taux moyen d’imposition des classes moyennes aux Etats-Unis). À chaque fois, Romney tente de s’en tirer en expliquant qu’il ne fait rien d’illégal (ce qui est vrai), et qu’il profite simplement des divers avantages octroyés par la loi américaine à l’égard des personnes tirant l’essentiel de leurs revenus de placements financiers.

Mais voilà qu’une enquête du magazine Vanity Fair soulève un coin du voile sur la façon dont les Romney gèrent leur fortune, estimée à 250 millions de dollars : le compte en Suisse déjà évoqué (qui aurait servi à parier contre la valeur du dollar !), mais aussi des comptes et des parts dans des entités basées aux Bermudes, dans les îles Caïmans et au Luxembourg. Même s’il est plus que probable que la famille Romney n’a fait que profiter des différentes niches fiscales et facilités de transferts offertes par ces places financières, il est évident que le candidat républicain fait non seulement tout pour éviter de payer des impôts, mais qu’il cultive l’opacité.

Alors que la coutume veut que les candidats à la présidence rendent publiques leurs déclarations d’impôts sur plusieurs années, Romney a dû se faire plus que prier, lors des primaires, pour accepter de laisser les journalistes examiner sa déclaration de l’année 2011. Et encore, le Washington Post, interrogeant plusieurs fiscalistes, a estimé que les documents fournis étaient « les plus opaques qu’ils aient jamais examinés ». Par contraste, comme le rappelle l’auteur de l’article de Vanity Fair, le père de Mitt Romney, lors de sa propre tentative présidentielle en 1967, avait rendu public ses feuilles d’imposition sur douze années consécutives, avançant l’argument : « le faire sur une seule année ne sert à rien. »

Il est probable que l’équipe de campagne d’Obama va attendre que la course soit vraiment lancée pour se servir de ces révélations afin d’infliger un maximum de dégâts à son adversaire républicain, et le contraindre à davantage de transparence ou alors le forcer à justifier sa volonté d’opacité. Les Américains pourront alors décider s’ils veulent d’un président qui, non seulement a amassé sa fortune à Wall Street, mais surtout la gère à la manière d’un trader sans scrupule, voire d’un parrain mafieux. Mitt Romney fait campagne sur son talent de businessman, mais la vérité est qu’il était un type particulier d’homme d’affaire : celui qui place le profit et l’évasion fiscale “légale” avant toute considération sociale ou nationale.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.