Thomas Cantaloube
Journaliste à Mediapart

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November 6, 2012

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Billet de blog 22 mars 2012

Un conseiller de Mitt Romney tire une balle dans le pied de son patron

Une gaffe c’est quand un homme politique dit la vérité. Cet adage du journaliste politique américain Michael Kinsley vient une nouvelle fois de se vérifier, pour le plus grand malheur de Mitt Romney.

Thomas Cantaloube
Journaliste à Mediapart

Une gaffe c’est quand un homme politique dit la vérité. Cet adage du journaliste politique américain Michael Kinsley vient une nouvelle fois de se vérifier, pour le plus grand malheur de Mitt Romney.

Le probable challenger républicain de Barack Obama pour l’élection du 6 novembre 2012 a la réputation d’être un politicien sans principe, prêt à professer n’importe quoi et son contraire pour séduire les électeurs. Connu pour être un conservateur modéré – c’est en tout cas la facette qu’il avait montré lorsqu’il était gouverneur du Massachussetts  - il a viré très à droite lors des primaires afin de ne pas se faire doubler sur ce flanc par des candidats propulsés par le Tea Party et autres ultra-conservateurs. Beaucoup, dans son camp, mais aussi chez les démocrates, l’accusent donc d’être un Mr Fantastique, capable de contorsions idéologiques assez remarquables.

Sachant toutefois que l’élection générale, face à Obama, se jouera au centre, il est légitime de se demander comment il fera pour revenir au milieu du jeu politique sans donner le sentiment de faire un nouveau virage à 180 degré. C’est donc la question qu’a posée un journaliste de CNN à l’un de ses principaux conseillers Eric Fehrnstrom. Et celui-ci a répondu exactement ce que pensent tous les stratèges politiques qui entourent les candidats : « On appuie sur le bouton de redémarrage pour la campagne de l’automne. Tout change. C’est presque comme un Télécran, une ardoise magique. On secoue et on redémarre à zéro. »

© Huffington Post Politics

Autrement dit Eric Fehrnstrom, en disant une vérité politique (les primaires se gagnent en séduisant la base idéologique de son parti, l’élection est remporté en revenant au centre), a juste confirmé l’essence-même de Romney : ce type est une ardoise magique qui « dessine » n’importe quoi et s’avère capable de l’effacer aussitôt pour inventer autre chose. Cette « gaffe » qui serait peut être passé inaperçue pour n’importe quelle autre candidat est terrible pour Mitt Romney, car elle renvoie au cœur de sa faiblesse de candidat. Elle exprime une réalité que le politicien fait tout pour cacher.

Elle rappelle celle de John Kerry, quand il était accusé de ne pas savoir se positionner sur la guerre d’Irak, et qu’il avait lâché lors d’un discours expliquant sa démarche de sénateur : « J’ai d’abord voté pour avant de voter contre ». Bush l’avait pilonné sur son indécision alors que Kerry essayait juste d’expliquer un processus de décision compliqué. Pareil pour Richard Nixon, lorsque celui-ci avait déclaré à la télévision : « Je ne suis pas un escroc ! ». Bien sûr que Nixon n’avait jamais piqué dans la caisse ou commis de délit, mais l’homme avait une telle réputation de double langage et de coups tordus que ce cri du cœur ressemblait à un aveu de l’inverse.

Cette « gaffe » est un don du ciel pour celui qui sera probablement son adversaire, Barack Obama. Le parti démocrate s’en est tout de suite emparé pour une publicité politique :

© MicEvHill

Désormais, toute position que prendra Mitt Romney passera au tamis du Télécran : est-celle sincère ou s’agît-il juste de grappiller quelques voix supplémentaires. Pire, même quand Romey sera honnête dans ses idées (à supposer qu’il en ait), ses adversaires auront beau jeu de le démolir en lui renvoyant l’image de la remise à zéro idéologique. Pan ! dans le pied.

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